Rencontres en solo
Se balader une dizaine de jours en solo, comme cette fois en Écosse, c'est aussi l'occasion de rencontrer des gens, plus facilement que quand l'on voyage en couple ou en famille. C'est souvent dans les B&B, parfois dans les pubs ou sur les sentiers, c'est l'occasion d'échanger quelques mots, ou d'avoir une conversation plus structurée. Pas souvent avec des Écossais finalement, mais plus fréquemment avec d'autres touristes, peut-être plus ouverts à échanger leurs impressions. D'abord les B&B (Bed and Breakfast), l'hébergement le plus fréquent, et sans doute le plus sympathique, dans les Iles Britanniques, où une discussion avec la (le plus souvent) tenancière est habituelle, plus ou moins construite selon sa disponibilité et sa curiosité. Cinq stops en B&B et cinq occasions d'échanger donc. D'abord dans les Trossachs, à Callander, Tina, anglaise installée en Écosse, m'accueille chaleureusement dans son Lots Cottage : après les conseils habituels, elle m'offre de m'emmener en voiture au village distant de 2 kms pour y dîner. Ensuite, c'est l'île de Skye, prise d'assaut en ce début de saison : le B&B, que j'ai eu du mal à dénicher dans un cul-de-sac de l'île, est tenu par Cath, une femme énergique et autoritaire, dont on s’aperçoit vite que c'est l'appât du gain plus que le contact que la motive dans son activité de B&B. C'est aussi au petit déjeuner chez elle que je discute avec 3 Singapouriens en balade sur l'île : il s'agit de 3 étudiants en médecine, en stage à Londres, qui profitent d'un weekend prolongé pour visiter l’Écosse ; curieux de tout, ils m'assaillent - dans un anglais impeccable - de questions sur l'Europe, mes pays préférés, les inondations à Paris ou encore mon travail dans l'industrie pharmaceutique. Plus au nord sur la côte Ouest, à Ullapool, Paul m'accueille dans sa grande maison style écolo surplombant la mer à la sortie de la ville : plutôt discret, végétarien, un peu artiste, un peu musicien, il me conseille de belles balades dans les environs. Toujours plus haut, à Tongue, sur la placette de ce village de la côte Nord, c'est Angela qui veille sur son B&B, depuis son bow-window devant sa porte d'entrée. Là non plus, pas de grandes discussions, mais de bons conseils et beaucoup de disponibilité. Enfin, un dernier arrêt à Houston, à côté de Glasgow, avant de repartir pour Paris via l'aéroport tout proche. Cette fois, dans sa belle ferme reconvertie récemment en B&B, j'ai le temps de converser avec Heather, en prenant un café sur sa terrasse au soleil. Celle-ci est prolixe, c'est au moins l'occasion de discuter d'aspects intéressants de la société britannique : le référendum sur le Brexit d'abord, au sujet duquel elle va voter pour la sortie de l'UE - argumentaire, on n'a pas besoin de l'Europe, on a vécu sans durant des siècles ... un peu court à mon goût ! Doublé de la conviction que le vote étant prévu serré, le gouvernement va de toute façon bidouiller les résultats pour que le Royaume-Uni reste dans l'UE, voilà pour le versant complotiste. Elle me parle aussi de ses enfants et de leur cursus : son fils qui a fait des études d'histoire pour trouver un job chez Ikea ; sa fille quant à elle a étudié le théâtre et faute de mieux, s'apprête à rentrer dans la police ; comme chez nous, sans doute même plus que chez nous, les filières artistiques n'amènent plus bien loin quand il s'agit de trouver du travail. Une autre discussion, dans un pub cette fois : faute de place, je me retrouve à la même table qu'un jeune couple d'Anglais de Liverpool. Du coup, nous causons ensemble durant tout le repas, de leurs vacances en Écosse et des miennes pour commencer, puis de foot (c'est bientôt l'Euro), mais le gars s'intéresse surtout au rugby, de leurs boulots respectifs, de bière (ils se sont chacun quand même "enfilés" 3 pintes - 1,7 litre - de bière chacun dans la soirée !) et de "fish and chips", et bien sûr aussi de Brexit. Cette fois, ils sont pro-européens, mais leurs arguments sont là encore assez simples voire simplistes - la Grande-Bretagne fait partie de l'Europe, cf. les guerres passées, donc restons-y ... Autre occasion de rencontre, l'auto-stop : sur l'île de Skye, je prends deux jeunes filles qui lèvent le pouce. Il s'agit d'une Française et d'une Tchèque qui travaillent dans un restaurant (chic) du coin ; la Française, originaire de Caen, y fait en cuisine un stage de BTS, et ça ne chôme pas, elle est sur le pont 18 heures par jour, avec 2 jours de break par semaine quand même, et me raconte un peu le quotidien de ce resto à 100 £ le menu ; sa copine tchèque, de Brno, y officie elle en tant que serveuse. Dur de bosser dans la restauration, haut de gamme ou pas ... Et pour finir, un dernier mot sur les brefs échanges au détour d'un sentier ou d'une rue, là un couple d'Anglais avec lequel on devise du temps qu'il fait, quoi d'autre ! ; ici un promeneur à chien, qui doit résister à l'attrait irrésistible des centaines de mouton sur son animal ; là encore une photographe amateur qui me demande des conseils techniques sur son réflex récemment acquis. Des échanges cordiaux, parfois anodins, parfois plus sérieux, qui viennent ponctuer mon escapade en solitaire.
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