Moisson de boissons à Soissons


Moisson de boissons à Soissons, c'est pour le jeu de mot, mais peut correspondre à ma soirée soissonnaise au cours de laquelle je fréquentai le bar à bières locales, la Boîte à Mousse, testant deux mousses (quantité raisonnable pour une moisson), méconnues et pas inoubliables, mais grâce auxquelles je profiterai de la demi-finale Arsenal-PSG sur les grands écrans du pub, rempli de footeux pour l'occasion.

Ce n'est que le lendemain matin que je fais réellement connaissance de la ville. S'agissant d'une sous-préfecture de l'Aisne, en pleine terre picarde, je craignais de tomber sur une de ces petites villes moyennes qui peinent à survivre sur des terroirs en déshérence et qui alignent dans leur centre tristes commerces et boutiques closes. Pas du tout, pan sur le bec, Soissons est une ville intéressante et dynamique, que l'on peut parcourir sous divers angles, pour y passer une journée riche de découvertes. Je combine ainsi plusieurs approches, la première historique puisque Soissons remonte à la période gauloise et tient son nom de la tribu des Suessions. Ce fut la première capitale des Mérovingiens, et son nom apparaît de temps à autre dans le cursus de l'histoire de France, le plus célèbre épisode étant celui du vase de Soissons, avec Clovis en 486 (cf. vos livres d'histoire), rappelé par une moderne sculpture de vase brisé au milieu d'un rond-point. Le nom de Soissons, du fait de sa position à la croisée des chemins, apparaît dans les péripéties de nombreuses guerres, de celle de Cent Ans jusqu'aux deux dernières Guerres Mondiales. La Cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais, du XIIème siècle, est dissymétrique avec son unique tour. Plusieurs panneaux à, l'intérieur narrent ses vicissitudes, notamment lorsqu'elle fut largement détruite en 1918 avant d'être reconstruite, mais aussi lors de la tempête Egon du 12 janvier 2017, quand la rosace ouest fut éventrée, et dont les travaux de réfection viennent de se terminer. On remarque aussi à l'intérieur une émouvante sculpture en bois, restaurée, à laquelle je trouve des airs égyptiens ou orientaux ; et une peinture de Rubens, l'Adoration des Bergers, offerte lors d'un passage du peintre dans la ville.

En suivant le parcours indiqué par l'Office de Tourisme, on est surpris par les nombreux espaces verts dans la ville, les squares arborés, les pelouses autour du nouveau quartier et vers l'abbaye Saint-Jean-des-Vignes, ou encore le long de l'Aisne. Le parc Gouraud, construit à partir des casernes qui occupaient les lieux, est le quartier en pleine expansion, écolo comme il se doit, au milieu duquel trône la Cité de la Musique et de la Danse, d'une belle modernité due à Henri Gaudin.

Le contraste est saisissant avec l’ancienne Abbaye Saint-Jean-des-Vignes qui lui fait face, de l'autre côté du Boulevard Jeanne d'Arc. La façade majestueuse donne sur le vide, puisque rien ne subsiste de la nef, dans un contraste étonnant. Le réfectoire est par contre bien là, avec ses deux nefs voûtées d'ogives et les huit grandes roses lobées sur les murs, tout comme en-dessous le cellier qui reproduit le même plan. A côté, le grand cloître a gardé deux de ses galeries, devant un jardin - j'aime toujours autant les cloîtres, quel que soit leur état. A l'entrée, un Centre d'Interprétation bien fait, avec une maquette translucide du site qui s'illumine pour faire comprendre sa structure, permet d'avoir une vue complète des lieux. Sans oublier le moderne Centre d’Études, structure métallique couleur rouille, flanquée d'un beau jardin, qui présente en vitrines les objets découverts au fur et à mesure des fouilles. Bref, un ensemble complet, didactique, riche en informations, dans un beau cadre.

Je termine ma boucle par le centre ville, reconstruit après 1918 avec un style Art Déco intéressant, par exemple ces tommies un peu cubiques sur le monument consacrés aux victimes britanniques de la Grande Guerre. Ma dernière visite est pour le modeste Musée de Soissons, deux salles avec des œuvres d'artistes locaux, dont le principal intérêt vient de l'ancienne Abbaye Saint-Léger à côté de laquelle il est installé.

Je combine mon circuit historique avec une boucle qui passe en revue les dessins muraux de C215 (pseudo de l'artiste), que je ne peux éviter en tant qu'aficionado du Street Art. C'est devenu un peu la tarte à la crème des villes qui veulent afficher leur modernité, mais le parcours de Soissons se démarque par son unité de style et de thème, un seul artiste (Christian Guémy), un seul sujet, les portraits de personnages de l'histoire de France, et notamment des "régionaux de l'étape". Il faut parfois bien chercher pour trouver les dessins de taille plutôt réduite, ici sur une boîte aux lettres, sur une boîtier électrique, là derrière un grillage sur une porte ancienne, c'est stimulant, amusant, et permet de réviser un peu son histoire, de Clotaire 1er ou Jeanne d'Arc à Simone Veil ou Camille Claudel.

En repartant en voiture, je m'arrête un peu plus au sud vers les deux vastes nécropoles de Vauxbuin, l'une pour les dépouilles des soldats français, l'autre des soldats allemands. L'alignement des croix, avec quelques stèles pour les musulmans ou israélites aussi tombés sur le front, notamment au Chemin des Dames voisin, 5.000 et 10.000 tombes respectivement, rendent encore plus tangible et impressionnant le terrible massacre que fut cette Première Guerre Mondiale.


 

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