Ma nuit bouddhique (chez les moines de Koya)


Après Osaka et ses lumières, nous rejoignons Koyasan, montagne sacrée et lieu de pèlerinage bouddhique au sud d'Osaka, près de Wakayama, pour un contraste assuré. S'y rendre est un petit voyage en soi, pas moins de quatre moyens de transport pour y parvenir après 3 heures de trajet. On entame avec le métro bien sûr, on enchaîne avec un train rustique va vers la montagne, on prend un funiculaire qui grimpe raide, puis on finit par un bus qui traverse Koyasan. Des monastères dans la montagne, je m'imaginais une nature sauvage, c'est en fait dans une véritable ville que nous arrivons. Cette première petite déception passée, le temple dans lequel nous logeons reste authentique, même s'il en est un parmi beaucoup d'autres. En effet, les moines bouddhistes ont le sens des réalités et monétisent leur situation, transformant leurs temples en hôtels rustiques, demi-pension incluse. Heureusement, on se sent toujours plus dans un monastère que dans un hôtel, pas (encore ?) de lobby, de boutique, d'enseigne multicolore. Le cadre reste austère et beau. Et le dîner, comme le petit déjeuner, respectent la tradition millénaire, une cuisine végétarienne bouddhiste, à base de légumes et de plantes. Pour ceux que la méditation inspire, et pour les lève-tôt, on peut même assister au petit matin à la prière du jour, avec en bonus une cérémonie du feu l'après-midi, gomakito, au cours de laquelle le moine brûle le bois des vœux.


Nous sommes là avant tout pour le fameux cimetière Okuno-in, aux 200.000 tombes, anciennes et modernes, on y trouve des samouraïs du lointain passé, mais aussi de modernes mémoriaux aux noms de grandes sociétés contemporaines, ce qui fait moins rêver c'est vrai. L'entrée principale par la route manque de charme et fleure bien trop le business, arrivez-donc côté ville, par le pont Ichi no ashi qui s'enfonce dans la forêt millénaire de cèdres, filtrant la lumière, distribuant ses fragrances, aux mille nuances de vert, mousses, feuilles, herbes, tranchant avec le rouge des jizo, ces statuettes de pierre vêtues d'un bonnet et d'un bavoir, figurant et protégeant les défunts, souvent des enfants. Le bout du chemin nous emmène jusqu'au temple des lanternes et au mausolée de Kukai, le fondateur de l'école Shingon. C'est là que se rendent les croyants pour prier, mais pour nous autres mécréants, le plus beau et le plus marquant est de se promener au milieu de cet immense cimetière, de sortir du sentier battu pour aller découvrir, là une série de stupa, là des torii à moitié abandonnés dans une petite clairière, là encore un escalier de pierre qui grimpe au milieu des arbres. Et de goûter la sérénité des lieux, en se surprenant même qui sait à méditer sur le sens de la vie.

 

L'autre lieu mythique de Koya est le complexe des temples, le Danjogaran. Il rassemble dans un espace restreint une vingtaine de temples de toutes tailles, depuis la pagode rouge vif du Konpon Daito, ripolinée à neuf, presque trop, jusqu'aux plus modestes pavillons en bois brut, qui se cachent presque derrière les arbres. L'ensemble est monumental, mais manque un peu d'âme à mon goût. Heureusement qu'un quatuor de bonzes vient animer les lieux, se déplaçant d'un temple à l'autre pour prier dans un cérémonial bien huilé, que l'on observe discrètement, admirant leur dévotion, leur impassibilité, leur patience.


Le soir venu, la ville s'endort, quelques temples s'illuminent et éclairent la nuit, tout comme de prosaïques magasins, prier ne suffit pas, il faut bien vivre aussi.



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