Longer la Vilaine

Je m'étais rendu à Rennes pour un week-end en couple en 2008, et curieusement ne me souviens quasiment de rien. Pourquoi donc cette ville ne m'a-t-elle laissé aucun souvenir, étrange ... Pourtant elle vaut le déplacement, même si son centre historique est relativement restreint. En tout cas, j'ai l'impression de découvrir un lieu totalement inconnu, c'est déjà ça. J'entame la promenade rennaise qui m'occupera durant quasiment deux journées par un parcours "Odorico". Kesaco ? Isidore Odorico est un mosaïste d'origine italienne qui décora Rennes et d'autres villes de la région durant la première moitié du XXème siècle, qui fut aussi président du club de foot du Stade Rennais lors des débuts du professionnalisme. C'est à la recherche de ses œuvres qui ponctuent le centre ville que je pars ce premier matin. Plusieurs magasins sont émaillés de ses mosaïques, ornant le perron, les murs, le sol intérieur, mais pas toujours très visibles. Je me concentre plutôt sur quelques réalisations majuscules, l'immeuble Poirier, la piscine, les Halles, et sa maison. L'immeuble Art Déco conçu par Poirier est son œuvre la plus visible, sur l'avenue Janvier, et les mosaïques récemment restaurées attirent tout de suite l'œil, sur les façades et les corniches, le long des balcons. La piscine Saint-Georges est peut-être son plus beau projet, mais faute d'avoir sur moi mon maillot de bain, je ne peux pas admirer son intérieur et la frise bleutée qui fait le tour du bassin, et doit me contenter de la façade et du hall d'entrée. Je garde le meilleur pour la fin, et même la faim, puisqu'il s'agit de la maison qu'il habita et qu'il décora, devenue une crêperie, ce qui me permet d'en apprécier autant le décor extérieur qu'intérieur, dans cette élégante demeure aux formes géométriques, balcons carrés, fenêtres arrondies et oculus, tandis que dedans, la salle de bains dorée resplendit et l'escalier vous emmène à l'étage le long d'une frise étincelante. En plus, ce qui ne gâte rien, les galettes de la Crêperie Bretone sont fameuses, le Paris-Brest à la pistache, élaboré sur place, tout autant, arrosé d'un original cidre IPA.

 

L'après-midi, je me consacre au Parlement de Bretagne : celui-ci, devenu Cour d'Appel de la ville, n'est visitable qui partiellement par le biais d'une visite guidée, non sans avoir montré patte blanche à l'entrée. Sous la houlette d'une guide enthousiaste et bavarde, mais aussi pédagogue, nous parcourons les principales salles de l'imposant bâtiment classique du XVIIème. Gravement endommagé par un incendie en 1994, il renaquit de ses cendres cinq ans plus tard. Nous admirons longuement ses salles aux plafonds dorés, aux tentures et fauteuils rouges, aux toiles et tapisseries classiques, dont la signification et l'histoire nous sont exposées en détail durant la longue visite de deux heures et demi.

Le lendemain, le beau temps annoncé depuis plusieurs jours est enfin arrivé, et j'en profite pour prolonger ma visite le long de la Vilaine le matin dans un premier temps. Je fais une halte dans le Musée des Beaux-Arts, un lieu multicartes qui couvre toutes les périodes et tous les continents, de l'Egypte ancienne à l'art contemporain. Du coup, on touche à tout, papillonnant d'une toile impressionniste à un sarcophage, d'un dessin de Dürer à une statue de Rodin. C'est plutôt sympa que de pratiquer ces coq-à-l'âne successifs, dans ce beau bâtiment sis le long de la rivière ; on se demande aussi comment une ville de province arrive à se constituer un tel fonds de commerce, apparemment grâce à des collectionneurs locaux qui au fil des années cèdent leurs œuvres au musée du coin.

Je continue ma balade au fil de l'onde, croisant joggeurs et employés sortis déjeuner au soleil sur un banc. Puis bifurque pour retraverser le Rennes historique, les beaux jardins du Palais Saint-Georges, la place de la Mairie avec son Opéra, les ruelles alignées de maisons à pans de bois, jusqu'à la place Sainte-Anne, haut lieu de sortie de la jeunesse locale, sur laquelle se dresse la basilique St-Aubin et l'Office de Tourisme bien installé dans le couvent des Jacobins. Puis retour par le marché des Lices et les Portes Mordelaises, châtelet d'entrée dans la ville, avec sa massive paire de tours, relief des fortifications du XVème, auxquelles on accède par une rue pavée qui semble émerger d'un passé lointain. Rennes est une ville dynamique, restée à taille humaine, où il y a bien des choses à faire et à voir sans être obligé de trop crapahuter.




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