Quartiers tokyoïtes, partie 1
Tokyo est une ville tentaculaire, la plus grande métropole du monde paraît-il, près de 40 millions d'habitants. Elle est constituée de quartiers assez différents, que j'ai parcouru en plusieurs occasions durant ma quinzaine japonaise. L'impression générale est plus celle d'une ville américaine qu'autre chose : des avenues larges, des gratte-ciels ici et là, des gestes architecturaux inventifs, des boutiques d'une économie globalisée, comme on peut en voir partout dans le monde. Tokyo ayant été largement détruite pendant la Seconde Guerre Mondiale, les traces du passé sont effacées, et les Japonais, pas rancuniers, ont repris les standards américains pour reconstruire leurs grandes villes, au point que Tokyo a par endroit des airs de Manhattan.
Acte I, Harajuku. C'est le quartier branché, les jeunes viennent y faire leurs courses, parfois costumés comme à Carnaval, en mode cosplay (costumade selon l'Académie) pour se montrer et frimer un peu. C'est notre première sortie, en groupe, après avoir atterri le matin même à Tokyo-Haneda. Il pleut à verse lorsque l'on enfile la fameuse rue Takeshita où se pressent des nuées de parapluies colorés. Les yeux sont tout de suite attirés par les devantures multicolores, notamment celles des fast food qui proposent d'étranges combinaisons d'Orient et d'Occident, comme ces gaufres, reproduites à l'aide de plastique en vitrine. Un café à thème propose ses consommations plus loin dans la rue : au Japon, les thèmes animaliers sont à la mode, et en guise d'animaux, on en trouve non seulement des photos sur les murs ou des statuettes, mais aussi, surtout, des animaux en chair et en os qui déambulent dans les lieux, se laissant approcher, porter, nourrir par les consommateurs. Ici, c'est le café à cochons qui est la vedette, mais on en trouve aussi avec des chats, des chiens, des lapins, et d'autres encore ! Je remonte l'avenue Omotesando pour revenir, les Champs Elysées de la ville, avec boutiques occidentales qui se partagent les mètres carrés : Armani, Vuitton, Dior, Prada, voilà qui nous ramène bien vite dans notre bonne vieille Europe.
Acte II, Shibuya. Après une première excursion vers le Sud et le Fuji Yama, retour à Tokyo, autour de Shibuya. C'est un des grands quartiers commerçants de la ville, regorgeant de grands magasins chics, temple de la mode aussi. Le carrefour de Hachiko, ou Shibuya Crossing, est le plus célèbre de la ville, peut-être du monde : 5 passages piétons, dont un en diagonale, le quadrillent. Le spectacle est intermittent, tous les piétons sont à l'arrêt tandis que les voitures défilent, puis d'un coup, les feux changent de couleurs, et une marée humaine déferle 55 secondes durant sur le carrefour, dans un flux interrompu ensuite par le changement de feux suivant, et ainsi de suite ... On apprécie le spectacle d'en bas, en attendant que la marée humaine monte vers vous, ou en se joignant à elle pour traverser. Ou d'en haut, depuis les étages ou le sommet d'une des tours voisines. Justement, avant la tombée de la nuit, il est temps d'aller sur l'une de ces tours dont le toit est aménagé en observatoire. Le soleil descend à l'horizon, les couleurs du ciel changent, les lumières commencent à scintiller et à illuminer Tokyo, le spectacle est fascinant, on voit ici le futur Stade Olympique, là le port de la ville, et au loin le mont Fuji qui s'assombrit tandis que la nuit gagne la partie. Le quartier est une sorte de Times Square nippon, les enseignes lumineuses constellent tant le fameux carrefour que les rues commerçantes des environs, dans lesquelles des groupes de jeunes filles jouent aux fashionistas en faisant leur shopping.
Acte III, Shinjuku. Shinjuku est d'abord la plus grande gare de Tokyo, et du Monde, qui voit passer près de 4 millions de voyageurs chaque jour, lesquels s'engouffrent dans les 200 entrées qui permettent d'y accéder, pour prendre son train ou une des nombreuses lignes de métro qui s'y croisent. Le matin, aux heures de pointe, l'animation est incroyable, salarymen et autres employés courent quasiment dans les couloirs interminables et les halls démesurés pour rejoindre leur travail. L'image que beaucoup ont de Shinjuku est aussi celle d'un quartier particulier, popularisé par livres et films, celui de Kabukicho. C'est le quartier "chaud" de la ville, parfois comparé à Pigalle, où régnaient (et parfois règnent encore) les yakuzas, ces mafiosi locaux, repaire des bars à hôtesses, des cinémas pornos, des restos miteux, même si la normalisation galopante change la donne à toute vitesse ces derniers temps.
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