Pitons ponots
La formation de la semaine m'emmène cette fois loin dans le sud, au Puy-en-Velay, sur les contreforts sud de l'Auvergne. C'est une petite expédition pour s'y rendre, TGV jusqu’à Lyon, puis TER via Saint-Étienne, deux changements avec le risque de rater sa correspondance, ce qui m'arrivera au retour d'ailleurs. Au moins la fin de parcours, le train longeant la Loire qui serpente entre relief et verdure, est-elle un régal pour les yeux. Me voici donc ponot et vellave pour deux jours, un Ponot étant comme chacun sait un habitant du Puy, et un Vellave du Velay. La ville du Puy a la particularité d'être semée de pitons rocheux qui sont des aiguilles de lave datant d'il y a quelques centaines de milliers d'années, venant de la partie basse de cratères de volcans. Les deux qui surplombent la ville du Puy sont le rocher Corneille et la rocher de l'Aiguilhe. Le premier est coiffé d'une vierge monumentale construite au 19ème siècle à partir de canons pris lors du siège de Sébastopol. Si la statue elle-même peut paraître surfaite avec sa teinte orangé, le panorama à 360°C sur la ville du Puy et son environnement est spectaculaire, et vaut l'effort de la montée de ses 132 mètres de haut.
Sur l'autre piton situé à proximité, celui de l'Aiguilhe, a été construite l'église Saint-Michel dès 961, maintes fois transformée, à laquelle 252 marches permettent d'accéder. Sa position en équilibre sur la pointe du rocher est en soi un tour de force, et elle a un charme fou, avec ses alcôves et ses colonnes, ses vitraux et ses peintures murales. A l'extérieur, une dernière volée de marches accède au portail muni d'un arc polylobé, tandis qu'un passage permet de faire le tour du socle pour jouir là aussi du paysage. De là, on peut apercevoir plus loin d'autres rochers du même genre, celui de la forteresse de Polignac ou la basilique de St-Joseph.
Le Puy peut être détaillée par niveaux : la ville basse, la plus récente, puis la ville haute, médiévale, et dominant le tout la Cité Épiscopale. Depuis la Place des Tables, la rue pentue et pavée s'élève vers la Cathédrale Notre-Dame, toute de noir vêtue, puisqu'elle fut construite en pierres de lave. Bien que de style roman, cet habillage lui donne un petit air oriental, un peu byzantine, ponctué par le présence de la célèbre Vierge Noire sur l'autel. Cette situation perchée unique fait que l'on voit toujours au-dessus de soi, un peu écrasante, et a permis ce grand escalier qui pénètre directement dans le chœur de l'église.
Juste à côté, le cloître accolé est riche en sculptures, avec ses chapiteaux historiés et sa corniche au bestiaire moyenâgeux. Tout seul dans le cloître en début soirée, je me régale de l'austérité des lieux, de la vue sur la cathédrale d'un côté, du rocher Corneille de l'autre.
La ville médiévale se parcourt à pied, tranquillement car les ruelles sont trop pentues et étroites pour tout trafic motorisé. Bon, il faut savoir faire abstraction des multiples échoppes qui tentent de draguer le touriste pour lui vendre lentilles, verveine ou dentelle, les spécialités du cru. Une fois ce postulat pris en compte, se perdre au fil des pavés, passer sous des arches ou devant de vénérables portes en bois, essayant à l'occasion de jeter un œil à un jardin secret caché derrière une porte entrouverte, a un charme indéniable.
A la fin de mon séjour, tandis que le mercure a encore largement dépassé les trente degrés, je vais chercher un peu de fraîcheur dans le climatisé Musée Crozatier. Comme tant d'autres musées de préfecture, celui-ci juxtapose les thèmes et les époques, dans un bâtiment néo-classique construit pour la circonstance dans la ville basse, au-delà du jardin Henri Vinay. Peintures locales et statues antiques, animaux naturalisés et leçon de volcanisme, on peut toucher un peu à tout, avec en dessert une exposition sur le Japon. En sortant, vers la large place du Breuil, je suis conquis par le magnifique portail clos d'un vitrail dans les tons du vert et donnant sur les arbres du jardin.
Rituel paragraphe sur le gîte et le couvert ponots. Un appartement installé dans un Grenier à Sel du XVIème siècle, auquel j'accède par un escalier en colimaçon dans une étroite tourelle, meublé à dans un style très hétéroclite, un peu lourd, mais agréable et très bien équipé, avec une superbe porte en bois pour y entrer. Côté repas, j'établis mon camp de base dans le marché couvert, alias Halles Ponotes, reconverti en "Food Hall" à l'américaine. L'endroit est réussi, on a plaisir à s'attabler à une des tables hautes pour manger ou boire, d'autant que j'y ai dégoté une Brasserie Artisanale du cru qui y propose sa production, originale et de qualité, ainsi qu'un excellent glacier (Mezia), dont j'abuse prétextant de la chaleur ambiante.
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