La mosquée de Hassan

Voici le moment de ma rituelle et quasi-annuelle excursion marocaine pour une action de formation, passant comme à l'accoutumée par un atterrissage à Casablanca où je commence mon séjour. Arrivant en milieu de journée, je peux profiter l'après-midi de la trentaine de Celsius qui sévit sur la métropole. Après un déjeuner japonais rapidement avalé non loin de l'appart où je loge, je me chausse convenablement pour la quinzaine de kilomètres que je vais parcourir d'ici au soir. Mon objectif principal est la grande mosquée de la ville, nommée Hassan II (du nom de l'ancien roi dictatorial, père du monarque actuel) et sise au-dessus de l'océan, ouvrant ainsi un peu la ville à l'Atlantique. C'est par sa taille la plus grande mosquée d'Afrique, et la troisième du monde (après les saoudiennes Mecque et Médine), construite autour des années 90 à l’emplacement d'une grande piscine d'eau de mer, sur les plans de l'architecte français Michel Pinseau, et inaugurée en 1993. J'avais parcouru son esplanade il y a quelques années, et depuis cette date, la visite est devenue plus structurée. Le vaste espace sur lequel elle se dresse est étroitement surveillé par des militaires, et l'accès, payant, se fait par un sas unique, récemment mis en place, et où l'on peut commencer la visite par un petit musée, qui dépeint l'artisanat utilisé dans la construction, stuc et bois, zellige (mosaïque ornementale) et calligraphie, le tout simple et de bon aloi, et qui décrit aussi les étapes de la construction. Puis c'est le moment de la visite guidée, une des rares occasions de pénétrer une mosquée, habituellement interdite aux non-musulmans. Il y a une visite par heure, et des grappes de visiteurs se pressent pour celle de 16 heures. Les groupes sont rassemblés par langue, allemand, anglais, italien, espagnol et bien sûr français qui réunit le gros des troupes. Dans celui-ci, plusieurs dizaines de gamins, pas trop turbulents sous les injonctions du guide, se joignent au cortège : il s'agit d'équipes de rugby, garçons et filles, qui participent cette semaine là à un tournoi à Casablanca, en provenance du Maroc, de France, de Tunisie et même de Guinée - étonnant !

Entrant dans le saint des saints, on est écrasé par les dimensions de la salle des prières : 200 mètres de long, 100 mètres de large, 60 mètres de haut, elle fait penser aux plus grandes cathédrales, et peut accueillir plus de 20.000 personnes. Complètement nue, elle est parcourue par un petit canal d'eau au milieu, qui mène à la salle des ablutions en-dessous, et surplombée par une soixantaine de monumentaux lustres provenant de Murano. L'ensemble est impressionnant, un peu mégalo quand même. Au-dessus une mezzanine est réservée aux femmes, comme souvent mises à l'écart dans un espace réduit. On continue la visite en descendant au sous-sol où se niche la très vaste salle des ablutions, trois imposantes fontaines, trente-huit plus petites et une centaine de robinets, destinées à purifier corps et âmes avant la prière.

Retournant à l'air libre, on se retrouve au milieu de l'immense esplanade ouvrant sur l'océan, dominée par le minaret le plus haut du monde avec ses 200 mètres. Pas beaucoup de monde, j'ai l'immense espace pour moi seul, ou presque ! Sans être musulman, ni même croyant, il faut quand même avouer que l'ensemble a de la gueule, et que les règles de l'islam interdisant les représentations et favorisant une décoration géométrique et plutôt sobre, rendent cette mosquée assez séduisante dans son gigantisme.


Je vais ensuite profiter du beau temps de ce mardi après-midi pour une grande balade le long de l'océan, longeant un front de mer en cours d'aménagement, sous lequel des familles s'installent au bord de l'eau, sur les rochers. La "conche" amène à la pointe de Ragouba et au phare El Hank, puis le boulevard de la Corniche aligne restaurants et clubs de bord de mer jusqu'à la plage d'Ain Diab, où les familles profitent du sable fin et (un peu) de l'eau de mer. C'est un des coins chics de la métropole casaouie, comme le prouve le nombre impressionnant de Porsche garées le long de la voie ! Je prends mon premier thé à la menthe du séjour dans un agréable bar-resto avec vue sur la mer, avant de quitter la côte. Pas de "petit taxi" pour me véhiculer jusqu'à mon lieu d'hébergement dans le centre moderne, je me décide donc à tester le tramway. Il n'y a que deux lignes qui se croisent dans la ville, mais ce tram est très moderne, ressemblant de près à nombre d'équivalents de grandes villes européennes, et le trajet me permet d'avoir une vision plus complète de la diversité de Casa. Je passe notamment par un quartier encore en cours de construction, le Centre Financier d'Anfa, grandes tours et immeubles flambant neufs, une vision du Maroc de demain, ouvert sur le monde et l'Occident, pour le meilleur et/ou pour le pire ...


Revenu dans "mon" Triangle d'Or, je ressors dîner dans un des nombreux restos du quartier, que je commence à connaître, même s'il y a du mouvement, certains que je fréquentais ont fermé. Je jette mon dévolu sur une "Grande Brasserie" très parisienne, où dînent essentiellement des Européens, et où je profite d'un grand écran pour regarder une quart-de-finale Arsenal - Real devant un plat honnête de gnocchis. Je repasserai quelques jours plus tard dans le même quartier, avant de reprendre tôt le lendemain matin mon vol vers Paris, et dînant en mode "mer espagnole" chez Pepe Luis d'un bon plat de linguines aux fruits de mer.

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