D'une abbaye caennaise à l'autre
Je continue mon tour des villes à deux heures de Paris ou moins. Cette fois, c'est vers la Normandie que je me tourne, vers la ville de Caen. Nous y avons fait une brève visite en famille il y a une bonne vingtaine d'années, donc peu de souvenirs, et un endroit à découvrir. Ce que j'en sais est qu'elle a subi de très lourds dommages lors de la dernière guerre mondiale, qui a détruit l'essentiel de la ville. Et aussi qu'ont survécu les deux Abbayes aux Hommes et aux Dames, emblématiques de la ville. Un peu d'histoire pour commencer, ce qui nous emmène à Guillaume le Conquérant et au XIème siècle. C'est à Caen, qui n'existait pas alors, qu'il va faire construire d'abord un château sur un éperon rocheux au-dessus de l'Orne, puis deux abbayes, celle aux Hommes où il sera enterré, et celle aux Dames pour son épouse Mathilde. La ville va ensuite se développer au fil des siècles, le quartier médiéval faisant largement place au XVIIIème à des hôtels particuliers, jusqu'aux destructions de 1944. La reconstruction prendra près de vingt ans, pour donner un nouveau visage à la ville, larges avenues et bâtiments en pierre de Caen. Aujourd'hui, Caen ressemble donc à ces villes récemment reconstruites, sans vrai style, ni attrait particulier, mais qu'il est sans doute confortable d'habiter.
Je commence ma visite par l'Abbaye-aux-Dames, à l'est. C'est aujourd'hui devenu le siège du Conseil Régional de Normandie, qui a pris possession des lieux naguère fréquentés par des religieuses. L'abbaye rénovée abrite désormais bureaux et salles de réunion, que l'on peut parcourir grâce à une visite guidée. Faisant le tour des bâtiments conventuels autour du cloître ouvrant sur le Parc d'Ornano, on traverse le grand vestibule duquel part le majestueux double escalier, avant de rejoindre la Salle du Chapitre aux boiseries et tentures anciennes : on se prend pour un conseiller régional dans cet endroit où se tiennent les réunions dudit Conseil. L'Eglise de la Trinité de style roman abrite le tombeau de la Reine Mathilde. Des chapiteaux ornés d'animaux étranges, tel cet éléphant armé, attirent l'œil dans l'abside. La crypte est très originale, un peu étouffante aussi, avec son réseau serré de seize colonnes et ses chapiteaux à motifs végétaux.
A un kilomètre de distance, de l'autre côté, ouest, du centre, se trouve le pendant masculin de l'Abbaye-aux-Hommes. C'est l'église Saint-Etienne qui accompagne l'abbaye, où Guillaume le Conquérant n'a laissé qu'un fémur, le reste ayant disparu lors d'une profanation par des huguenots il y a cinq siècles. La partie abbaye s'est, comme de l'autre côté, transformée en lieu moderne, devenu l'Hôtel de Ville de Caen. Le cloître est ici bien fermé, et offre une belle perspective sur les deux tours de Saint-Etienne. Une exposition est consacrée à l'abbatiale pendant les bombardements de l'été 44, avec objets datant de cette photo et moult photos qui permettent de visuellement saisir l'étendue des dégâts, et aussi de comprendre pourquoi cette abbaye fut épargnée, car elle servait de toit aux réfugiés de la ville et d'hôpital, usage dont les Alliés furent judicieusement mis au courant.
Commentaires
Enregistrer un commentaire