La Crète 42 ans après
Nous nous sommes rendus en Crète en septembre 1984, c'était notre premier voyage en couple, option sac à dos et camping. Si depuis nous sommes allés à maintes reprises en Grèce, nous n'étions encore jamais retournés en Crète, peut-être un peu inquiets à l'idée de ne pas retrouver ce que nous y avions vécu à ce moment-là. Mais dans notre tour des destinations méditerranéenne, nous devions un jour ou l'autre atterrir à nouveau sur la grande île grecque : un peu méfiant cependant, alerté par l'exploitation touristique qui s'est accentuée depuis plus de 40 ans, je fais attention à l'itinéraire que nous allons parcourir durant une quinzaine. Deux règles, la première d'éviter autant que faire se peut les lieux visités en 1984 pour éviter les comparaisons et les déceptions, la seconde de contourner la côte nord, réputée bétonnée et surpeuplée, surtout en été. Pour plus de liberté et le portefeuille étant un peu plus épais qu'à cette époque lointaine, nous allons louer une voiture qui permettra de rejoindre des lieux plus ou moins accessibles par d'autres moyens.
Nous allons donc essentiellement parcourir la côte sud : tout d'abord au centre, du côté de Matala et de la plaine de Messara, puis le versant oriental, à partir de Xerocampos dans le sud. Ensuite changement complet pour retraverser complètement l'île vers l'ouest, destination La Canée, seule ville où nous stopperons durant notre séjour principal. Entorse aussi puisque nous nous y étions arrêtés en 84. Nous finirons à nouveau par la côte sud, Paleochora d'abord, puis Spili, un peu à l'intérieur des terres, avant de faire une toute dernière étape dans la région viticole d'Archanes, non loin de l'aéroport d'Héraklion de retour.
Je ne vais pas échapper au petit jeu des comparaisons entre les deux périodes. Bien évidemment, la fréquentation touristique n'est pas du tout du même acabit, et même en mai, il y a déjà pas mal de monde, pour l'essentiel des Allemands qui ont jeté leur dévolu sur l'île. Ensuite, les routes cahoteuses et étroites d'antan ont été remplacées par des rubans asphaltés roulants, sans doute grâce à quelques subventions européennes. Nous nous souvenons aussi avec un brin d'émotion des vieilles dames habillées tout en noir que nous voyions un peu partout dans les villages de l'île : nous en trouvons cependant encore quelques-unes même si elles sont moins nombreuses. Et puis à l'époque, la gauche venait d'arriver au pouvoir avec Mitterrand tandis qu'en Grèce, le PASOK était également à la barre, et nous étions accueillis comme des frères d’armes par les Crétois progressistes.
Sur les plages, il n'y avait pas grand monde, et c'était encore très sauvage : camping sur la plage, naturisme, aucun parasol à louer évidemment, une autre époque ! Même chose pour randonner : cette année, nous n'avons pas rencontré grand monde sur la plupart des chemins que nous avons parcourus. J'ai cependant soigneusement évité de refaire la descente des gorges de Samaria, le must crétois. bien nous en a pris ! Revenant d'une balade, nous avons assisté au débarquement de hordes de touristes, venant d’Agia Roumeli, au bout des gorges, et regagnant sagement une armada de bus qui les ramèneront à leur hôtel sur la côte nord après une journée de randonnée bien calibrée, et sans doute en troupeau.
Au bout du compte, avec ces précautions pour ne pas reproduire nos vacances d'antan, nous ne sommes pas déçus de cette redécouverte dans des conditions bien différentes. La Crète est toujours aussi belle, même si l'on peut regretter l'authenticité du XXe siècle.





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