Chantiers berruyers
Je pars à la redécouverte de la ville de Bourges, que je n'avais fait qu'effleurer quelques heures lors de mes brefs passages précédents. Comme parfois en cette période hivernale, la ville profite de la basse saison pour faire un brin de toilette en prévision des beaux jours, sauf que là, c'est plus qu'une toilette, mais un grand chantier qui bouleverse une bonne partie de la ville : les trois musées les plus réputés sont fermés pour travaux, la place Cujas en plein centre est une juxtaposition de barrières, plusieurs rues sont fermées, revêtement en réfection, et une partie de la façade de la cathédrale recouverte d'une immense bâche. Mais il y a sans doute une raison à ce grand chantier, puisque de multiples affiches claironnent que Bourges a été choisie comme "Capitale Européenne de la Culture" pour 2028, et qu'elle veut probablement préparer cet événement. Alors je me dis qu'il faudra que je revienne à cette occasion pour la voir parée de mille feux et célébrant ce prestigieux statut d'un été.
En attendant, je commence par aller revoir la cathédrale, dont les réputés vitraux m'avaient déjà époustouflé lors de mes séjours précédents. A la lumière du matin, tandis que le soleil brille dehors, ils sont encore plus beaux, avec des couleurs d'autant plus incroyables quand l'on pense qu'ils datent pour certains d'il y a plus de huit cents ans. Dans le déambulatoire, devant les cinq chapelles absidiales, on reste bouche bée devant la profusion des détails du "Jugement Dernier" ou du "Bon Samaritain", d'autant que les vitraux sont situés assez bas par rapport au niveau du sol, et que l'on en profiter de près et sans se tordre le cou.
Saint-Etienne de Bourges est aussi la plus large cathédrale gothique de France, avec ses 41 mètres de front. On s'en rend bien compte devant la façade occidentale, et ses cinq portails, au milieu le portail central sur le thème classique du Jugement Dernier. Ce sera encore plus spectaculaire quand les bâches disparaîtront pour permettre d'admirer la totalité de la vaste façade.
L'autre acmé de mon séjour est la visite du Palais Jacques Cœur, le célèbre argentier de Charles VII,, dont j'avais lu il y a quelque temps avec délectation une biographie romancée écrite par Jean-Christophe Ruffin. Il le fit construire à partir de 1443, mais ne put guère l'habiter car il tomba en disgrâce et dut fuir sa ville peu de temps après son achèvement. Le palais compose un formidable quadrilatère, avec ses quatre corps de logis entourant la cour centrale, surplombant la basse ville de toute sa puissance. Je parcours une heure durant les nombreuses pièces qui constituent la résidence, quasiment pas meublées. J'en retiens la salle des festins, salle d'apparat, avec même une loggia prévue pour les musiciens, les combles avec leur superbe voûte de bois en forme de carène de navire renversée, ou encore la devise du grand Jacques, "A vaillans coeurs, riens impossible" répétée dans plusieurs salles. Un imposant édifice, qui avait déplu au roi par sa munificence, et qui causa en partie le perte de M. Cœur.
Deux axes traverse le centre historique de Bourges du nord au sud, côté Est la rue Bourbonnoux, l'ancienne artère principale où prolifèrent les maisons à pans de bois, et où habitaient autrefois la plupart des artisans. Et côté Ouest la rue Moyenne, plus récente, devenue l'artère commerçante de la ville nouvelle, et où quelques beaux immeubles Art Déco, aux enseignes gravées dans la pierre (Aux Nouvelles Galeries, aux Dames de France, Etablissements Aubrun), subsistent, démontrant que Bourges fut au siècle dernier une ville prospère. Et qui paraît l'être restée puisque contrairement à d'autres villes de taille similaire, les commerces semblent en plutôt en bonne forme. Entre ces deux axes se situent les remparts, ou plutôt ce qu'il en reste, des soubassements de maisons pour l'essentiel, qui offrent une agréable promenade se faufilant entre nobles demeures et hôtels particuliers, entre jardins et cours, accessible par un étroit passage dit "casse-cou" qui perce le rempart et permet de remonter vers la place haute.
Le lendemain après-midi, avant de repartir, je quitte la ville pour la campagne, direction les "marais de Bourges". C'est une vaste zone à l'est de la ville, autrefois occupée par les maraîchers, désormais le terrain de jeux des jardiniers amateurs pour l'essentiel qui cultivent leur lopin, potager ou verger, et l'aménagent souvent en résidence secondaire rustique, un cabanon, une table et des chaises, le long des canaux qui sillonnent le site, c'est simple et bucolique, à deux pas de la ville, avec la silhouette massive de la cathédrale en fond de toile. Des épouvantails et des barques permettent de rejoindre son terrain, tandis que des poètes en herbe font fleurir le long des clôtures des vers à la gloire de leur marais. Cela a un air de famille avec les Hortillonnages d'Amiens, en un peu moins sauvage.
Dernier stop juste avant la gare, au Jardin des Prés Fichaux, le long de la Voiselle, un étonnant jardin de style Art Déco (encore), conçu par Paul Marguerita et la mairie de Bourges, avec ses sculptures végétales, ses arches d'ifs, son allée de platanes ou sa roseraie, autour d'un long bassin. Les jardiniers municipaux s'activent ces jours-ci pour préparer le jardin au printemps qui approche.
Rubrique gîte et couvert pour finir. Je loge dans une gentille maison aux Volets Bleus, au fond d'une cour, dans un rue de la proche périphérie, deux pièces bien arrangées et au calme pour la nuit que j'y passe. Le soir, je me mets en quête d'un resto ouvert ce lundi soir, et je jette mon dévolu sur "les Petits Crus", un concept original sous forme de franchise déclinée dans quelques villes françaises, dont Paris et donc Bourges. Il s'agit d'un repas de fromages, couplé avec une dégustation de vins. Sur une planche en ardoise, six fromages (forts, j'ai choisi l'option "passionnelle"), à déguster dans un ordre donné, et associés à quelques centilitres de six vins, servis dans un série de tubes à essais sur leur support, je me crois dans un labo de chimie analytique ! Je suis emballé par le concept, à chaque fromage répond un vin judicieusement sélectionné, une brochure décrit précisément les origines et caractéristiques gustatives de chacun des couples fromegi - pinard, et je progresse ainsi dans la découverte de saveurs originales, allant crescendo dans la puissance des fromages et vins. C'est ainsi que je découvre, entre autres, un lampy de Marzac (31), aux airs de maroilles du sud, ou un bleu d'Alcas (05) tirant vers le fort roquefort. Côté vins, je me délecte d'un colombard / sauvignon blanc de chez Horgelus en Gascogne, aux saveurs délicieusement fruitées, ou encore d'une cuvée Manpot de l'IGP Côtes de Thongue dans le Languedoc. Une découverte et un régal pour un amateur de fromage et de vin !
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