Nouveaux musées troyens
Le lendemain mercredi, je m'octroie un créneau "musées". Cela tombe bien, la ville vient d'ouvrir (ou de rouvrir) plusieurs musées de fin décembre 2022, que je m'emploie donc à parcourir. Le premier, ou plutôt les deux premiers, sont situés dans l'Hôtel-Dieu-le-Comte, bâtiment en pierre de taille, reconstruit au XVIIIème, mais dont le passé remonte jusqu'au XIIème, quand c'était un hôpital en bois, tenu par des religieuses et accueillant pauvres, malades, indigents, femmes et nouveau-nés. Il a assuré cette fonction pendant 8 siècles, jusqu'à être racheté et réhabilité par le Département à partir de 1990. Une partie abrite désormais le campus universitaire des Comtes de Champagne, et l'autre récemment refaite, deux musées donc, dans l'aile ouest incluant la chapelle, l'ancienne pharmacie et le jardin. En bon pharmacien que je suis, je commence par l'Apothicairerie bien entendu, modeste par la taille, deux salles seulement, mais riche. Celle de l'Apothicairerie proprement dite, est une grande pièce claire, à l'angle de l'aile ouest, haute de plafond (5 mètres), et remplie de céramiques et de boîtes en bois peint, auxquelles on accédait par une monumentale échelle roulante en chêne foncé. L'accumulation de ces céramiques et boîtes dans un grand espace, dominant les visiteurs, impressionne, avec le contraste entre la blancheur des vases et les couleurs des boîtes. Sur le sol, une grande vasque en étain contenait la Thériaque, remède mythique, panacée universelle il n'y a pas si longtemps, dont j'apprends avec un intérêt teinté de scepticisme et de dégoût la composition : opium comme composé principal, sûrement le plus actif, puis chair de vipère desséchée, beaucoup moins ragoûtant et à l'intérêt disons discutable. Pour faire passer, on ajoutait tout de même à cette poudre du miel et du vin de Grenache ! Adjacent à cette pièce spectaculaire se trouve le laboratoire, qui me met encore un peu plus dans mon élément. Bon, pas grand chose pour me rappeler les labos où je fis mes premiers pas d'élève potard et d'apothicaire, mais quand même ici un mortier, là une ancienne balance ou un alambic, dans une salle dont la sobriété tranche avec l'exubérance de la précédente.
Voilà pour la madeleine proustienne, l'étape suivant, dans le même lieu, est la Cité du Vitrail, une création récente dans ce domaine des vitraux qui me fascine depuis longtemps, sans y connaître grand chose d'ailleurs. Voilà donc l'occasion d'essayer de combler cette lacune. Le vitrail aubois est connu depuis longtemps dans ce département réputé pour être l'un des plus riches de France, comme le montrent par exemple plusieurs des églises de la ville de Troyes. La muséographie de cette Cité est remarquable, variée, spectaculaire. Cela commence par l'escalier au plafond duquel sont suspendus des bouteilles-lampes aux couleurs chaudes, du jaune au rouge foncé, ponctuant la montée des marches. Cela passe par la spectaculaire chapelle, le vitrail du chœur, seul survivant de la Seconde Guerre, et les peintures d'époque restaurées. Cela continue par la galerie des vitraux, qui propose, superbement éclairés, des vitraux de toutes époques, du classicisme médiéval au modernisme du dernier siècle. Tout en haut, sous les combles, une salle explique par le menu comment sont conçus et fabriqués les vitraux, avec moult détails techniques illustrés par l'exemple. Enfin, une salle de projection propose un magnifique film de vitraux, magnifiés par le choix des lumières, par les angles de vue, par les mouvements de caméra. Bref, un endroit magnifique esthétiquement, remarquablement mis en scène, où de plus je me suis proposé quasiment seul deux heures durant.
Dernier musée récent, celui d'Art Moderne, rouvert depuis le 27 décembre de l'an passé, dans l'ancien Palais de l'Evêché, encore un bel écrin. Je ne suis habituellement pas féru d'Art Moderne, que je ne comprends souvent pas, mais dans ce cas, c'est de l'Art "Moderne Ancien", au tournant du XXème siècle, entre réalisme, cubisme, fauvisme, restant dans le figuratif, et qui donc me convient mieux. C'est essentiellement le fruit de la donation d'un couple d'industriels troyens collectionneurs, avec 3000 œuvres au compteur, présentées de manière simple et didactique dans deux longues pièces en enfilade, sans chichi, avec une cohérence stylistique et chronologique, permettant de retrouver des artistes appréciés (Courbet, Derain, Buffet, ...) et d'en découvrir d'autres. Au passage l'on traverse aussi un espace consacré aux Arts Extra-Occidentaux, un quai Branly en miniature. Et pour parachever la visite, le jardin propose aussi une série de sculptures modernes et contemporaines joliment dispersées dans la verdure.
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