Le nouveau Nord est-il arrivé ?


  

Souvent Nord (sous-entendu de la France) est jugé comme rimant avec pauvreté, pluie, corons gris et terrils noirs. Et pourtant, tout n'est pas triste dans le Nord, loin de là, et des efforts louables le rendent bien plus attirants que beaucoup ne le pensent. Le plus bel exemple est sans doute le Louvre-Lens, implanté un peu artificiellement à Lens, à deux pas du Stade Bollaert, jusque là le porte-étendard de la ville, en souffrance depuis quelques années. Ce nouveau Louvre a trouvé un public, à la fois local et national, su marquer son originalité par rapport à son géniteur parisien, et vit bravement à côté des terrils, tout en horizontalité tellement son écrin apparaît aplati sur le sol. La fameuse galerie du temps est une vraie trouvaille : idée géniale que de confronter les civilisations et leurs cultures, de faire progresser le visiteur à la fois à travers les siècles et les continents, pour lui donner une sorte de vision 3D de l'art dans son entièreté. Ainsi sculpture grecque voisine avec vase chinois, plat arabe ou statuette mésopotamienne, reliés entre eux par le fin cordon de la simultanéité. Les parois en acier brossé qui ferment l'espace en renvoyant les images déformées des objets achèvent de rendre l'espace unique et fascinant. Et comme les œuvres exposées tournent et changent régulièrement, la galerie n'est pas figée et se revisite avec autant de plaisir d'une fois à l'autre.


Mais il n'y a pas que le Louvre. Je découvre avec plaisir une ville d'Arras dont le nom ne m'évoquait guère que la préfecture, présumée endormie et médiocre, du Pas-du-Calais. La ville est pimpante, dynamique, belle même. La Grand-Place a été nettoyée de ses automobiles parquées, les maisons flamandes qui la bordent jouent à celle qui sera la plus belle, et la vue depuis le haut du beffroi est magnifique. On se promène dans les rues de la vieille ville en guettant les façades Art Déco ou Art Nouveau, déguste au passage de subtils macarons dans une pâtisserie ou reste accroché par la devanture surprenante d'un magasin.
 
  
Plus loin, le mémorial de Vimy est impressionnant et émouvant. On voit de loin les deux obélisques dressés au-dessus du sol, et en s'approchant, on s'aperçoit qu'ils s'élèvent au milieu de troupeaux de moutons, pendant que les terrils voisins semblent des négatifs patauds des élancés pylônes blancs. C'est un mémorial célébrant les quelque 11.000 tués canadiens lors de la Première Guerre Mondiale, dont les noms tapissent la base du mémorial. Une femme de pierre blanche pleure ses enfants. L'ensemble est un peu grandiloquent et pourtant grandiose, amenant une vague d'émotion quand on se rapproche de cet endroit unique.
 

Encore un signe du vent nouveau qui souffle sur la région. La fosse n° 9 - 9bis à Oignies est un exemple de ces puits avec leur architecture typique de briques rouges, bel écrin qui conserve encore entre ses murs la sueur et les larmes des mineurs des siècles passés. Et pourtant, loin d'être figés dans un souvenir momifié, les lieux s’ouvrent à l'avenir, grâce à la reconversion d'une partie du site (les Bains Douches) en salle de spectacle (le Métaphone) au design audacieux et à la programmation ambitieuse.



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