Sur les traces gallo-romaines

Eauze est une jolie petite ville, "capitale" du Bas-Armagnac, peuplée d'Elusates (j'y reviendrai plus bas). Si elle a une longue histoire, nous nous occupons d'abord de son centre médiéval, autour de l'imposante cathédrale Saint-Luperque, immense vaisseau gothique pour cette ville modeste, datant du XVème siècle et de l’évêché d'alors, autour de laquelle se pressent de belles maisons anciennes à colombages pour une balade matinale au calme et à l'ombre.

Pour dire la vérité, nous ne nous attendions guère, en jetant notre dévolu sur le Gers pour ce mois d'août 2020, à aller explorer des racines gallo-romaines. Nous avons donc appris sur place les racines de la ville d'Eauze, qui plongent dans le passé il y a 2000 ans. Eauze s'appelait alors Elusa, et était une des villes principales de l'Empire Bas-Romain au début de notre ère, capitale de la région de Novempopulanie. Les fouilles qui ont permis de découvrir ce passé sont assez récentes (fin XIXème) et ont fait émerger quelques pépites (trésors). Ce dernier mot est à prendre au sens propre du terme puisque c'est bien d'un trésor caché qu'il s'agit, découvert qui plus est il y a quelques décennies seulement, en 1985. Il s'agit de 28.000 pièces de monnaie et d'une cinquantaine de bijoux ou objets précieux, en or, argent, ivoire, datant de 261 après J-C, et retrouvés enfouis dans le sol, comme si un riche dignitaire les avait enterrés pour ne pas être détroussé, espérant le récupérer plus tard. C'est ce trésor qui fut retrouvé intact il y a une trentaine d'années, et qui peut être admiré, bien protégé dans une salle blindée au sous-sol du Musée Archéologique d'Eauze.


Il reste deux endroits qui retracent comment les Gallo-Romains vivaient dans la région d'Elusa. Non loin du centre ville, le domus de Cieutat est le lieu d'apparat d'un riche notable local, une grande maison dont il reste les fondations. Avec un peu d'imagination et quelques indications, et grâce à une vidéo qui met en scène maîtres et domestiques du début de notre ère, on peut replonger dans leur vie quotidienne, en déambulant sur le plan de la maison et en repérant atriums, entrée, chambres, jardin, marchant dans les pas de ces lointains ancêtres.

 

Il faut aller un peu plus loin, du côté de Montréal (du Gers), pour aller visiter l'autre demeure gallo-romaine, la villa de Séviac. Cette villa de 6500 mètres carrés est encore un cran au-dessus de la maison de Cieutat. Découverte par hasard au XIXème lors de la construction d'une ferme, le site n'a été dégagé que dans les années 50, sous l'impulsion d'une autodidacte locale, Paulette Aragon-Launet ; récemment restauré, on peut aujourd'hui pleinement profiter de l'endroit au calme, au milieu des vignes et forêt de la campagne gersoise. Une visite guidée nocturne nous fait découvrir l'endroit la nuit tombée, quand ombres et lumières redonnent aux lieux écrasés de soleil la journée une ambiance un peu irréelle. On déambule ainsi dans la cour-jardin, le long des vestibules, et bien dans les thermes indispensables à une villa de ce standing, entre frigidarium, tepidarium et caldarium (on se croirait dans Astérix légionnaire). Les mosaïques polychromie à motifs géométriques ou végétaux, subsistant par endroit, sont le clou de la visite.

 

Un dernier mot pour signaler la belle initiative du musée local, qui organisait une soirée sur le site comprenant la visite guidée nocturne (cf. supra), précédée d'un apéro dînatoire et d'un concert. En cette période d'abstinence musicale, ce fut un réel plaisir que de profiter de l'endroit à l'écoute d'un chanteur-guitariste et d'un percussionniste, sous l'impulsion de Martial Lancey, proposant des rythmes chaloupés et entraînants à la vingtaine de visiteurs que nous étions, pas beaucoup de monde certes, mais au moins le retour d'un peu d'animation.

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