Casa aux deux visages

Casablanca n'est certainement pas la ville la plus évidente, ni la plus prisée du Maroc : elle n'a, ni l'authenticité de Fès, ni l'exubérance de Marrakech, ni le charme de Tanger. Ce qui frappe par contre quand on l'aborde depuis l'aéroport est qu'elle semble être à mi-chemin de l'Occident et de l'Orient ; des panneaux publicitaires très occidentaux s'alignent le long de l'autoroute, des coques commerciales proposent des produits que l'on pourrait trouver dans n'importe grande ville européenne. La circulation est dense et un peu anarchique, mais rien à voir avec celle de Tunis par exemple. Quand on arrive dans le centre moderne, on pourrait se croire là aussi dans une ville européenne du Sud, tours toutes neuves, commerces classiques, voirie bien tenue, on est loin des autres villes du Maroc. Sortie pour dîner, cette impression se confirme : les restaurants proposent tous types de cuisine (et de l'alcool), la clientèle est occidentalisée, hommes d'affaires étrangers et Marocains branchés, les filles sont aussi de sortie, vêtues comme chez nous, quasiment pas l'ombre d'un voile à l'horizon. Sommes-nous bien au Maghreb ?

Il suffit pourtant de suivre l'une des artères principales qui traverse la ville d'Ouest en Est pour changer brutalement de décor un kilomètre plus loin. Les rues deviennent plus sombres, les restos se transforment en boui-bouis tristes, remplis d'hommes attablés devant un match de foot, les rares femmes circulent dans la rue, en général affublées de tenues grises, souvent alourdies d'un hidjab. On se retrouve d'un coup dans l'autre Maroc, traditionnel, figé, rigoriste : est-il meilleur ou pire que son alter ego moderne, brillant, un peu artificiel ? Difficile de juger en tant qu'Européen au jugement biaisé par définition. En tout cas, ces deux aspects de Casablanca sont diamétralement opposés, on perçoit même une ligne de démarcation fictive entre ces deux mondes, tant la différence est nette, et la transition brutale - on parlerait en d'autres lieux de communautarisation. 

Je suis venu à Casablanca pour donner des formations dans le domaine pharmaceutique. En arrivant sur mon lieu de formation, dans un quartier chic du centre, je m'aperçois tout de suite que je suis du côté moderne du Maroc. Le centre de formation est situé au dernier étage d'un immeuble récent, avec une agréable terrasse donnant sur les toits de la ville. Les outils de présentation mis à ma disposition sont du dernier cri. La responsable, tout comme son assistante, sont habillées à l'européenne, façon plutôt branchée même, et parlent un français impeccable. Côté assistance, une dizaine de personnes, dont une majorité de femmes comme souvent dans mon domaine : contraste ici, la plupart sont voilées. Mais l'ambiance est décontractée tout en restant studieuse. Je suis surpris par la manière dont ces Marocains se parlent entre eux : un mélange étonnant d'arabe, comme langage de base, et de français, émaillant les échanges avec de nombreux mots et expressions, le tout agrémenté de quelques mots anglais lorsque l'on en vient à des discussions plus scientifiques. Quand on écoute la radio marocaine, on retrouve ce même mélange, dans lequel les interlocuteurs passent sans arrêt, de manière très naturelle et spontanée, d'une langue à l'autre. Le lendemain à Rabat, pour une autre formation dans une entreprise (ex-britannique revenue dans le giron marocain), les données seront les mêmes.
Groupe de formation à Casablanca
Vue depuis la terrasse de la formation
  

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tassili n'Ajjer, minéral et humain

Ma géographie NBA

De pied en caps à Majorque