Zigzags dans Rouen
Rouen n'est qu'à un peu plus d'une heure en train de Paris, et nous n'avons fait qu'effleurer la ville lors d'un séjour normand l'an passé. Nous nous sommes promis d'y retourner le temps d'un week-end, et celui-ci semble prometteur côté météo, alors c'est l'occasion. Un TER nous amène à la belle gare Art Déco de Rouen Rive Droite, et notre hôtel est juste en face, un hôtel à l'ancienne bien rénové (Hôtel de Dieppe 1880, millésime inclus dans le nom), confortable, avec un personnel agréable. Nous commençons samedi en fin d'après-midi une exploration préliminaire du centre, afin de préparer la journée de marche que nous prévoyons le lendemain. Et dégotons pour dîner un petit resto très sympa dans le vieux Rouen, le Bistro Nova, avec vieilles affiches et pancartes, récupérés un peu partout dans le monde. Et des plats simples, mais confectionnés avec soin et produits de qualité. Pour finir, un rapide tour nous permet d'appréhender Rouen by night, avec un éclairage mettant en valeur ses atours, notamment sa cathédrale, mais aussi sa gare.
Le lendemain, nous entamons carte en main un grand tour de la ville, ou du moins de son centre, qui nous fait zigzaguer au fil des rues. Nous commençons par le Donjon, l'unique rescapé du château du XIIIème où Jeanne d'Arc fut emprisonnée avant son procès, et qui propose maintenant des escape games sur ce thème, modernité oblige. Notre boucle nous fait passer devant le Muséum d'Histoire Naturelle pour rejoindre par la petite rue des Carmélites la belle place de Rougemare, ainsi dénommée car le sang y coula il y a plus de mille ans, quand le Duc de Normandie y défit les armées des rois de Francie. Y subsistent aujourd'hui le Théâtre de la Rougemare, hébergé dans l'ancienne chapelle d'un prieuré, et le Vieux Logis, pas si vieux que cela (1898), mais qui donne le change.
De là, passant devant l'Hôtel de Ville, on rejoint l'Abbatiale Saint-Ouen, et ses agréables jardins cachés derrière le chœur gothique. Puis le retour vers le centre emprunte une des rues emblématiques de Rouen, au curieux nom d'Eau-de-Robec. Il vient de la rivière Robec qui y coula jusqu'à la moitié du siècle dernier, servant de dépotoir aux teinturiers qui occupaient les lieux. Après avoir été enterrée, la Robec resurgit de nos jours, fictivement, sous la forme d'un cours d'eau en circuit fermé, qui longe la rue, fièrement surmonté de treilles végétales. Avec les vieilles maisons à colombages qui se dressent sur le parcours, l'ensemble a fière allure, ce qu'ont bien saisi restaurants et commerces chics qui prolifèrent à la place des teinturiers.
Bifurquant à gauche au bout de la rue, l'on emprunte l'étroite rue Damiette, envahie quant à elle par les magasins d'antiquités. Là aussi, il y a profusion de maisons à colombages et d'hôtels particuliers dans la rue, qui nous amène à la place Barthélémy et à l'église Saint-Maclou. L'occasion d'apprendre que Maclou n'est pas le patron des tapissiers, mais bien un des fondateurs de la Bretagne continentale. En tout cas, voilà un autre exemple de gothique flamboyant, une des spécialités rouennaises. Plus original est le site de l'Aître Saint-Maclou, rue Martainville, un ancien cimetière au Moyen Age, charnier de pestiférés de fait. Le lieu, paisible et caché derrière la rue, est moins sinistre que son usage ne le voudrait, et forme un grand cloître, sur les colonnes duquel des sculptures en bois rappellent son initiale fonction, sous la forme d'une "danse macabre".
De là, la Cathédrale Notre-Dame n'est qu'à deux pas. On la connaît déjà un peu pour l'avoir admirée dans tant de tableaux de Monet, sous les lumières changeantes d'une journée. Et sa façade est impressionnante, une dentelle de pierre incroyable flanquée de deux tours d'allures différentes, même quand l'on n'est pas fan de la surenchère gothique. A l'intérieur, les verrières du XIIIème jouent avec le soleil bien présent ce dimanche matin.
Continuant vers l'ouest, l'on arrive à la rue du "Gros", avec la perspective sur peut-être le plus emblématique lieu de la ville, ce Gros Horloge donc (au masculin). Celui-ci est posé sur la porte Massacre, ce qui permet de le voir de loin, et présente sur chacune de ses façades un cadran doré avec une aiguille unique qui semble tourner sur le soleil. Il contraste avec les pans de bois des maisons alignées le long de sa rue.
Toujours plus à l'ouest, c'est un endroit bien différent que l'on rencontre sur la place du Vieux Marché. Point de gothique flamboyant ici, mais une église Sainte-Jeanne-d'Arc moderne construite en 1979 pour remplacer l'ancienne église détruite pendant la dernière guerre, dont seuls les vitraux furent sauvés. Là, pas de néo-classicisme, mais du contemporain audacieux, au point de ne pas ressembler à un lieu de culte à l'extérieur, mais plutôt à une halle ou un gymnase ! A l'intérieur, on lui trouve des airs de cathédrale de Créteil. Sa charpente en bois rappellerait les drakkars vikings, et répond aux vitraux anciens replacés sur leur lieu initial, ainsi qu'à de modernes vitraux bleutés, tandis que des arches en béton maintiennent l'ensemble, formant un lieu étonnant, chaleureux, très réussi.
Il est midi largement passé, l'heure de se sustenter dans un resto à l'ancienne non loin de là, La Couronne, poutres en bois et plats classiques, très corrects. Puis nous allons profiter du soleil sur les quais de la Seine voisine. Il y a beaucoup de monde pour profiter d'un soleil encore hivernal, et les terrasses sont remplies. Ces quais apparaissent un peu "bruts", avec peu d'aménagements, juste une large bande de bitume le long de l'eau, et gagneraient à être davantage mis en valeur. Mais il paraît que c'est déjà bien ainsi, par rapport à il y a quelques années où il n'y avait que de tristes entrepôts. Nous revenons par la rive sud et le parc de la presqu'île Rollet, puis des quais où les entreprises commencent à s'installer, tandis que des portiques jaune fluo rappellent qu'il y a peu, des marchandises allaient et venaient sur ces quais.
Il est temps de reprendre notre train de retour, non sans un dernier arrêt dans un musée étonnant, Le Secq des Tournelles. Tout d'abord il est installé dans l'écrin de l'ancienne église St-Laurent, un endroit parfait pour mettre en scène une collection impressionnante d'objets de ferronnerie. Enseignes, grilles, rampes, s'accumulent dans l'église, ainsi que des pièces plus petites dans des vitrines, clés et serrures, bijoux, couteaux, et autres objets de la vie quotidienne. Un ensemble hétéroclite et fascinant, où l'on flâne sans but, juste celui de découvrir le détail de tel outil, ou la perspective de tout ce métal dans un espace immense. Une belle découverte !
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