Le long de la mer de Libye
Nous quittons La Canée pour traverser l'île du nord au sud cette fois-ci, nous arrêtant en chemin au parc botanique de Fournes, dans les collines du centre de la Crète. Une bonne occasion de sortir de la voiture et de se dégourdir les jambes en gravissant le flanc de montagne sur laquelle s’étagent les plantations du jardin : en descendant en zigzag la pente, on profite des dernières floraisons en révisant sa gamme de couleurs, beaucoup de rouge et de blanc, un peu de bleu et de jaune, sans oublier les motifs de la queue de paons qui se promènent autour de l'étang tout en bas, une touche zoologique dans ce monde botanique.
Notre destination est Paleochora, sur la côte sud-ouest, une petite ville balnéaire nichée sur une pointe avançant dans la mer. Rien d'extraordinaire, mais une ambiance détendue sympa, où faire un tour au crépuscule en attendant le coucher du soleil. Justement, le dernier soir, c'est à un magnifique lever de lune se reflétant au large que nous assistons.
Nous consacrons une journée à marcher en longeant la mer de Libye, de Paleochora à Sougia : 18 kilomètres en 6 heures, temps très chaud, sol irrégulier et du dénivelé en prime, la progression devient vite assez lente. Nous passons devant la plage de Gialiskari, destination principale des touristes du coin, continuons jusqu'au cap Flomes en grimpant, puis redescendons à Lissos, où une double récompense nous attend : une fontaine pour remplir les gourdes et un site archéologique niché dans la garrigue avec son odéon miniature. La rando s'achève par une petite gorge bien agréable, abrités du soleil qui ne nous a pas quittés de la journée. Le jus d'orange ou d'ananas frais que nous nous offrons en arrivant à Sougia est le bienvenu après une journée ardue. De là, nous retournons en bateau, sur un ferry quasiment désert une fois délesté des randonneurs de Samaria.
À partir de l'endroit où nous résidons, un peu à l'intérieur des terres, nous rayonnons dans les environs. D'autres gorges plus modestes que celle de Zarkos nous font descendre jusqu'à la mer, mais si la distance est moindre, il reste encore de gros rochers à escalader, pas de tout repos pour des randonneurs du dimanche. Le village le plus proche est celui de Spaniakos, que nous rejoignons en montant la route bitumée qui passe devant notre gîte, jusqu'à une petite église moderne bien posée au milieu du village comme dans tout village grec qui se respecte. A 2 km de là, le cimetière d’Agios Georgios, flanqué de sa rituelle chapelle, nous rappelle certains rites des orthodoxes dans leur rapport avec les disparus : sur quasiment chaque tombe sont posées une ou plusieurs photos du ou des disparus, et sur certaines, d'anciennes photos en noir et blanc datant du début du siècle dernier. en costume de chasse avec un fusil, ou en tenue de mariage, les occasions sont variées et nous permettent de plonger dans une société ancestrale.
Nous restons trois nuits dans un appartement inséré dans une belle maison, propriété d'Allemands, et offrant une magnifique vue sur la mer droit devant. Leur résidence est vraiment très bien située, et nous devisons avec nos hôtes de leur vie crétoise et des raisons pour lesquelles ils ont abandonné leur Forêt Noire natale.
Sur la route qui traverse la Crète entre ses côtes septentrionale et méridionale, je repère deux motifs de faire une petite halte. À l'aller, c'est dans une propriété viticole, la cave de Karivatakis, dont nous avons apprécié les vins dans un restaurant de La Canée. Je déguste deux rouges puissants, issus de cépages locaux, et repars avec quelques bouteilles qui reprendront l'avion avec nous. Au retour, c'est une brasserie artisanale, Cretan Brewery, la principale de l'île, que j'ai repérée sur notre trajet et où nous nous arrêtons pour déjeuner. Évidemment je ne manque pas de déguster une volée de bières brassées sur place. Pas très originales, mais agréables, surtout par les températures qui ont fini par atteindre la trentaine de degrés. Le commerce fonctionne bien, des cars de visiteurs s'arrêtant régulièrement pour tester le nectar de houblon local.
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