Quartiers tokyoïtes, partie 2
Après 3 passages brefs dans Tokyo, une après-midi et une soirée à chaque fois, avec le groupe photo dont je faisais partie, je me suis gardé 2 jours pleins après la fin du séjour organisé pour visiter un peu plus avant, en solo cette fois, la capitale du Japon.
Acte IV, Ginza. Ginza est reconnu comme le quartier chic de Tokyo. Encore un me direz-vous, mais celui-ci semble pourtant bien différent de Harajuku. Le rythme y est moins trépidant, les avenues plus larges rendent la circulation moins étouffante. On a l'impression de mieux respirer ici qu'ailleurs, mais il est vrai que j'y étais lors de jours fériés, ce qui rend sans doute l'illusion un peu trompeuse. En rejoignant la gare de Ginza, de grands immeubles en pierre de taille, nobles, calmes, presque hiératiques, donnent une toute autre impression que les tours qui pullulent ailleurs dans la ville. La gare de Ginza est celle dont partent beaucoup des Shinkansen, ces TGV qui parcourent à toute vitesse l'île de Honshu, et l'on peut y traîner des heures à guetter les allées et venues des voyageurs, les départs et arrivées des trains. Une autre manière de voir cette gare est de rejoindre le centre commercial voisin de Kitte. C'est une réussite architecturale, qui s'appuie sur l'ancienne Poste pour former un patio central enserré de galeries abritant des boutiques chics, avec souvent des noms français, tel cet étonnant "Congés Payés" sous-titré d'un saganien "Adieu Tristesse" ! Le toit végétalisé offre une vue imprenable sur la gare et le ballet de ses Shinkansen, qui croisent dans un ballet rectiligne et coloré, de modestes trains de banlieue.

En continuant vers l'ouest, on rejoint le quartier des affaires de Marunouchi, puis on tombe sur une large esplanade plantée, drôle de forêt urbaine un peu rabougrie, qui joue un rôle de transition d'avec l'immense Palais Impérial de Chiyoda, bien caché derrière des douves remplies d'eau et des arbres masquant l'essentiel des lieux.


Non loin de là, en allant vers la mer à l'ouest, se trouve le quartier de Tsukiji, le grand marché au poisson de la ville jusqu'en 2018, date à laquelle il a été déplacé pour plus moderne, et plus loin. On nous dit que le quartier n'a plus guère d'intérêt désormais, mais c'est faux. Non seulement parce que l'on peut encore y déjeuner ou dîner dans des restaurants de qualité, avec du poisson frais parfaitement choisi et préparé. Mais surtout parce que l'ambiance dans la rue reste mémorable : les Japonais qui traînent dans les ruelles étroites, s'arrêtant dans des bouibouis pour y manger sur le pouce, les petites échoppes qui vendent des couteaux pour le poisson ou des éventails, on passe vite des heures à flâner dans ce petit périmètre, le regard à chaque instant attiré par une lumière, une couleur, une expression, un détail, un vrai bonheur de touriste tranquille.
Acte V, Odaiba. C'est le côté mer de la ville de Tokyo, une île artificielle dans la baie que l'on rejoint par un long pont suspendu, le Rainbow Bridge. Le quartier avant le pont multiplie les habitations bordant des canaux, au milieu d'un enchevêtrement de voies rapides et de rails, rappelant la densité de la ville.

En contraste, la marche de 2 kilomètres sur le pont offre une bouffée de calme, du moins si l'on fait abstraction du bruit des métros et autos qui passent, ainsi que des vues dégagées sur la baie sur laquelle des bateaux rapides déchirent l'onde, et sur les immeubles de la ville au loin. Arrivé de l'autre côté, l'ambiance semble avoir changé : la mer impose sa présence, il y a des pontons, des îles, et même une plage, en réfection pour les Jeux Olympiques à venir.

Les habitations sont plus espacées, la population semble moins dense, on est loin du grouillement des quartiers centraux, un peu de province au cœur de Tokyo. Une des tours le long du front de mer, celle de Fuji TV, permet d’aller profiter de la vue sur la ville à la tombée de la nuit, toujours spectaculaire dans ces grandes métropoles.

Le cœur de l'île est devenu un centre d'attractions, où la jeunesse locale vient passer des soirées. Si la mini Statue de la Liberté a disparu pour subir une cure de jouvence, le robot géant Gundam vous écrase de sa carapace métallique, tandis que de multiples attractions et shopping centers vous aguichent avec une orgie de lumières.
Acte VI, Asakusa. Une dernière virée tokyoïte avant le retour aux réalités hexagonales m'emmène au nord de la métropole, le long de la rivière Sumida. En sortant du métro, l’œil est tout de suite attiré par la brasserie Asahi, la grande marque de bière japonaise, et sa flamme dorée, censée représenter une bulle de bière, mais que les locaux voient plutôt comme une crotte, ce qui est assez bien vu d'ailleurs. On traverse un pont pour aller apprécier l'architecture de Philippe Starck, et goûter quelques unes des bières artisanales concoctées par Asahi.

Mais l'attraction principale du quartier est le temple bouddhiste Senso-ji. Pour y arriver, une fois la porte Kaminarimon passée, il faut prendre une longue allée bordée de boutiques tous genres, la rue Nakamise, et pourtant l'ensemble ne donne pas ce que l'on aurait pu craindre, une orgie de mauvais goût et un bazar innommable : les objets vendus sont plutôt de qualité, et les visiteurs, surtout japonais, se comportent fort bien. Il est vrai que beaucoup viennent pour se recueillir dans le temple au bout du chemin. La piété est réelle, une fois les emplettes effectuées, les fidèles se recueillent dans la grande pagode et s'aspergent à la fontaine qui la précède.


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