Gorges et olives à Zakros
Pour rejoindre l'extrémité orientale de la Crète, nous longeons la côte sud en passant par Ierapetra, petite ville animée où nous dégustons quelques succulents gâteaux dans une pâtisserie locale. Nous logeons à Xerocampos, un bout du monde, quelques maisons au bord de la plage, des îlots un peu plus loin, et c'est tout ! Nous sommes accueillis aux Lithos Houses par la volubile propriétaire qui habite juste à côté d'un petit bloc de duplex, façon grecque, où nous logerons ces trois prochains jours. Pas grand-chose d'autre à faire ici que de marcher le long de la mer, en se battant contre les moustiques le soir venu, et de prendre un verre dans une taverne les pieds dans l'eau.
Nous remontons la côte pour aller marcher dans les gorges de Zakros. Nous commençons en parcourant une garrigue à la végétation rase, longeant la tranchée creusée par le torrent intermittent de Zakros. En descendant dans les gorges, nous ne nous attendions pas à ce type de difficulté : le lit de la rivière serpente au milieu des lauriers-roses, mais aussi des cailloux, puisque de gros amas rocheux barrent à intervalles réguliers le chemin. Et quand ce sont de gros rochers, il peut y avoir un mètre ou plus d'obstacle à franchir en hauteur. Il faut alors contourner, ou quand ce n'est pas possible, se débrouiller pour trouver des appuis et sauter. Par endroit, il y a même des barreaux métalliques ancrés dans la roche, et une corde pour aider à escalader, façon via ferrata. Notre rythme est donc très lent, nous dépassons à peine le un kilomètre-heure, enviant les chèvres qui elles bondissent sans difficulté d'une pierre à l'autre. Heureusement, au bout d'une bonne heure de progression malaisée, le sentier devient plus praticable et nous profitons davantage de la beauté du paysage et de la profusion de fleurs tout autour de nous. Au retour, nous nous arrêtons au village voisin de Zakros pour faire quelques emplettes de produits locaux : chez Terra Zakros, nous nous concentrons sur l'huile d'olive, puisque la région regorge d'oliviers et se trouve en être une des principales productrices. L'accueil est chaleureux et compétent, nous goûtons plusieurs variétés d'huiles avant de jeter notre dévolu sur celles que nous avons le plus appréciées.
Le soir venu, j'emprunte une piste pour continuer vers le sud le long de la côte, la partie la plus sauvage et la moins fréquentée de Xerocampos. Personne, à part un couple de vieux Allemands naturistes qui se planquent là. Un canot échoué, quelques rochers qui affleurent, les îlots qui brillent au soleil au large, pas un bruit, le calme absolu, je m'assieds, je regarde, j'attends.
Une autre excursion à partir de Xerocampos nous emmène pour la journée à Sitia, la ville principale de l'Est crétois. Nous commençons par le musée archéologique : à l'entrée de la ville dans un bâtiment quelconque, celui-ci est bien vieillot, des vitrines à l'ancienne, des panneaux en carton, pas de multimédia ou d’effets de lumière ! Mais comme souvent en Grèce, il y a une foultitude de pièces grappillées dans la région : l'objet le plus connu est un kouros minoen en or et ivoire, trouvé à Palaikastro, mais on y trouve aussi de gigantesques sarcophages, de grosses jarres en terre cuite, des tablettes de linéaire A, ou des pièces miniatures comme des bijoux. On est toujours fasciné de voir la richesse du sous-sol, et donc des musées qui accueillent ces trouvailles.
De là, nous rallions le port où quelques bateaux de pêche se balancent en attendant la prochaine sortie. Après y avoir déjeuné d'une bonne moussaka, l’on monte à l'assaut de l'ancienne Sitia, qui connut toutes sorte d'occupants : grecs, romains, arabes, vénitiens, ottomans, avant de revenir dans le giron grec au début du 20e siècle. Un large escalier blanc planté de réverbères monte à l’assaut de la colline, jusqu'à la citadelle vénitienne. La Kazarma du 13e siècle domine la ville, mais fut détruite quand les Vénitiens abandonnèrent la ville aux Ottomans. Il n'en reste aujourd'hui que quatre murs percés de fenêtre et de meurtrières, offrant des ouvertures sur la mer bleue et la montagne derrière.
Nous finissons en parcourant les rues de la ville, découvrant des jardins verdoyants derrière des portes en bois et des murs blancs, et même un bâtiment estampillé “8ème régiment d'infanterie de marine”, indiquant que les Français aussi sont passés par là à une époque pas si lointaine. En repartant, nous subissons un gros orage, qui sera la seule intempérie vraiment marquante de notre séjour crétois.
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