Costa Rica, paradis vert ?
A notre retour de vacances costariciennes, c'est le moment d'en tirer quelques enseignements. Et tout d'abord sur le slogan publicitaire maintes fois rabâché de destination nature, verte, écologique. Sur la qualification nature, et verte au sens littéral du terme, c'est tout à fait vérifié. Une fois quittée la vallée centrale urbanisée où se concentre l'essentiel de la population, il est exact que la nature règne en maître, que la forêt tropicale s'étend, et l'on se prend du vert, de toutes les nuances de vert, dans les mirettes un peu partout. Enfin, pas partout, et c'est là un premier bémol, il y a pas mal d'endroits cultivés, verts certes, mais pas vraiment naturels : les palmeraies prolifèrent le long du Pacifique, les bananeraies et plantations d'ananas se trouvent plutôt côté caraïbe, et là, l'on n'est plus dans la nature et l'écologique. On connaît tous les usages de l'huile de palme, et la déforestation a ici aussi sévi pour laisser la place à des mers de palmiers sagement alignés sur des kilomètres. Pire peut-être, la traversée des plantations de bananiers et d'ananas pour aller vers la côte des Caraïbes interpelle et inquiète quand l'on voit à intervalles réguliers au bord des routes un panneau annonçant sans gêne, sous le dessin d'un petit avion "Attention, épandage de pesticides". Et quand l'on sait que ce sont des compagnies américaines, telles Chiquita (anciennement United Fruit), qui gère ces plantations, que les employés qui y travaillent paient cher leur exposition aux pesticides, on se dit qu'il y a un loup. Voilà qui fait un peu mal à la coloration écologique !
Revenons aux parcs naturels qui sont l'image de marque de pays. Alors effectivement, il y a une multitude de parcs nationaux à travers le pays. Certains sont spectaculaires, d'autres moins, mais il est certain qu'il y a un effort pour préserver l'environnement naturel. C'est d'autant plus important que le tourisme est la première source de revenus pour l'Etat du Costa Rica, et que tout est fait pour développer cette ressource. C'est très bien sur le principe, mais il y a quelques observations qui choquent. Tout d'abord, certains endroits de la côte commencent à être sérieusement bétonnés, comme dans la partie balnéaire la plus développée, la péninsule du Guanacaste au nord-ouest (que nous avons soigneusement évitée soit dit en passant). En plus, il s'agit de la zone la plus sèche du pays - très utile pour le farniente sur la plage -, et cela choque un peu quand l'on y voit la prolifération de ces golfs chers aux Nord-Américains, mais si consommateurs d'eau dans une zone où H2O est une matière précieuse. Ensuite, quand on se balade dans le pays, on a parfois l'impression d'être une machine à cash : tout se paye, et au prix fort. L'entrée dans un parc, parfois juste l'accès à une cascade ou à quelques sentiers, coûte en général 15 $ (US), voire 20 $, pour la journée, et il faut re-casquer si l'on veut y retourner le lendemain. Les activités plus sophistiqués, type rando accompagnée, balade dans la canopée, tyrolienne, etc... vont chercher entre 50 et 100 $. Et tout est à l'avenant, le coût des hébergements, les tarifs des restaurants, et même les prix dans les supermarchés. Apparemment, de lourdes taxes pèsent sur les prestations à l'usage des touristes. Pourquoi pas, si au moins les prestations sont à la hauteur, ce qui n'est pas toujours le cas. A titre de comparaison, 15 jours au Costa Rica nous sont revenus plus chers que 15 jours aux USA, à niveau équivalent de prestations. Le pays devrait faire attention à ne pas tuer la poule aux œufs d'or, je veux dire le tourisme.
Pour conclure, le Costa Rica est indéniablement un beau pays, et y passer deux semaines est un vrai plaisir. Les touristes se pressent d'ailleurs en nombre de plus en plus grand : beaucoup d'Américains et Canadiens bien sûr, et pas mal de Français aussi. Mais il y a quand même un hiatus entre la façade ripolinée que l'on nous présente, et la réalité derrière. Et les autorités locales devront faire attention s'ils ne veulent pas subir un contre-coup un jour prochain. A moins qu'un certain type de tourisme de masse, repeint rapidement d'une couche de peinture verte, ne réussisse son coup, ce qui est toujours possible ...

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