Le hameau de Thalori
Notre premier point de chute au sortir de l'avion à Heraklion est un coin perdu sur la côte sud de la Crète, sur la mer de Libye. Une petite route sinueuse nous fait grimper depuis la plaine de Messara jusqu'aux Monts Asterousia où nous attend le petit village de Kapetaniana. L'originalité de celui-ci est sa mutation en un hameau au nom fabriqué de Thalori, devenu un village mixte, mélangeant de "vrais" habitants et des visiteurs hébergés dans des gîtes, de vraies maisons en pierre, refaites à neuf, dispersées dans le village, constituant avec une auberge centrale un complexe touristique original et réussi. Le lieu est magnifique, perché sur la crête des monts Asterousia, avec vue plongeante sur la mer quelques centaines de mètres plus bas. La taverne, avec sa grande cheminée de pierre (et un feu qui flambe le premier soir car il fait frisquet en cette fin mai sur les hauteurs), offre des plats roboratifs, à partir de matières premières locales, venant par exemple de cette ferme que l'on peut apercevoir en contre-bas tout près. Depuis la terrasse, la vue s'étend jusqu'à la mer avec juste en dessous une petite piscine, dont nous ne profiterons pas par un temps frais et venteux. Le long des ruelles pavées du village, certaines maisons très fleuries sont encore habitées, souvent par de vieilles dames qui papotent de part et d'autre de la rue en arrosant leurs plantations. Tandis que d'autres ont été réaménagées en gîtes hôteliers comme celle que nous habitons à l'extrémité du village. L'intérieur est coquet, et nous disposons d'une jolie terrasse avec vue sur le pic Kofinos qui culmine quelques kilomètres plus loin.
C'est ce pic qui sera notre première sortie crétoise. Nous empruntons une piste qui sinue dans les collines au milieu des troupeaux de chèvres, parquons la voiture au bord du chemin et commençons une courte ascension qui nous emmène jusqu'au sommet de la petite montagne, à 1231 mètres d’altitude. Le sentier caillouteux devient plus pentu, et un peu plus difficile malgré les barrières en bois qui marque le cheminement. Tout en haut, je suis seul sur la plateforme qui domine toute la région : la mer d'un côté, les montagnes et la plaine plus au nord, le panorama est magnifique. Dans le vent, je parcours en tous sens mon promontoire privé, au centre duquel une petite chapelle n’attend qu'un passant pour agiter sa cloche. A cette occasion, nous remarquons aussi le manège d'un couple d'aigles royaux, visiblement dérangés par notre présence pour s'occuper de leurs aiglons que l'on devine à l'intérieur d'un nid perché là-haut.
L'après-midi, nous descendons jusqu'à la mer par une étroite route en lacets qui nous conduit au village de Agios Ioannis, bien isolé en ce bout du monde, plus accessible par la mer que par la terre en fait. En effet, il n'y a quasiment personne en cette pré-saison, mais quelques villas résidentielles indiquent que même ici, l'été doit être actif. Nous partons pour une balade en longeant la mer de Libye vers l'est, jusqu'à la grotte de Saint-Antoine. Le chemin est tranquille, offrant de belles vues sur la mer en dessous de nous, tandis que nous croisons des chèvres qui s'activent à brouter la végétation du bord de mer, parmi laquelle l'on distingue sarriette odorante, arums ou petit dragon. Plus loin, une belle épave vert et rouille git sur son flanc, échouée à quelques mètres des rochers sur une plage noire. Nous entrons dans la grotte dans laquelle trône une jolie petite chapelle toute blanche, la porte en bois surmontée de l'inévitable icône dorée chère aux orthodoxes grecs.
Une excursion au long terme nous fait descendre de notre nid d'aigle jusque dans la plaine de la Messara. Notre première étape est pour le site ancien de Phaistos : c'est avec Knossos le principal site minoen de l’île. Mais au contraire de Knossos, il n'a pas été ripoliné à coup de peinture colorée par des archéologues trop imaginatifs. Celui-ci se dresse sur un promontoire au milieu de la plaine et reste très horizontal. On y trouve les bases des murs des différentes habitations et temples, quelques colonnes remontées, et c'est tout. Egayé par quelques arbres et par la vue à 360 degrés sur la plaine et les montagnes qui l'encadrent, le cadre du site vaut autant que les vieilles pierres qu'il contient.
De là, nous repartons vers la côte, nous arrêtant au passage dans le village de Kamilari. C'est un joli village grec, chaulé de blanc, fleuri, et encore bien calme. mais cela devrait changer d'ici deux mois, car il semble avoir été largement investi par des résidents occasionnels, essentiellement allemands, comme le démontrent les nombreuses boîtes à lettres qui s'alignent sur les murs avec des noms à consonance germanique.
Nous rejoignons la côte au niveau de Matala. Ici, la saison touristique a bien débuté et il y a déjà de nombreux visiteurs qui déambulent le long de la mer et dans le village. Les tavernes fonctionnent à plein, même si les plages sont encore désertes avec un mercure qui tarde à grimper. Bien couverts, nous prenons tout de même l'apéritif sur la plage, en regardant le soleil se coucher sur la mer de Libye en face de nous.
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