Promenades dans le bon Sens

Mes pérégrinations péri-franciliennes m'amènent cette fois pour deux jours du côté de Sens, dans le nord de l'Yonne, et donc de la Bourgogne. Voilà une sous-préfecture qui, pour une fois, ne semble pas souffrir du syndrome classique de dépression des villes moyennes. C'est d'ailleurs l'une des quelques villes bourguignonnes à ne pas voir sa population décroître : peut-être est-elle protégée par son histoire ... Elle était il y a 2000 ans capitale des gaulois Senons, dont le plus illustre fut son chef Brennus, et était nommée Senones, dont le nom des habitants, les Senonais, a gardé la trace. Vers 500, l'archevêché de Sens domine tous les évêchés alentours, comme le témoigne l'acronyme CAMPONT (pour Chartres-Auxerre-Meaux-Paris-Orléans-Nevers-Troyes). La Cathédrale Saint-Etienne, première gothique de France au XIIème siècle, en est le témoin. Elle présente sur sa façade principale une dissymétrie entre sa tour Sud reconstruite, la plus haute, et la tour Nord plus ancienne, intégrée dans la façade. A l'intérieur, la large nef (plus large de 2 mètres que Notre-Dame-de-Paris) en impose, et je suis naturellement attiré par les vitraux, pour certains datant des XIIème et XIIIème, d'autant que des panneaux didactiques dépeignent ces vitraux et les événements qu'ils racontent, le plus célèbre étant celui de Saint Thomas Becket, archevêque de Canterbury, qui persécuté en Angleterre se réfugia à Sens.

 

Côté sud, le Palais Synodal fait briller au soleil ses tuiles vernissées qui rappelle celles de Beaune, et abrite les collections des musées de Sens. Sa riche histoire permet à la ville de proposer des témoignages variés de ses origines, depuis les collections préhistoriques et gallo-romaines jusqu'au Trésor de la Cathédrale, en passant par des peintures flamandes (Pierre Bruegel le Jeune) ou d'artistes locaux.

Après avoir passé deux heures à parcourir les nombreuses salles consacrées à cette histoire qui s'étend sur des millénaires, je termine dans le Jardin de l'Orangerie, en pleine floraison de tulipes, iris ou anémones, qui s'étendent derrière le chœur de la cathédrale et brille sous un soleil printanier.

Je parcours consciencieusement les rues de la ville, à commencer par les élégantes Halles, anciennement Hôtel-Dieu, d'une originale forme triangulaire, où les verrières posées sur les murs en briques rouges et jaunes, soutenues par les poutrelles métalliques, laissent entrer la lumière sur le vaste espace intérieur, où quelques commerces seulement s'activent en ce mercredi matin.

 

La Grande Rue, bordée maisons à colombages, moins nombreuses et plus discrètes qu'à Troyes cependant, mène jusqu'à l'Yonne voisine, où l'église Saint-Maurice, ramassée au bord de l'eau, semble lorgner avec envie sur la rive historique de l'autre côté du pont.


Parmi les maisons anciennes les plus remarquables, la Maison d'Abraham, à pans de bois sénonais du XVIème, frappe avec son poteau cornier sculpté d'un Arbre de Jessé qui raconte la généalogie d'Abraham jusqu'à la Vierge. La maison Jean Cousin possède elle une tourelle dans lequel un escalier s'enroule depuis un perron en pierre donnant sur un jardin arboré.

Au sud de la ville a été créé le Parc du Moulin à Tan, un grand espace vert réunissant des arbres respectables, des jeux pour enfants, des cours d'eau (la Vanne et la Lingue) coiffés d'un moulin, et des serres tropicales, fermées en cette fin d'après-midi, et que je ne pourrai admirer que de l'extérieur.

Comme d'habitude, je complète ce panorama touristique par les endroits où je dors ou me restaure :

- le plus remarquable, le logement dans une maison historique du centre, juste en face de la cathédrale, dans le gîte "Chez Lancelot", un immense espace, meublé avec goût, qui doit atteindre les 100 m2, et où je suis "surclassé", le loft initialement réservé n'étant plus disponible ; en fait, les propriétaires, de la bonne bourgeoisie sénonaise, habitent un vaste hôtel particulier au bout de la ruelle, et ont racheté cette vieille maison pour y créer ces deux grands gîtes

 


- le restaurant "Monette", une grange retapée bien cachée derrière la Grande Rue, à laquelle on accède par un agréable jardin, et qui propose une carte aux produits bio de saison, dans laquelle je tape un filet mignon et une mousse au chocolat maison, accompagnés d'un coulanges-la-vineuse rouge


- mon habituel bar à bières, dégotté dans la périphérie nord de Sens, Bacchus et Gambrinus, un hangar sans âme dans une zone d'activité anonyme, qui propose des bières sans originalité, même pas locales !

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