Dans la neige de Zermatt

Notre dernière étape en Suisse nous emmène dans la station de ski huppée de Zermatt, dans le Valais alémanique. Depuis la vallée, le train grimpe le long de la Matter Vispa jusqu'à 1620 mètres d'altitude, tandis que le soleil se cache déjà derrière les montagnes. Nous avons toute juste la chance de voir fugacement la Cervin, alias Matterhorn, scintiller devant nous, sans savoir que nous ne le reverrions pas de notre séjour de 48 heures. La station est vierge de toute neige ce premier soir, mais cela va vite changer. Nous grimpons jusqu'à notre appartement situé dans un chalet sur les hauteurs du village, un bon entraînement physique en trainant nos valises jusqu'à cette dernière demeure accessible seulement par un étroit chemin prolongé d'un raide escalier. En arrivant, mauvaise surprise, l'appart est sens dessus dessous, le ménage ayant été oublié, omission vite corrigée par la femme de ménage désolée de son erreur. De là-haut, nous avons une belle vue sur Zermatt en contrebas et sur la vallée. 

Guère envie de nous refaire un aller-retour pour aller déjeuner plus bas, nous dînons tranquillement dans notre chalet. Le lendemain matin, changement de décor : il a neigé de bonne heure et une couche de dix centimètres recouvre le sol. La descente vers le village est glissante et un peu périlleuse, surtout dans la partie du chemin non dégagée, mais nous arrivons à bon port sans chuter, tandis que la neige continue de tomber. Avec cette météo, pas question d'aller randonner dans les environs, d'autant que nous ne sommes pas chaussés pour la neige. Le village a su garder son caractère valaisan, évitant le bétonnage intensif d'autres stations, seuls quelques grands hôtels à l'ancienne, et de nombreux chalets de montagne, hébergeant une clientèle fortunée, car loger à Zermatt s'avère plutôt coûteux. Cherchant une chambre d'hôtel, je me suis vite aperçu que l'on n'avait pas grand chose en dessous de 300 euros la nuit. Autre avantage de l'endroit, il n'y a pas de voiture autorisée, à part quelques voiturettes-taxis électriques, et tout le monde se déplace à pied. Il y a donc du monde qui se promène dans la rue principale, délaissant le ski par cette journée peu favorable, pour se concentrer sur le shopping ou fréquenter les nombreux cafés, bars, restaurants. Le Cervin, annoncé comme la toile de fond de la station, est noyé dans la brume et la neige. Il ne nous reste qu'à parcourir le vieux village et ses beaux raccards ou mazots, ces greniers surélevés en bois, destinés autrefois à stocker les céréales à l'abri des rongeurs, et qui s'alignent dans l'étroite Hinterdorfstrasse, un écomusée miniature resté inchangé depuis plus d'un siècle.



Midi, déjeuner dans le petit resto Stradel, où arrivant tôt, nous récupérons la dernière table libre, pour le passage obligé de la gastronomie suisse, la fondue ! Fondue dite maison, à base de deux fromages locaux, goûteuse et vous calant l'estomac pour le restant de la journée, accompagnée d'un blanc du coin. 

Nous avons été conviés par la personne gérant notre AirBnB, et qui travaille à l'héliport local, à visiter celui-ci, profitant de l'activité au ralenti du fait de la météo, ce qui lui laisse du temps pour s'occuper de visiteurs comme nous. Nous passons près d'une heure à faire le tour de l'héliport, et des quatre hélicoptères cloués au sol cette journée. Il nous explique en détail une foule de choses sur cette activité de transport en hélicoptère, d'abord axée sur le sauvetage en montagne, avec toutes les contraintes techniques et difficultés à secourir imprudents et malchanceux. Mais aussi sur le transport de personnes (riches !), sur les excursions touristiques, et même sur la manutention de matériaux de construction, ou d'interventions sur des infrastructures en altitude. Nous avons droit aux caractéristiques techniques des 2 types d'hélicoptères (le gros américain et le petit "Ecureuil" français), sur le dernier simulateur de vol ou sur les ingrats rescapés rechignant à payer leur sauvetage !

Revenus au village, nous finissons notre journée en parcourant le musée du Cervin Zermatlantis. Celui-ci combine la présentation de maisons anciennes, avec mises en scène de leurs habitants du passé, et l'histoire des ascensions du Cervin, et notamment de sa première en 1865, qui tourna au drame lorsque l'un des alpinistes dévissa, entraînant trois compagnons d'infortune dans une chute vertigineuse au tout début de la redescente, laissant trois survivants. Photos, témoignages, objets de l'ascension (une chaussure, et même la corde qui céda !), racontent l'histoire de manière saisissantes, et laissant filtrer l'antagonisme entre les deux guides suisses et le rescapé Anglais un tantinet arrogant.

Le lendemain matin, nous devons quitter Zermatt, mais il a neigé toute la nuit, et la couche de neige se monte désormais à une trentaine de centimètres. Nous entendons des détonations, et des bruits plus sourds, des avalanches déclenchées ? Mais que tout est beau dans son écrin blanc, parsemé d'arbres fantomatiques et de maison emmitouflées de neige. Nous redescendons tant bien que mal, pataugeant dans l'épaisse couche de poudreuse, jusqu'à la gare. Où nous apprenons qu'une avalanche a coupé la voie de chemin de fer à quelques kilomètres de là, et qu'il va falloir attendre que la voie soit dégagée ...







Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tassili n'Ajjer, minéral et humain

Ma géographie NBA

De pied en caps à Majorque