Au cœur du Péloponnèse
Après les Météores et Delphes, direction le cœur du
Péloponnèse, via le spectaculaire pont suspendu de Patras qui enjambe le golfe
de Corinthe. Puis la route commence à sinuer, s’enfonce dans la montagne,
devient plus étroite, les voitures se font rares, la végétation change, et au
détour d’un virage, un panneau affiche une publicité pour … les skis Salomon.
En effet, plus loin, une station de ski est annoncée, des chalets en bois font
leur apparition, et l’on retrouve presque, à la température près, une
atmosphère alpestre (le plus haut sommet frise tout de même les 2400 mètres
mine de rien). Mais en été, tout a l’air bien mort, on espère qu’en hiver
ce le soit moins, et que tout cela ne soit pas un mirage ou un anachronisme
fabriqué lors des années où l’argent coulait à flots dans le pays. Plus loin,
là où nous nous posons pour 3 jours, la forêt verdoyante a repris ses droits.
Nous nous arrêtons dans un petit village où nous attend une maison campagnarde, à Chrysovitsi :
la taverne voisine accueille les vieux du village devant un verre d’ouzo, le
troupeau de chèvres et de moutons sous notre terrasse « clochète » à
qui mieux mieux, et moins réjouissant, des chiens assurent toute la nuit un
concert d’aboiements (vicissitude courante dans la campagne grecque comme nous
l’observerons encore).
J’ai choisi cette région pour faire une pause tranquille
entre les endroits assez touristiques où nous nous sommes posés jusque-là, et
pour randonner dans les environs. De bon matin, nous laissons notre Micra au village de Stemnitsa, pour rejoindre à pied le village voisin, via les
gorges de Lousios : 5 heures de marche, pour 13 kms, avec un bon dénivelé. Au début, le sentier descend progressivement vers le fond, puis il
devient plus escarpé, monte et descend autour du torrent, et la fin est une remontée vers le village perché de Dimitsana, qui devient pénible sous la chaleur
du début d’après-midi. Superbes paysages tout au long de cette balade, mais le
plus remarquable restent les 3 monastères rencontrés, bien accrochés à flanc
de roche. Le monastère Prodromou est spectaculaire : bien caché, il est
littéralement fixé à la paroi (on se demande comment certaines parties
tiennent), et semble bien vivant, animaux domestiques, nombreux moines, habits
séchant aux balustrades. Plus loin, ce sont 2 monastères Filosofou qui nous
attendent : le premier est l’ancien, désormais abandonné, dont il reste
une muraille épousant le relief de la falaise ; le second, récent, est beaucoup
plus gai, une propriété où l’on se verrait bien habiter avec son joli jardin et
une vue imprenable. Le moine de service nous accueille chaleureusement, d’une
voix étrangement caverneuse, nous offre à boire, nous parle un peu de son
monastère (d’un anglais rocailleux émaillé de mots de français), nous fait lire
quelques lignes sur les lieux.
Un mot sur les 2 jolis villages de Stemnitsa et Dimitsana,
un peu plus fréquentés que les autres, surtout par des marcheurs,
essentiellement français d’ailleurs. Stemnitsa est connu pour ses églises et
chapelles (il y en a 18 en tout !), et compte quelques belles maisons de
pierre, qui en font un lieu de villégiature bien au calme. Quelques échoppes
pour touristes proposent de la qualité, nous repartons avec une belle bague en
argent (faite par une artiste locale) et de délicieux gâteaux aux fruits secs. Dimitsana
est bâti en balcon sur la vallée, et il fait bon y prendre un verre en
jouissant une fois encore de la vue. L’activité le soir y surprend, pas mal de monde
entre bars et restaurants, et même le jour où nous passions, une bruyante
course de côtes avec voitures de rallye.


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