Balades autour de Manhattan

Deux jours et demi à New York, profitant d'une désormais rituelle réunion à Washington pour m'offrir un "fall break" dans une de mes villes préférées. Tiens, je viens de calculer que c'est tout juste la dixième fois que je me rends à New York, la première en 1963-1964 ayant été la plus longue (j'avais 7 ans à l'époque). J'ai donc vu et revu la ville, parcouru des dizaines de miles le long des rues de Manhattan ou de Brooklyn, et même du Bronx, mais je n'avais jamais vraiment fait le tour de Manhattan en bateau. Bon, pas tout à fait un tour complet, mais quand même un beau trajet, depuis le pont de Brooklyn côté Hudson jusqu'à Midtown côté East River, pour ensuite retourner vers Battery Park, en utilisant les bateaux jaunes qui font cette boucle toute la journée, et que l'on peut utiliser ad libitum. Du coup, ne soyons pas pingre, je m'offre deux balades, la première vers midi, la seconde le soir à la tombée de la nuit. Le temps est magnifique en cette mi-novembre, même si un petit vent glacial souffle sur le pont supérieur du bateau. Les images mille fois vues déjà défilent, le pont de Brooklyn et derrière celui de Manhattan, la pointe sud de Manhattan, la statue de la Liberté et Ellis Island, où passaient les immigrants il y a 150 ans,  plus haut le nouveau quartier de Hudson Yards, très chic et très cher : c'est toujours aussi magique et impressionnant, notamment le soir quand le ciel se colore d'un orange de Technicolor, et que des reflets rosés viennent se poser sur les fenêtres réfléchissantes des buildings de la ville.




Revenu sur terre, je m'octroie un bout de High Line, la coulée verte (inspirée de celle créée à Paris), joliment éclairée la nuit, et qui déroule maintenant ses planches jusqu'au quartier de Hudson Yards, avec des avancées allant chatouiller l'East River. Il y a du monde qui se balade là, et on s'en met plein les mirettes des ouvertures sur les rues verticales qui transpercent Manhattan, des nouveaux gratte-ciel qui surgissent ici et là, des sculptures fantomatiques au détour d'un virage.


Mais il existe aussi un autre Manhattan, moins couru, un peu méconnu, qui fait peut-être encore un peu peur, même si les choses ont bien changé depuis 2 décennies. C'est celui des Harlem, puisque il existe bien deux (au moins) Harlem, l'historique, au nord de Central Park, habité par des Noirs, même si la gentrification à l'oeuvre ici comme partout, vient métisser maintenant sa population ; et un hispanique, Spanish Harlem, peuplé essentiellement de Nuyoricains (mot-valise créé pour New York + Porto-Rico). Pas grand chose à voir avec les luxueux condos du Sud, ou les interminables gratte-ciel de Midtown, ici ce sont de modestes brownstones, parfois un peu décrépits, qui s'alignent, ou bien encore de grands bâtiments brunâtres, sans charme, qui prolifèrent et entassent une population si différente des traders et autres oligarques du Sud. L'ambiance est calme, la circulation automobile très discrète, les petits commerces prennent le bas sur les cafés branchés ou les boutiques de luxe, des murs peints racontent les histoires des communautés, les passants nonchalants sont souvent bronzés, nous sommes bien dans un autre monde.


Dernière étape dans Central Park, là encore dans la partie nord de l'immense emblématique parc de la ville. Les frondaisons affichent encore des couleurs automnales, mais l'on sent que l'hiver ne va pas tarder à poindre (il fait -5°C ce matin !). Le bassin de la Harlem Meer reflète ces derniers feux de la saison, étang sur lequel une bicoque colorée vous ouvre ses portes pour vous réchauffer, et vous raconter l'histoire du Park, par exemple l'époque où il était constellé de forts qui surveillaient les environs, au moment de la guerre d'Indépendance. Un peu plus loin, le joli et méconnu Conservatory Garden offre ses jardins bien ordonnés, couronnés de fontaines originales, sur lesquelles les stalactites formées durant la nuit rappellent que l'hiver arrive. Juste en face, deux musées pour ceux qui s'aventurent jusque là, celui du Barrio (autre nom de Spanish Harlem), consacré à l'art américain latino, musée un peu pauvre cependant ; et celui de City of New York, dans un superbe bâtiment classique, qui raconte toute l'histoire de la ville, d'une richesse incroyable, vraiment à voir.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tassili n'Ajjer, minéral et humain

Ma géographie NBA

De pied en caps à Majorque