Petite Pierre et verre de luxe
L'occasion d'une de mes habituelles visites en Alsace, en plus de rendre visite à mère et sœur, est d'essayer de découvrir des lieux encore inconnus. Cette fois, je me dirige vers le nord, et plus précisément entre le Pays de Hanau et l'Alsace Bossue, à deux pas de la Moselle et non loin de l'Allemagne plus au nord. Nous commençons par le Musée Lalique à Wingen-sur-Moder. J'ignorais que la région regorgeait autrefois de verreries, les premières datant du début des années 1700, notamment celle du Hochberg, profitant de la disponibilité du bois pour procurer l'énergie nécessaire aux fours, avant de péricliter avec les restrictions apportées sur l'usage de ce bois. C'est alors que de nombreux verriers émigrent un peu partout en Europe, pour fonder d'autres dynasties comme celles de Murano près de Venise, ou de Bohême. La tradition renaît lorsque René Lalique, profitant des aides pour reconstruire cette région suite à la guerre de 14-18, s'installe à Wingen. Depuis plus de cent ans, l'usine de 260 personnes exporte de la verrerie de haut de gamme un peu partout dans le monde. Et bien sûr, un musée a été créé pour célébrer et promouvoir cette activité, un musée moderne, presque somptuaire, surtout dans une contrée assez isolée, un peu cachée dans la forêt. Son parcours nous fait découvrir l'évolution et les déclinaisons du verre selon Lalique. Cela va du développement de l'Art Nouveau, puis de l'Art Déco, au tournant du siècle dernier, avec un film intéressant sur l'Expo Universelle de Paris en 1900, jusqu'aux créations les plus récentes, pour une clientèle fortunée comme celle des Etats du Golfe ou des US. Il y a de tout, de la vaisselle et des verres à boisons, des flacons de parfum et des luminaires, des bijoux et des vases, et pour tous les goûts, du sobre jusqu'au très kitsch. On aime, ou pas. Et bien sûr, on y trouve aussi la partie technique qui explique comment se fabrique ce verre : la manipulation de ces blocs de verre en fusion, avec une dextérité rare pour lui donner forme, la couper, la refroidir, est toujours bluffante, même si déjà vue cent fois. A midi, nous allons déjeuner au Bistro du Musée, dans une maison adjacente au musée, d'une copieuse salade de pissenlits.
L'après-midi, nous avons prévu un peu de marche autour de La Petite Pierre non loin de là. Le temps annoncé sec et ensoleillé s'avère en fait pluvieux, qu'à cela ne tienne, nous pataugeons deux heures durant dans le vallon en-dessous du village, pour emprunter les chemin des Trois Rochers (Blanc, Païen, du Corbeau), d'imposantes falaises de grès dans la forêt, tandis que la brume baigne les reliefs voisins.
La Petite Pierre est là depuis longtemps puisque son nom, et son château, remontent au XIIème siècle. Ce château, perché sur un éperon rocheux qui domine le vallon, est situé au bout du Staedtel, le vieux village. L'ensemble a de la gueule, une ruelle pavée unique qui s'avance sur la crête jusqu'à la chapelle Saint-Louis, précédant le fameux château vieux de plus de 800 ans, et bien rénové il y a cinq ans. Celui-ci domine toujours les environs, et abrite désormais les services du Parc Régional Naturel des Vosges du Nord, accueillant même un festival de jazz en été. Un bel endroit qui méritera que j'y retourne avec une météo plus clémente et pour un séjour plus long.
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