Conversations américaines
Un séjour aux USA, c'est l'occasion d'échanger avec les autochtones, rencontrés dans le cadre professionnel ou en dehors. C'est ainsi que lors du rituel dîner de mon comité d'experts à Washington, je me retrouvai pour la soirée en face d'un collègue américain, très WASP comme la majorité des membres dudit comité. Profil classique, homme cultivé, habitant San Francisco, détestant Trump, voyageant beaucoup. Il revenait tout juste d'une semaine de vacances en France (pays qu'il adore et où il va très souvent) et plus précisément de Paris et de Strasbourg. Il m'a donc entretenu toute la soirée de ses voyages, souvent de manière intéressante, partageant moult photos sur ce succédané de projecteur diapo qu'est devenu un téléphone portable : qui n'a déjà eu droit à un défilé de photos mal cadrées, mal éclairées, souvent sans intérêt, de surcroît sur un micro-écran que l'on agite devant vos yeux vite fatigués ? Toujours est-il que j'ai pu échanger une bonne partie de la soirée avec lui. Enfin échanger ... Après le repas, je me suis fait la remarque qu'il ne m'avait pas posé une seule question et que la conversation avait tourné à 100% autour de sa personne. Et ce n'est pas un cas particulier, c'est en général la même chose avec ses collègues, qui adorent parler d'eux, de ce qu'ils font, mais peut-être est-ce culturel, et qu'ils s'attendent à ce que chacun fasse de même, prenant l'absence d'égocentrisme de la personne en face comme une volonté de ne pas se dévoiler.
Dans l'organisme pour lequel je travaille là-bas, l'USP (alias Pharmacopée Américaine), une grande partie du personnel est d'origine non-américaine. A la louche, je dirais que plus de 80% de ses employés viennent d'hors les US : beaucoup d'Indiens et d'Asiatiques, pas mal venant d'Amérique Latine, et même de Russie, les blancs anglo-saxons étant fort peu nombreux. La raison principale à cela est sans doute que les salaires y sont nettement plus bas que dans l'industrie pharmaceutique, qui prospère sur les mêmes viviers de personnel. J'ai donc l'occasion de croiser et de discuter avec des personnes de divers horizons, et les échanges sont du coup complètement différents, et riches culturellement. Les Indiens, et d'autres, sont curieux de ce que l'on fait, d'où l'on vient, on peut émettre des avis, partager des interrogations, raconter des expériences, avec des gens du monde entier, tant l'USP est une véritable tour de Babel pharmaceutique.
Une autre occasion de discuter avec des gens du cru lors des voyages se présente lorsque j'utilise les services d'AirBnB, ou tout autre système de Bed and Breakfast, pour me loger. C'était le cas à New York, où je logeais dans un appartement situé au nord de Manhattan, à la lisière de Spanish Harlem, dans une chambre que la propriétaire loue à des visiteurs de passage. C'est donc bien sûr l'occasion de discuter un peu. Appartement impeccablement propre, meublé confortablement à l'ancienne, ingrédients bio à la cuisine, pas de doute, nous sommes bien chez une new-yorkaise pure souche. La proprio est originale, un peu perchée, avec son chien qui ne la quitte pas d'une semelle, et la réciproque doit être vraie aussi. C'est une artiste, qui semble tirer un peu le diable par la queue, retraitée, mais cherchant des petits boulots pour joindre les 2 bouts, un peu de figuration, de l'écriture, ... Elle vit seule, et du coup est ravie de discuter avec ses hôtes de passage. Alors, on parle - elle parle ! - de cinéma (sa passion), de sa ville, de son chien, etc, etc. Mais là encore, c'est de la conversation en mode unidirectionnel. Ce n'est que le dernier jour que, sur une inspiration subite, elle s'interrompit pour me poser une question sur ce que je faisais, mais je ne suis pas sûr qu'elle ait écouté la réponse ...
Commentaires
Enregistrer un commentaire