Drôles de Drômes
Drôme provençale, Drôme tropicale. Je vais commencer par l'anachronisme de cette dernière. Quelque part aux confins de la ville de Pierrelatte, le Rhône voisin a des airs de Nil ... Pourquoi donc ? Parce qu'un passionné de crocodiles y a posé ses valises il y a 20 ans déjà et créé une Ferme des Crocodiles, qui s'est étendue à d'autres reptiles. En passionné que je suis de ces reptiles, je ne pouvais manquer cette occasion. En un après-midi de semaine, hors vacances, je suis quasiment seul dans ce grand espace, il y a plus de personnel que de visiteurs, ce qui me permet de discuter ça et là avec des employés et de leur poser maintes questions. La Réserve Tropicale est à moitié couverte et chauffée, pour les espèces qui craignent le froid, à moitié en plein air. L'essentiel des pensionnaires sont évidemment les Crocodiliens : quasiment toutes les espèces sont représentées, y compris les plus rares comme le gavial du Gange, et donc les 3 familles, des crocodiles proprement dit, des alligators américains (avec leurs compères caïmans), des gavials asiatiques. Quatre cents individus en tout, ça fait da la viande à fournir, avec une majorité de crocodiles du Nil. Comment sont-ils arrivés ici ? Il y a une vingtaine d'années, le propriétaire a affrété un avion-cargo pour en transporter deux cents environ, des jeunes bien entendu, rangés dans des sortes de boîtes à chaussures, et qui ont ainsi fait le trajet Le Caire - Paris - Pierrelatte ! Ils ont un peu engraissé depuis, et dans les grands marigots de la réserve, ce sont désormais des bestiaux de plusieurs mètres de long qui se prélassent. Ces survivants des ères précédentes sont fascinants il est vrai, et l'on comprend Luc Fougeirol qui les chérit depuis son enfance, comme le montre la collection d'objets de toutes sortes qui les représentent, des peluches aux timbres, de la vaisselle aux livres. On y trouve aussi les autres représentants de l'ordre des Reptiles. Des tortues énormes (celles des Seychelles ou des Galapagos) ou plus étonnantes (tortue-alligator ou à nez de cochon). Des lézards bien entendu, le varan-crocodile alias de varan de Komodo, ou l'iguane-rhinocéros. Et bien entendu mes chers serpents, en mode non venimeux, gigantesques pythons et anacondas aquatiques en têtes de gondole. En passant par la partie extérieure, on croise un sarchosuchus imperator, mesurant 10 mètres de long, mais rassurez-vous, ce crocodile gigantesque a disparu depuis 100 millions d'années, et ce n'est qu'une maquette, fort réaliste, que l'on y voit. Bref, un après-midi régressif pour moi, qui avait failli faire ma thèse sur les serpents et leur venin il y a quelques décennies.
Après les Tropiques, sus à la Provence, à cheval entre la Drôme au nord, et le Vaucluse au sud. La première étape est une enclave vauclusienne dans la Drôme, celle de Valréas, curiosité administrative unique en son genre. Cette "Enclave des Papes" doit son existence aux papes d'Avignon qui achetèrent ces terres en 1317 pour agrandir leur fief du Comtat Venaissin, et est restée depuis rattachée au Vaucluse. La ville elle-même ne mérite qu'une courte visite. Un coup d'œil au château Simiane, devenu l'hôtel de ville, un autre en montant vers le château Ripert ou Tour de l'Horloge, malheureusement pas visitable ce matin-là, pas plus que la Chapelle des Pénitents Blancs : chou blanc sur toute la ligne donc.
Je repars en direction du Rhône pour faire la connaissance de quelques villages dans les collines du Tricastin. La première est La Garde Adhémar, du nom de la famille Adhémar qui régna sur la région. Bien que labellisée "plus beau etc...", elle a su garder une atmosphère rurale, avec de vrais gens dedans. Dans le café où je m'arrête prendre un verre sur la place centrale, j'espionne la conversation de quelques habitants qui se racontent de vive manière les derniers potins sur les habitants du coin. On remarque l'Eglise Saint-Pierre, un bel édifice roman avec ses deux absides, sauvé par Prosper Mérimée il y a 150 ans. Sous l'église, en contrebas, a été créé un joli Jardin des Herbes à vocation pédagogique, qui offre aussi une superbe vue sur la vallée du Rhône.
Un peu plus loin, Clansayes village perché vaut pour son promontoire rocheux, d'où l'on a le panorama idéal sur les découpures du Tricastin tout autour, arrachements de tuf, blocs de grès, dents de pierre. Continuant mon chemin des écoliers, voici Chamaret et son imposante Tour, au milieu des ruines du défunt château local. Du pied de ce beffroi perché sur son rocher, encore un beau point de vue alentour, par exemple vers les Dentelles de Montmirail.
Dernière matinée avant le retour TGV vers Paris via Valence, deux villages sur mon plan de visite. Tout d'abord, Suze-la-Rousse, un nom étrange, on dirait celui d'une d'une meneuse de cabaret du temps de Toulouse-Lautrec. Mais non, Suze signifierait "Hauteur", venant du gaulois, tandis que la Rousse désignerait la teinte particulière des pierres du château. Parlons donc de ce château, à la fois forteresse féodale, vue de l'extérieur, et demeure seigneuriale, une fois entré dans la cour d'honneur et gravi l'escalier double. Au milieu d'une région viticole, le château est le siège de l'Université du Vin, et abrite des salles d'exposition sur ce thème. Au-delà du château se trouve le parc de La Garenne, où l'on est surpris de trouver bien conservé un grand jeu de paume, ce précurseur du tennis, avec trois galeries où se tenaient les spectateurs et un oculus pour renvoyer les balles perdues dans la garenne ! Le village lui-même est enserré dans ses murailles et conserve quelques belles maisons Renaissance.
Dernier arrêt à Saint-Paul-les-Trois-Châteaux, une ville déjà importante avec pour spécialité la truffe. Au hasard des rues, on rencontre, non pas les trois châteaux, qui figurent par contre sur le blason, mais une maison romane, des remparts médiévaux et même gallo-romains, un palais des Évêques, ou l'ancien quartier juif.
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