Villers Français

Quand je suis passé par Villers Cotterêt il y a deux ans, le château était en plein chantier pour en faire la Cité Internationale de la Langue Française. Celle-ci a depuis été achevée, inaugurée par Macron en octobre 2023, et je ne peux, en tant qu'amoureux de notre langue, qu'y retourner pour la visiter, par un superbe soleil de printemps. Avant de renaître dans ce nouveau lieu, le château connut des temps moins glorieux, caserne, dépôt de mendicité, puis maison de retraite. On y entre par la grande cour encadrée de deux longues ailes, avant de pénétrer dans le logis royal. Après l'avoir traversé, l'on se retrouve dans la Cour du Jeu de Paume, désormais couverte d'une verrière, et ornée d'un "ciel lexical", une centaine de mots accrochés au plafond en verre, choisis par les habitants et représentant toute la diversité du français. C'est très réussi et assez spectaculaire, même si l'on se tord un peu le cou pour déchiffrer ces mots aux larges lettres qui prolifèrent au-dessus de nos têtes.

Le parcours de visite occupe quinze salles du premier étage, et nous emmène à la chasse aux mots, pour un voyage dans la langue-monde qu'est le français : origine des mots, variantes régionales, prononciation au fil des siècles, extraits de films et de spectacles, tous les angles sont ouverts pour explorer notre langue, par des modes interactifs bien entendu, et tout cela est fort bien fait, tout en restant assez classique. Il y a du monde, et notamment un gros groupe scolaire d'une centaine de collégiens. C'est bien sûr très normal, et souhaitable, il faut simplement jongler avec les mouvements de cette horde qui vient tel un nuage de sauterelles s'abattre sur une salle et tous ses objets ! On retrouve aussi au fil du parcours le décor Renaissance, composé de l'escalier du roi et celui de la reine, de la chapelle, avec les symboles omniprésents du pouvoir royal, et bien entendu la fameuse salamandre de François Ier.


Je fais ensuite un rapide tour de ville, passant derrière le château qui donne sur la forêt de Retz, et m'arrêtant déjeuner aux "Petits Plaisirs" non loin de là, cadre sympathique, bon fish and chips. Puis je repars vers l'abbaye de Longpont, mon but suivant dans la journée. J'ai souvent aperçu sur le bord de la RN2 le panneau indiquant cette destination, me promettant d'aller un jour y jeter un œil, voilà donc l'occasion. Notre-Dame de Longpont est une abbaye cistercienne en ruine, fondée en 1311, et dont il ne reste que le fronton principal avec sa rosace vide, à côté une des galeries du cloître, et quelques bâtiments, comme le chauffoir des moines, le cellier gothique, et plus récent le vestibule du XVIIIème. La porte d'entrée est fermée, je dois appeler pour que l'on vienne m'ouvrir, et je suis complètement seul avec l'abbaye rien que pour moi. Ces ruines d'abbaye sont souvent spectaculaires (je garde un souvenir ému de celle de Jumièges), et celle-ci n'y déroge pas, avec ses piliers qui grimpent au ciel, sa rosace ouvrant sur le grand bleu, les arbres qui poussent sur le site ou la mousse qui s'accroche aux pierres.


Non loin de là, la porte fortifiée de l'abbaye, avec ses quatre tourelles, est désormais au milieu du petit village de 200 habitants, et c'est là que je vais passer le nuit, dans l'Hôtel de l'Abbaye, joliment installé dans l'ancien prieuré. L'endroit a beaucoup de charme, même si la chambre est étroite, géré de manière familiale et dynamique, et je m'y attarde pour dîner le soir, sur la terrasse, avec vue directe sur la façade de l'abbaye, dans mon axe de vision.

Avant cela, je m'octroie une dernière visite en allant vers Soissons, à un autre château, celui de Septmonts, l'ancienne maison de campagne des Evêques de Soissons. Ce château de plaisance a aussi souffert, mais une partie a été restaurée pour composer un ensemble assez étonnant autour d'une vaste pelouse : le donjon qui pointe haut de ses 47 mètres sur 7 étages, la tour de défense carrée, le palais des évêques de style Renaissance, l'enceinte et ses tourelles, flanqués d'un vaste parc avec un arboretum. C'est un peu disparate et diablement original, on prend plaisir à contempler le panorama, et à flâner sous les frondaisons verdoyantes du parc.






 

 

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