Dans le vignoble de la Rioja
Nous logerons trois jours durant non loin de Laguardia, au cœur du vignoble. En attendant de nous y consacrer, nous faisons un premier tour dans ce joli village, perché sur son promontoire dominant la vallée, ceint de remparts que nous parcourons pour une vue panoramique sur les contreforts des montagnes de l'Alava au nord, sur la plaine de l'Ebre au sud. Sur le chemin de ronde, un sculpteur sur bois compose à coup de tronçonneuse et de couteau à bois, sur des troncs d'arbres morts, des sculptures saisissantes. Devant l'église de Santa Maria, deux étonnantes installations métalliques alignent ... des chaussures de toutes formes, et juste à côté de sacs itou : incongru et original.
Le lendemain, nous partons pour la journée randonner dans le vaste parc d'Izki, peu connu au point qu'il ne figure pas dans mon guide. Sis dans les montagnes de l'Alava, il est récent, et sans doute grâce à des fonds européens, met les moyens pour essayer d'attirer les visiteurs de la Rioja un peu plus bas : nous nous arrêtons sur un vaste parking, à côté d'une aire de pique-nique XXL, avec plus d'une vingtaine de tables bien installées sous les arbres, mais où nous sommes complètement seuls en cette fin août ! Au beau milieu du village voisin de Korres, un grand centre d'interprétation dans un bâtiment tout neuf propose moult brochures et des expositions sur histoire et géographie, faune et flore de la région. Et là encore, nous sommes seuls - il reste du boulot pour attirer le chaland jusqu'ici. Nous faisons une petite boucle autour de Korres, dans un paysage sauvage où par endroits, on ne voit à 360°C aucun signe d'activité humaine, rare sensation. Nous repartons pour une autre boucle l'après-midi, entre Urturi et Quintana, mais la balade s'avère peu agréable, entre attaques incessantes de moucherons et retour par la route, faute de dénicher le sentier mal indiqué, sous un cagnard estival.
Mais revenons à nos vignes. Le Rioja est le vin le plus réputé d'Espagne, mais moins connue est la subdivision de l'appellation en trois zones, les Riojas Alta, Baja et Alavasa. C'est dans cette dernière, la seule en terre basque, tout au sud, que nous nous trouvons. Et l'hôtel que j'ai retenu pour notre séjour est construit à l'intérieur de l'une des bodegas du coin, celle d'Eguren Ugarte (joli nom basque !). Sa silhouette se voit de loin, car au-dessus des caves a été construit l'hôtel avec des chambres sur plusieurs niveaux, et une tour qui surplombe le tout, avec un petit air de contrôle aérien. En tout cas, la vue de là-haut est magnifique, vignes et oliviers tout autour, le village perché de Laguardia un peu plus loin, et les montagnes d'Izki à l'arrière. La balade du soir m'emmène à travers le vignoble, passant devant une statue du fondateur de la marque, une bouteille à la main, ou un étrange combo défense/trompe d'éléphant, sous une chaude lumière vespérale.
Le dernier jour, comme prévu par la météo, il tombe des cordes toute la matinée. C'est le moment idéal pour la visite de la propriété. Nous sommes un groupe d'une quinzaine de personnes, dont une majorité d'Allemands, qui déambulons une heure durant dans les caves, au milieu de tonneaux et bouteilles, dans une ambiance vinicole. A côté des classiques alignements de futs, je suis intéressé par deux caractéristiques de ces bodegas de la rioja : d'abord les niches et celliers qui sont octroyés aux principaux clients, dont les noms, sociétés ou particuliers, figurent sur les portes, et renfermant bouteilles et parfois fûts conservés à long terme par la bodega dans des conditions optimales ; puis des espaces, une table et quelques chaises, plus ou moins grands, où lesdits propriétaires peuvent venir déguster, au frais, leurs bouteilles. Nous avons aussi droit à des explications sur les types de chêne, américain ou français, dans lesquels sont faits leurs fûts, et qui impactent le gout du vin au final. Ce qui nous allons vite juger lors de la dégustation traditionnelle qui suit la visite, avec un rosé curieusement boisé, tandis que le rouge 80's, produit avec le cépage de la région tempranillo, et 12 mois de barrique, est agréable, souple, pas trop tannique, ni boisé. Mes co-dégustateurs, notamment allemands, ne semblent pas trop se préoccuper du détail de ce qu'ils boivent, mais reviennent plusieurs fois avec leur verre vide à re-remplir, la dégustation semblant basculer alors vers la pochtronnerie ...
L'hôtel comprend aussi un restaurant gastronomique, offrant de surcroît une splendide vue en surplomb des vignes, et dont je vais tester le menu lors de deux soirées. C'est fin, bien présenté, pas très original, mais de qualité, en quantité réduite, donc raisonnable pour 5 petits plats s'enchaînant : crème d'asperge, tartare de saumon, porc ibérique, puis ceviche de seabass et agneau de 12 heures.
Lorsque la pluie s'arrête de tomber, nous faisons un saut jusqu'au village voisin de Elciego, connu pour l'une des plus célèbres bodegas de la région, Marques de Ripal. On voit de loin le bâtiment conçu par Frank Gehry, étrange voilier métallique aux couleurs pastel, pas très cohérent avec le paysage. En se rapprochant du domaine, dont l'on peut admirer l'allée aux vignes tressées à travers une grille, on peut faire une pause dans la boutique, très apprêtée (façon luxe LVMH) et très chère (il faut bien payer le travail de M. Gehry). Sinon, le village d'Elciego est charmant, belles maisons de pierre aux élégants balcons et écussons en haut relief. Il y a un tout petit marché sur la Plaza Mayor, produits locaux (charcuterie, fromages, fruits) dont nous trouverons la qualité remarquable lors de la dégustation qui s'ensuivra. Un peu plus loin, une autre bodega 'architecturale' est celle de Ysios, désormais propriété de Pernod Ricard, et qui aligne un long bâtiment en forme de vague, flanqué d'un bassin, avec la Sierra de Cantabria en fond, pas trop mal et s'intégrant mieux au décor que celui du marquis de Ripal.
Puis nous faisons une dernière balade au pied de Laguardia, par un sentier reliant trois lagunes plus ou moins asséchées, au milieu des vignes. Et finissons par un ultime stop à Laguardia, autour de la Mayor Plaza centrale, toute petite, où un DJ fait danser jeunes et vieux. Nous retournons chez Hiruko pour notre ration quasi-quotidienne de pintxos, croquettes et omelette pimentée au menu cette fois, avec toujours un verre de rioja pour arroser le tout, et en dessert une excellente glace à la noisette chez le glacier du coin (Maturana).
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