Vercors drômois, plein nord



 

Notre tour du Vercors commence ce lundi, un bon début de semaine au bureau de plein air. Nous avons rejoint La Chapelle-en-Vercors la veille au soir. Ce sera notre camp de base pour la semaine, avec hébergement à l'hôtel Bellier, l'établissement historique de la petite ville, transmis de génération en génération, détruit et reconstruit au fil des siècles. Il est entouré d'un joli jardin avec même un bassin où se baigner. Au restaurant, la clientèle tourne autour de deux groupes, des Allemands, un peu bruyants et sans-gêne, qui équipés jusqu'au bout des ongles, font du VTT dans les alentours ; et un groupe de randonneurs, grisonnants forcément, mais que nous ne croiserons pas sur notre chemin, sans doute font-ils la traversée d'est en ouest, ou vice-versa, tandis que nous cheminons dans l'axe nord-sud. En effet, après moult réflexion, nous avons choisi de faire le grand huit du Vercors Drômois. D'abord une petite boucle de deux jours vers le nord, puis une autre de trois jours vers le sud. Avantage du programme, nous laissons la voiture à la Chapelle, au parking de l'hôtel, et pouvons nous contenter du strict minimum pour une ou deux nuits, dans un sac à dos allégé en conséquence, toujours cela de gagné.

Après un départ tardif pour cause de rendez-vous business, nous voici sur le PR (sentier de petite randonnée) qui trace la double boucle. Enfin "sur" et "au-dessus", car nous allons taquiner de part et d'autre les crêtes qui enserrent le plateau. Nous passons par les Baraques, drôle de nom pour un hameau, et devant la route historique en encorbellement, percée vers 1850 pour rejoindre le plateau. Elle est désormais fermée, y compris aux marcheurs, sur sa partie haute, car un tunnel a été creusé pour les véhicules, lui-même fermé cette année pour travaux suite à des inondations. De là, nous montons tranquillement à travers bois jusqu'au Pas de l'Allier. D'un coup nous sortons de la forêt pour nous voir offrir un panorama splendide sur la vallée de l'Isère, et plus loin du Rhône, un à-pic impressionnant à nos pieds, avec pourtant un chemin qui permet de descendre. Nous pique-niquons sur place devant ce grandiose spectacle, échangeant quelques mots avec un habitant du coin venu se recueillir devant la vue. Nous continuons une heure durant à longer la falaise, obliquant vers le nord, pour un second "vista-stop" au-dessus de la vallée de la Bourne, celle-là même que nous parcourions encore la veille en voiture, avec juste en face la grotte de Choranche.

Pour finir le trajet du jour, le sentier nous ramène en pente douce vers le centre du plateau, à Saint-Julien. J'y ai réservé pour la nuit le gîte des Matrassières. Où nous sommes très surpris de nous retrouver absolument seuls. Explication, c'est un gîte pour groupes scolaires, ce qui explique l'agencement des lieux, et l'étroitesse des lits, qui s'ouvre occasionnellement aux marcheurs quand la place est libre. Nous avons eu de la chance, car c'est le seul hébergement disponible dans le coin, l'hôtel du centre de Saint-Julien étant fermé. Nos velléités d'aller boire un coup dans le centre sont vite éteintes, tout est fermé là-bas nous dit-on. Nous voilà donc à traîner nos guêtres dans le gîte et ses abords. Le soleil rasant voit ses rayons réfléchis par de sombres nuages, générant une magique lumière dorée qui embrase les falaises vers l'est. Tout l'alentour est baigné de ces photons du soir, on s'en prend plein les mirettes, avant d'aller dîner en tête à tête dans l'immense réfectoire vide. Et de dormir au calme dans notre petite chambre, car il n'y a plus personne d'autre que nous, le personnel rentré chez lui, juste un numéro de téléphone en cas d'incendie ou d'attaque de loups.


Le lendemain matin, suite de la boucle, vers le levant cette fois. Ce versant est beaucoup plus raide que celui de la veille. Et nous commençons par un rude raidillon, plus de 600  mètres de dénivelé. Le chemin s'élance tout droit sur la pente, 20 à 25% de déclivité, sans s'embarrasser de tours et détours. Puis nous inflige quelques ultimes rochers à grimper avec les mains en guise de conclusion. Ahanant quelque peu, nous voilà enfin au Pas du Fouillet, puis sur une petite plaine de montagne, la prairie d'Herbouilly, bien verte et piquetée de colchiques mauves. Toute la région a reverdi brutalement la semaine passée, fraîche et pluvieuse, alors qu'elle était toute jaunie auparavant nous a-t-on dit. Au milieu de la prairie, une maison en ruines, une ancienne ferme incendiée lors de la reprise en main de la région par les Allemands en 1944, j'y reviendrai.
Après être monté raide, il faut redescendre, telle est la dure loi du randonneur. La  descente sur des caillasses casse-cou(illes) est presque plus pénible que la montée, avec toujours une légère frousse de se froisser une cheville sur un caillou traître. Mais nous voici sans encombres arrivés au village de Saint-Martin, heureusement plus vivant que celui quitté ce matin. Le café de la placette centrale est encore ouvert, et nous pouvons pique-niquer là, avec en prime café et dessert servis par l'Ancolie avant que celui-ci ne ferme ses portes, nous demandant juste de laisser tasses et assiettes sur la table. Nous sommes abrités par le Tilleul de Sully, planté il y a plus de quatre siècles par ce ministre de Henri IV pour abriter les réunions publiques de jadis, qui nous distille aujourd’hui son vénérable ombrage. Plus que quelques kilomètres tranquilles sur un chemin forestier au-dessus de la route, et nous voilà de retour à La Chapelle. Après une bonne journée de marche, 23 kilomètres et près de 1000 mètres de dénivelé quand même, nous nous affalons au Bar La Source pour la mousse du soir bien méritée, une bonne Slalom brassée non loin de là. Où nous retournons le soir venu pour dîner. Et comme la veille, nous sommes les deux seuls clients pour y apprécier des ravioles encore, agrémentée de magrets de canard cette fois.

Toujours à La Chapelle, nous nous recueillons à la Cour des Fusillés, où une quinzaine de jeunes habitants furent fusillés le 25 juillet 1944 dans la Ferme Albert d'alors. Un salle mémorielle rappelle sobrement l'histoire avec quelques images et une bande son qui célèbrent la mémoire de ces résistants.


 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tassili n'Ajjer, minéral et humain

Ma géographie NBA

De pied en caps à Majorque