Rois et étoiles de Saint-Denis

Saint-Denis dans le 93 n'apparaît pas comme une destination très sexy, et pourtant c'est un endroit qui connut un rôle central dans l'histoire de France, et de ses rois et reines. En effet, dans la Basilique de Saint-Denis sont enterrés une belle palanquée de souverains de notre pays. La vieille église carolingienne d'avant l'an 1000 fut rénovée sous l'impulsion de l'abbé Suger au cours du XIIème siècle, avec pour objectif de mettre en valeur les reliques de Saint Denis, premier évêque de Paris et martyr, et d'accueillir les tombeaux des rois et reines dans une nécropole royale. Pas moins de 66 tombeaux de ceux-ci et celles-ci, sans compter princes et princesses, s'accumulent dans la nécropole, des connus et des moins connus, de la plus ancienne Arégonde (décédée vers 575) jusqu'au plus récent Louis XVIII (disparu en 1824). Parmi eux Dagobert et Pépin le Bref, François Ier et Henri IV, les Louis (XIV, XV et XVI), et tant d'autres, sans oublier des non-rois tels Charles Martel ou Du Guesclin. Une incroyable brochette de puissants rassemblés post mortem en ce lieu unique, impressionnant même pour un républicain convaincu comme mézig.

La vision de la nécropole est saisissante, des gisants qui s'alignent, c'est bien le mot, partout sous la nef et dans la crypte souterraine. Certains ont droit à de méga-monuments funéraires, par couples (Louis XII et Anne de Bretagne, François Ier et Claude de France, entre autres), composés de gisants nus sous un arc de triomphe, et de statues orantes perchées sur l'arc. C'est vraiment imposant, un peu mastoc même, mais ce devait être l'effet souhaité. Sous la nef a été installée une échelle montant jusqu'à la voûte, tendue de verres colorés, qui donnent naissance à des reflets irisés assez réussis sur les piliers de la basilique.

Dans la crypte archéologique, l'atmosphère est autre, crépusculaire et silencieuse. On y trouve les tombeaux les plus anciens, de l'époque mérovingienne, le caveau des Bourbons, avec les restes de Louis XVI et Marie-Antoinette, ainsi qu'une expo photo un peu incongrue en ces lieux, consacrées aux "Nouvelles Reines", des contemporaines dionysiennes, photographiée par Sandra Reinflet qui a ajouté à ses clichés en filigrane une mosaïque surprenante de projections de vitraux.

Je me promène encore un peu sous la vaste nef de la basilique, bercé par l'atmosphère royalement majestueuse, les somptueux vitraux, et les splendides marquèteries le long des stalles. C'est vraiment un lieu unique, peu connu, perdu dans les vicissitudes de la banlieue nord, qui doit faire peur aux touristes qui pourrait être intéressés.

Un dernier arrêt à l'extérieur, devant la façade en partie cachée par des échafaudages, me fait comprendre que ceux-ci sont destinés à reconstruire la flèche Nord, démontée en 1847, pour un chantier qui durera jusqu'en 2032. L'esplanade sur laquelle donne la basilique est vaste, avec la mairie à droite, mais en plein chantier elle aussi, avec pour objet de redonner beauté et vie au centre historique de Saint-Denis.

Après un déjeuner rapide dans un agréable crêperie non loin de là (le Rendez-Vous), je me rends un peu plus loin au Musée d'Art et d'Histoire Paul Eluard. Son cadre vaut par lui-même la visite, l'ancien Carmel de Saint-Denis, datant de 1625, dans lequel l'on se déplace à travers les différents bâtiments du couvent, entre jardins et cours. Le fonds du musée est comme souvent dans ces "petits" musées municipaux un peu hétéroclite, objets et peintures de tous styles et de toutes époques, il y a à boire et à manger. Quelques aspects attirent mon attention : d'abord la reconstitution de l'ancien Carmel et de son austère cadre, centrée sur sa plus célèbre pensionnaire, Louise de France, septième fille de Louis XV qui fréquenta souvent ces lieux. Puis une présentation très détaillée de la Commune de Paris en 1871, dont certains événements se déroulèrent à Saint-Denis, l'occasion de redécouvrir et d'approfondir cet épisode tragique de notre histoire. Enfin les salles consacrées à Paul Eluard, natif de la ville à laquelle il laissa de nombreux documents, poète qu'adolescent je découvris et adulai, mais je n'aurai malheureusement que trop peu de temps pour me plonger dans la vie d'Eluard.

La dernière partie de mon triptyque dionysien m'amène dans un cadre totalement différent, au Stade de France où j'ai réservé la visite guidée de 16 heures. Je me suis rendu plusieurs fois à ce stade, notamment pour des compétitions d'athlétisme, récemment encore à l'occasion des Jeux Olympiques de l'an dernier, mais chaque fois bien sûr confiné à ma place dans la vaste enceinte. Cette fois, je vais pouvoir me promener dans les coulisses du stade, avec un groupe d'une vingtaine de personnes, cornaqué par une dynamique guide. Après une vue d'ensemble depuis le haut des tribunes, d'où le stade apparaît bien vide quand on ne l'a connu que plein comme un œuf, on parcourt ses entrailles en long et en large : le large accès destiné aux cars, avec tapis rouge pour rejoindre les vestiaires ; le vestiaire donc, où sont exposés les maillots des stars du foot français, Zidane en tête, avec tables de massage et jacuzzi ; la salle d'échauffement dans laquelle un gamin excité et un adulte un peu bourrin tapent dans un ballon ; le tunnel d'accès à la pelouse, toujours impressionnant à découvrir en dur après l'avoir souvent vu à la télé. Il ne me reste plus pour avoir un vision complète qu'à faire le tour du petit musée qui retrace les grands moments, avec des unes de L'Equipe et des maillots pour le côté sportif, mais aussi des photos de concerts et des costumes de scène pour le côté musical. C'est la fin d'une riche excursion touche-à-tout qui montre que Saint-Denis vaut bien la peine d'y consacrer au minimum une pleine journée. 


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