Guernica, 87 ans après
Nous rejoignons l'autre province côtière du Pays Basque espagnol, celle de Biscaye, pas jusqu'à Bilbao que nous connaissons déjà, mais aux alentours de Guernica. Tout le monde connaît aujourd'hui Guernica (Gernika en basque), hélas, grâce au tableau de Pablo Picasso qui illustre le bombardement de la ville par l'aviation nazie, au cours de la guerre civile espagnole le 26 avril 1937. Evidemment, un Musée de la Paix rappelle cet événement tragique sur la place du Forum, dans l'ancienne poste. Malheureusement, la visite est décevante, d'abord parce que quasiment tout est présenté en basque, partiellement en espagnol, pas du tout en anglais ou français, ce qui limite l'accès aux vidéos par exemple. Ensuite une bonne partie de l'exposition est consacrée à la paix en général, sujet un peu bateau, et l'on en apprend finalement assez peu sur les circonstances de l'attaque, le contexte général, en dehors de quelques photos et témoignages. Juste à côté se trouve l'église qui résista au bombardement, ainsi qu'une reproduction murale de la célèbre toile de Picasso. Sinon, Guernica qui fut donc largement détruite en 1937, est désormais une ville moderne assez banale, où l'animation se trouve autour de la grande place triangulaire qui concentre restaurants et cafés.
Nous logeons à une quinzaine de kilomètres de là, dans l'Hôtel Katxi, à Morga, petit village de 400 habitants dans les collines. Le petit établissement, moins de 10 chambres, est très agréable, joliment décoré, et nous y profitons d'une belle et grande chambre à l'étage. Il est associé au restaurant Katxi juste à côté, où nous prenons nos petits déjeuners, autour d'un cafe con leche, dans le bar, resté dans son jus, et essentiellement fréquenté par des habitants. Ce qui ne gâte rien, et le patron du bar, et la tenancière de l'hôtel, qui parle français, se mettent en quatre pour nous satisfaire. Nous dînons aussi un soir au restaurant, où l'ambiance est différente : une très grande salle assez froide, où seules quelques tables sont occupées (surtout par des clients français de l'hôtel), et où les plats sont plutôt décevants. Je fais un petit tour de Morga, que je trouve coquette et aisée, avec de vastes maisons bien entretenues, sans vraiment me rendre bien compte de quoi les habitants vivent.
La première visite est pour le site voisin de Santimamine, dans la réserve d'Urdabai, réputée pour ses peintures rupestres et ses stala(ct/gm)ites. Mais il y a foule et je renonce quand je m'aperçois qu'en fait de grottes, ce n'est qu'une reconstitution en 3D que l'on nous propose. Non loin de là, le Bosque Pintado de Oma est l'autre attraction ; il s'agit de tronc d'arbres peints par un artiste basque, Agustin Ibarrola. Je suis a priori peu attiré par ce genre de "geste" artistique, mais allons voir et pour ce faire parcourons quelque 3 km d'un chemin bordé d'eucalyptus cendrés, au feuillage à la surprenante teinte gris bleu. Arrivés dans la partie de la forêt de pins où il travaille, le résultat est spectaculaire. Les couleurs vives font écho à celles de la forêt, et le jeu avec les ensembles de tronc est fascinant. Il faut se déplacer pour trouver l'angle de vue adéquat, de manière à retrouver, ici des yeux, là un oiseau ou encore un soleil. On se prend au jeu, pour parcourir tout le site, vaste et vallonné, et apprécier cet original musée en plein air et en trois dimensions.
L'après-midi, nous poussons au nord jusqu'au village de Ibarrangelu, pour partir à pied pour une petite rando vers le cap Ogono. Nous commençons à travers champs, pour ensuite monter doucement sur la petite montagne qui s'arrondit vers le cap. Sur notre gauche, une belle perspective sur la plage de Laga et plus loin vers le cap Matxitxaco, point le plus au nord du Pays Basque. A droite, le modeste sommet, sur lequel je mets un point d'honneur à me hisser. Même brève, l'ascension est plus ardue que prévue, c'est un amoncellement de rochers, un peu glissants, il faut s'aider de ses mains pour escalader, et avoir de bonnes chaussures. Je ne fais pas le fier, restant prudent pour m'éviter une entorse ou pire. Je reviens sur le sentier vers le cap, mais celui-ci est mal balisé et de plus en plus envahi par une végétation dense. Nous devons renoncer au tour de la péninsule comme envisagé, revenant par le même chemin qu'à l'aller.
Sur le chemin du retour, nous passons au-dessus du petit port d'Elantxobe, pour y faire un petit détour. Le village est abrupt, installé à flanc de falaise, dégringolant sur 200 mètres de hauteur jusqu'au port de pêche tout en bas. Nous zigzaguons au fil des rues et des escaliers pour nous payer une boisson bien méritée au Bar Santi, vue sur la mer, avant de remonter dans l'autre sens le même dénivelé. Au passage, nous assistons sur la petite place "centrale" au passage du bus local, qui doit faire appel à une plateforme tournante pour son demi-tour !
Le lendemain, nous allons marcher sur la rive ouest du fleuve Oka, prenant cette fois la voie ferroviaire pour nous propulser jusqu'à la ville de Bermeo plus au nord, transportés par un train flambant neuf, qui emprunte un bel itinéraire que nous allons plus au moins refaire dans le sens inverse. C'est une grosse bourgade où nous nous contentons de faire quelques emplettes pour notre journée. Nous commençons par suivre la route jusqu'à Mundaka, le village des surfeurs, qui en plus de proposer des plages et des vagues renommées, est aussi tout à fait charmant, avec ses maisons basques et ses places à arcades. Nous y déjeunons comme souvent des pintxos, nom basque des tapas, dans un bar typique du centre, le Donde Alejo Barria, avant de reprendre le chemin qui continue le long de l'estuaire. Au milieu, des bancs de sable apparaissent à marée basse, attirant des bateaux qui déposent les baigneurs sur ces tranquilles plages transitoires.
Nous continuons par Sukarrieta, avant de quitter le bord du fleuve pour rejoindre les hauteurs, longeant un moment une nationale très passante. Heureusement, le sentier bifurque à nouveau pour nous ramener le long de l'Oka. C'est sans doute la portion la plus sympa de la journée, nous traversons des marais sauvages, parcourus de rectilignes canaux, jusqu'à l'ancienne usine de textile dont il reste encore la cheminée en briques, puis longeons un canal prisé des habitant de Guernica, qui s'y promènent, y joggent, y traînassent. Nous finissons par rejoindre notre point de départ de Forua, où nous avons laissé notre 5008 le matin, après 18 kms et 5 heures de marche, une belle rando entre mer, estuaire, marais.
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