Vercors drômois, cap au sud




Et maintenant cap au sud, toujours à partir de La Chapelle. Soleil dans le dos, nous nous élevons tranquillement jusqu'au Col du Carri, via la Cime du Mas. Nous passons devant un élevage de chiens de traineaux un tantinet énervés, peut-être parce que la traction leur manque et qu'ils devront attendre l'hiver pour se défouler. Pique-nique rituel et bonus café / glace à l’Auberge du Carri, et nous sommes fin prêts pour gravir le point culminant de la semaine, par un joli sentier qui monte et sinue en sous-bois, offrant par endroits de belles échappées sur le plateau du Vercors Drômois. Le Serre Plumé y culmine à 1543 mètres, une bosse herbeuse flanquée d'une antenne TV. Le chemin est ponctué de champignons, grosses coulemelles, belles amanites tue-mouche, confirmant que la semaine passée fut bien arrosée. Puis redescendons tranquillement par de larges chemins jusqu'au Mémorial de la Résistance
déjà visité il y a deux ans, qui raconte avec force témoignages audio le douloureux épisode de la répression des maquisards locaux. Nous ne nous y attardons pas cette fois, il faut encore rejoindre notre gîte dans la plaine. Chemin faisant, nous traversons un autre site mémorable et émouvant de cette époque, la Nécropole qui rassemble une partie des sépultures des victimes de la répression nazie de 1944, dont une fraction non négligeables d'anonymes. Nous poussons plus loin que Vassieux pour rejoindre notre Gîte des Carlines. Un gîte moderne, bien organisé et bien équipé, dans un gros chalet sur les contreforts de l'épine est. A table, nous échangeons avec une paire de randonneurs qui font le même circuit que le nôtre, avec des lieux d'étapes similaires, mais dans l'autre sens et en un jour de plus. Sympathiques et drôles, formant un duo atypique, avec un pur-sang galopant et un diesel ventripotent, nous les croiserons encore le lendemain matin sur notre chemin.

La deuxième étape de la boucle sud nous emmène d'abord au village de Vassieux. Nous y faisons quelques emplettes pour déjeuner, et nous arrêtons une bonne heure pour visiter le Musée de la Résistance, à ne pas confondre avec le Mémorial (cf. supra). C'est beaucoup plus classique dans la muséographie, un peu vieillot, mais très complet et prenant aux tripes, à retracer l'épopée du Maquis du Vercors, depuis la création de sa République autoproclamée en juin 1944 jusqu'à son écrasement par les Allemands un mois plus tard, ceux-ci craignant leur action tandis que les Alliés avancent avec difficulté vers l'est, et surestimant sans doute son importance. On comprend que non seulement les maquisards armés furent exterminés avec férocité, mais aussi que les civils, suspectés de connivence avec ceux-ci, payèrent eux aussi un lourd tribut. Un rappel hautement utile d'événements que certains ont tendance à oublier de nos jours, dans notre contexte géopolitique dramatique.

Il faut se changer les idées après tant de noirceur, et la marche, ça vide le cerveau. Ça remonte jusqu'au Col de Font Payanne, la Cabane de Lauzet, pour rejoindre le Col de Vassieux, qui nous ouvre cette fois plein sud une autre perspective depuis le Vercors, vers la Provence où l'on devine à l'horizon le Mont Ventoux. Le chemin continue en longeant ce versant du plateau par le champêtre Col de Chironne. Nous nous dirigeons alors vers notre destination du Col du Rousset. La fin de l'étape est assez pénible, la faute d'abord à la fréquentée route qui monte depuis Die et sa vallée, qui génère sur notre sentier en aplomb des lacets un bruit incessant de moteurs vrombissants. Puis un passage en devers sur un pierrier casse-gueule nous éprouve un peu plus, conclu par une bonne grosse grimpette pour franchir le col avant de redescendre vers la station. Celle-ci n'est pas bien grande, mais bien moche quand même. Quelques commerces fermés autour d'un espace herbeux, deux bâtiments banaux, et notre Hôtel de Carnotzet, le seul de l'endroit. Un peu suranné, pas très confortable, mais c'est le seul du coin et nous sommes déjà contents d'y avoir dégotté une chambre. Le restaurant n'est guère chaleureux non plus, mais les quantités servies sont gargantuesques, comme dans cette tartiflette pour laquelle une portion individuelle est largement suffisante pour deux !

Nous ne sommes donc pas mécontent de quitter cette station le matin de notre dernier jour de Vercors Drômois. Le chemin remonte presque en ligne droite à travers le plateau, sans beaucoup de dénivelé pour la fin de la boucle. Le paysage est changeant, de la forêt dense, des pâturages, des clairières, quelques hameaux, et au-dessus de nos têtes la roche dénudée du haut de la grande crête orientale. Un tracé bien agréable alors que je craignais une étape monotone. Nous passons devant un circuit de biathlon, son stand de tir bien aligné devant les sapins, rappelant que le ski de fond est la principale activité hivernale. Plus loin, une horde de patous nous aboient furieusement dessus, heureusement contenus par une clôture électrifiée comme il y en a beaucoup ici. Bien entraînés désormais, nous arrivons tôt, avant 14 heures, à La Chapelle après 20 kilomètres de marche, pour avaler un combo café - gaufre - glaces chez Lylyland à côté de notre hôtel Bellier, et boucler ainsi la boucle.

Nos cinq jours de rando vertacomicorienne (c'est ainsi que l'on dit, paraît-il) ont bénéficié d'une météo magnifique, renouant ainsi avec d'autres balades d'automne sous d'autres latitudes, grand soleil, températures douces, alors que la semaine précédente était bien pluvieuse, comme le sera la suivante. Nous étions quasi seuls sur les sentiers, ne croisant pas plus de deux ou trois compagnons de marche chaque jour. Le sud du Vercors est peu fréquenté en cette période, rendant nos balades encore plus agréables. Les lieux où passer la nuit étant rares, et donc demandés, il a fallu quelques contorsions et changements pour préparer le circuit, mais c'est passé. Enfin ce fut aussi l'occasion d'en apprendre avec émotion plus sur le maquis du Vercors, et d'en traverser les lieux les plus marquants.

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