Fassi à visiter


C'est désormais une habitude quasi-annuelle d'aller faire un tour au Maroc, pour une ou plusieurs formations dans la région de Casablanca, en automne ou en hiver le plus souvent. Cette fois encore, j’accomplis mon devoir de formateur, une bonne journée sur un site ex-Sanofi (mon ancienne entreprise) dans la banlieue nord de la ville, avant que de profiter de l'aubaine pour aller traîner mes guêtres un peu plus loin dans le royaume chérifien. Cette année, c'est sur Fès, la ville royale, que je jette mon dévolu. Ma dernière (et unique) visite de la ville date de 1970, voilà qui fait un bail de 50 ans tout juste ! En ce temps-là, je voyageais avec mes parents, une caravane accrochée derrière notre ID Citröen. Cette fois, c'est en train que je gagne Fès, l'occasion de tester l'ONCF, l'avatar local de notre SNCF, à une lettre près. Au moins n'y a-t-il pas de grève pour perturber mon voyage. Celui-ci commence à la gare de Casa voyageurs, moderne, dotée d'une architecture audacieuse, tandis que l'ancienne gare garde
fière allure avec son style art déco, juste à côté de sa nouvelle voisine. Je la prends donc en photo, avant qu'un chaouch ne vienne me signifier qu'il est interdit de prendre des photos de la gare, bien qu'elle soit désormais désaffectée ; sans doute la peur d'un renouvellement des actes terroristes qui saignèrent le pays il y a quelques années. Le voyage, dans un train qui s'arrêtera plus d'une dizaine de fois avant d'atteindre sa destination, est long, 4 heures en tout pour 250 kms, et j'ai tout le loisir de jauger le microcosme que constitue le compartiment de 6 personnes dans lequel j'ai pris place. Curieusement, je suis le seul homme, cinq femmes constituant mes compagnes de voyage. Toute la diversité de la société marocaine s'y donne rendez-vous. Il s'y trouve deux extrêmes du spectre de la féminité marocaine : une vieille femme voilée, chichement habillée dans des vêtements ternes, qui semble sortir tout droit de sa campagne. Et à l'opposé, une jeune et élégante "executive woman", habillée branchée à l'occidentale, pianotant sur sa tablette, et tenant une conversation "business" sur son téléphone dernier cri, dans un anglais remarquable, accent compris. Et entre ces 2 archétypes, les autres femmes du compartiment représentent les déclinaisons que l'on peut trouver dans la société du pays. Voile ou pas voile, vêtement traditionnel ou moderne, jeune ou moins jeune, toute la variété du pays est là, concentrée dans ce micro-gynécée de 5 Marocaines, une jolie expérience.


Me voici enfin à Fès, logé dans un joli riad non loin de la médina. Une grande chambre style marocain, aux fenêtres donnant bien entendu sur le patio au milieu du riad. Balade dans la vieille ville. L'ambiance est plus détendue qu'à Marrakech. Même si quelques marchands tentent de vous attirer dans leur antre, cela reste supportable. Autres points positifs, les rues sont impeccablement propres, et il y a même une signalisation efficace qui permet de s'y retrouver désormais dans les méandres de la médina. Je déambule dans ce dédale, m'arrêtant dans plusieurs belles medersas (écoles coraniques), dont l'une transformée en musée abritant de superbes objets en bois, coffres et jouets, fauteuils et portes, instruments de musique, etc... Mais Fès rime bien entendu aussi avec tanneries, c'est d'ailleurs à peu près mon seul souvenir d'il y a 50 ans. La meilleure manière de les voir est depuis les toits de la ville. C'est pourquoi toutes les boutiques de souvenirs du coin proposent une vue sur les fameuses tanneries, en espérant vous mettre le grappin dessus pour vous vendre une babiole. Un homme me propose de m'y emmener. Naïvement je lui cède avec quelques piécettes à la clé : cela ne le satisfait pas visiblement, il attrape son gamin qui passe par là et lui demande de m'emmener sur la terrasse, où le gamin fassi me laisse fissa sans autre forme de procès. Plus loin, je tente d'accéder aux tanneries au niveau du sol : une ruelle y mène, bien indiquée sur mon plan. Je m'y rends donc, pour tomber sur un habitant qui prétend être le représentant des tanneurs, et réclame son octroi : devenu méfiant, je lui demande sa carte (il n'en a pas), lui dit que l'accès est libre, et voilà qu'il devient agressif, limite menaçant alors que je tente d'avancer en lui soutenant que la rue est à tout le monde. Je ne veux pas d'ennui, je fais donc demi-tour, mais cela montre encore une fois, et comme partout dans le monde moins favorisé, que le touriste est avant tout une machine à cash ou un porte-monnaie (porte-billets plutôt) sur pattes. On peut le comprendre, mais cela reste désagréable. 


Dernier épisode du genre le lendemain, alors que je me promène dans l'ancien quartier juif, entre la médina et la ville moderne. C'est aujourd'hui devenu le quartier populaire de Fès, beaucoup moins touristique, où trouver son chemin n'est pas une sinécure. Là encore, un jeune se propose de m'accompagner : je sais à quoi m'en tenir, je tente le coup, me rendant compte que je n'ai guère le choix. En effet, il m'emmène dans un lacis de ruelles pour aller visiter une synagogue récemment réhabilitée, voir une maison ancienne en ruine, où subsistent quelques traces de la période juive, ou encore surplomber le cimetière juif, lieux que je n'aurais jamais dénichés par moi-même. Au passage, il m’indique quand même que, même s'il n'y a plus de Juifs ici, il ne les aime pas, à cause de leur attitude vis-à-vis des Palestiniens (là encore, on peut comprendre, sans cautionner). Et puis évidemment, au moment de repartir, je dois verser mon obole, avec au passage le marchandage de rigueur sur le montant de l' "indemnité" versée ! 


Je repars le jeudi après-midi vers la gare dans la ville nouvelle, traversant un beau et grand jardin public aux multiples essences, avec un large plan d'eau, où de nombreux Marocains et quelques touristes profitent du soleil ; puisque j'ai omis de signaler que durant les 3 jours de mon séjour au Maroc début janvier, j'ai profité d'un temps magnifique, frais le matin, mais frôlant les 20 °C en milieu de journée. Plus loin je déjeune dans le patio d'un joli café à l'ancienne non loin du parc. Fès est une bien belle ville, à mille lieues de Casablanca l'industrieuse, où je ne fais désormais que passer pour mon intermède professionnel avant d'aller visiter tel endroit du pays, hier Rabat et Tanger, aujourd'hui Fès, demain peut-être Meknès ou Essaouira.



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