Calés à La Canée

 

Notre seul contact avec une ville crétoise sera pour celle de La Canée, sûrement la plus belle des grandes villes de la côte nord, devant Rethymnon ou Héraklion. Après une longue traversée de l'île d'est en ouest, nous voici dans la ville vénitienne. Notre premier contact avec le bord de mer nous surprend par la densité touristique qui s'affiche déjà en cette fin mai. mais dès que l'on s'éloigne un peu de la mer, on retrouve de la tranquillité. Tout d'abord à notre gîte, un appartement situé hors de La Canée ancienne, dans un quartier de petites maisons, peuplé uniquement de locaux, avec des commerces et de la vraie vie. En plus, notre appartement n'est pas un de ces endroits meublés de manière stéréotypée et conçus seulement pour accueillir des visiteurs de passage, mais un lieu réellement habité, avec une âme, bien équipé, et avec une terrasse très agréable où nous passerons du temps, que ce soit pour déjeuner ou pour paresser.

Bien que très fréquenté, le port vénitien vaut vraiment la peine d'y passer du temps et de baguenauder sur ses quais. En arc de cercle, bordé de multiples terrasses, s'y promener reste incontournable pour admirer d'un côté les façades des maisons et des anciens entrepôts, de l'autre côté la mer, le soleil, quelques pêcheurs à la ligne, des îlots au loin. La Mosquée des Janissaires a été convertie en lieu d'exposition, mais sa coupole ocre tranchant sur le blanc des maisons vénitiennes derrière, est une perspective unique de La Canée.


Non loin de là, le quartier de Splantzia est vraiment adorable, avec ses étroites bâtisses, ses façades en bois, ses arbres en fleurs, quelques terrasses de détente pour se poser un instant. Nous prenons grand plaisir à flâner au hasard des rues, tombant ici sur un minaret dominant une ruelle, sur un rempart un peu décati, sur une minuscule chapelle remplie d'icônes (Agios Irini), ou même sur un surprenant musée du football grec ! Nous dînons un soir au resto Well of the Turk, sur une petite table plantée dans une ruelle, d'une cuisine simple et savoureuse, joliment composée, brik et boulettes de viande, arrosés de vins crétois de très bonne facture.


D'autres quartiers méritent aussi une balade, par exemple celui d’Evraiki, où il faut dénicher la petite synagogue Etz Hayyim au hasard d'une impasse. Celle-ci témoigne de la présence juive en Crète depuis plus de deux millénaires, et concentre beaucoup de charme dans ce périmètre réduit : cours d'entrée pavée de galets, bain rituel (mikvé), salle de prières toute en bois. Elle attire notamment des touristes juifs, souvent américains.

 

 

Nous quittons le centre-ville pour marcher dans les quartiers plus récents et rejoindre un Halepa résidentiel qui a aussi le mérite de proposer des musées en dehors des sentiers battus. Le Musée Archéologique est l'un des plus beaux de l'île, de par son contenu, mais aussi son architecture très moderne qui offre beaucoup d'espace pour présenter ses trésors : céramiques et inscriptions en linéaire A ou B, voisinent avec des reconstructions de temples, de cuisines, de tombes, ainsi que de magnifiques mosaïques romaines. Je remarque aussi une étonnante vitrine de figurines votives de taureaux qui me fait penser à notre iconique peluche Toto qui accompagna nombre de nos voyages il y a une ou deux décennies.

 

Non loin de là, se trouve la maison de Venizelos, fondateur de la Grèce moderne et natif de la ville. C'est une belle villa, remplie d'un mobilier en bois chaud, parquet et plafond itou, qui nous raconte en même temps la destinée de Venizelos, depuis la Crète jusqu'à Athènes en passant par Paris. À l'extérieur, la vieille voiture criblée de balles rappelle l'attentat auquel il survécut, et sur la terrasse aménagée dans le jardin ombragé, un jus d'orange frais vient nous récompenser après la bonne trotte effectuée depuis le centre-ville.

Un troisième musée se situe dans le fort Firkas (caserne en turc), dans le quartier de Topanas, consacré à l'histoire maritime de la ville. Une foule de documents, photos, costumes, journaux, plans, tableaux, détaille cette histoire au fil de l'eau, jusqu'à la deuxième guerre mondiale. Tout cela est presque trop riche, on est un peu étourdi et débordé par la masse d'informations, retrouvant ça et là une accroche comme une cabine de commandement, une maquette de la ville au temps des Vénitiens, ou une collection de coquillages. Non loin de là, les arsenaux complètent le musée en présentant une reproduction grandeur nature d'un navire minoen du 15e siècle avant Jésus-Christ, reconstruit à l'occasion des Jeux Olympiques d'Athènes en 2004. On est étonné par les dimensions de ce navire vieux de près de 4000 ans, et intrigué par les techniques utilisées pour le reconstituer. 

Nous prenons une fois la voiture pour sortir de la ville et rejoindre la presqu'île d'Akrotiri, au nord. Là se trouve le monastère Agia Trida, alias de la Sainte Trinité, fondé par deux moines vénitiens convertis à l'orthodoxie. Au milieu des oliveraies se dresse une imposante église surmontée de trois dômes, plantée au milieu du monastère. Parcourir ses jardins est un délice, surtout par cette chaleur, au milieu des fleurs et des arbustes qui génèrent ombre et fraîcheur. 

 

 


Un peu plus loin, au bout d'une piste, le monastère d'Agios Gouvernetou est fermé, mais le chemin qui descend vers la mer est de toute beauté. On rejoint d'abord la grotte Saint-Antoine, dans laquelle une chapelle s'est glissée, semblant écrasée par les noires parois souterraines. À l'intérieur, quelques icônes montrent que le culte orthodoxe s’y pratique toujours. Plus loin en descendant vers la mer, surgit l'église de Katoliko, perchée au-dessus d'un pont, en pleine nature, dans un paysage sauvage à souhait.


 








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