Bulles angoumoisines

J'ai pris mes habitudes d'un saut annuel jusqu'à Angoulême depuis notre base rochelaise. Cette année, ce ne sera pas à l'occasion du Festival de la BD du mois de janvier. J'ai décalé d'un mois pour parcourir la ville plus au calme, mais toujours sur le thème du 9ème art. J'ai en effet repéré une expo qui me fait me lécher les babines, consacrée à la BD de science-fiction, mon style de prédilection en la matière. En prime, j'ai découvert par hasard que ce même jour, une visite guidée à travers les fresques murales de la ville était organisée par l'office de tourisme local. Voilà deux bonnes raisons pour sauter dans le premier train pour Angoulême depuis la gare de La Rochelle. Une fois encore, le parcours pour rejoindre la préfecture de la Charente est chaotique. Pas de problème jusqu'à la correspondance habituelle de Saintes, mais là, la voie ferrée qui rejoint Angoulême est en travaux, et je dois prendre un autocar de remplacement. Le temps de transport est bien entendu sensiblement plus long, puisque le car doit zigzaguer d'une petite gare à l'autre en respectant l'itinéraire ferroviaire. Je suis à l'avant du car bien peu rempli, une demi-douzaine de voyageurs, et pour me distraire, je tends l'oreille aux échanges entre la conductrice expérimentée et une nouvelle venue qui doit prendre sa suite dans le semaine, et qui note scrupuleusement toutes les infos : la première passe donc l'essentiel du trajet à détailler l'itinéraire, indiquer les chausse-trappes (ici un toit de maison qui déborde, là une rue rétrécie, là encore une zone à vitesse réglementée), et plus généralement échanger sur le métier de conducteur(trice) de bus. C'est assez intéressant et fait passer le temps pour rejoindre ma destination après plus de trois heures de voyage, un tantinet longuet pour 120 kilomètres de distance. Me voici sur place à plus de 11 heures, je rejoins fissa la Cité Internationale de la BD, le long de la Charente. Celle-ci a établi ses quartiers dans les anciens chais Magelis, bien mis en valeur, d'une blancheur éclatante, qui accueillirent naguère des tonneaux d'eau-de-vie, du cognac sans doute, puis une usine de papeterie. Les onze pignons donnent au corps des bâtiments l'aspect d'une vague, à l'intérieur de laquelle se niche le musée, et d'autres activités connexes.

Je suis bien au calme, pas comme lors du festival, pour parcourir la belle exposition sur la SF. J'y retrouve bien entendu tous mes auteurs favoris, de Mézières (Valérian) à Enki Bilal, de Léo (Aldebaran and co) à Bablet (Carbone et Silicium), évoqués grâce à des affiches, des animations, et surtout une tripotée de planches originales conservées par le musée. Je découvre aussi des auteurs de la nouvelle génération que je ne connais pas, et dont certains s'annoncent tentants. J'acquiers le catalogue de l'expo pour retrouver leurs noms et me préparer des lectures futures. A la sortie, comme le temps est bien ensoleillé, je m'arrête à un des "food trucks" installés sur l'esplanade devant la Cité et m'offrir un quick lunch sur une table à l'extérieur.

Puis je grimpe vers la ville haute, puisque le centre historique angoumoisin est perché sur une colline. Après un café - gâteau avalé chez un sympathique torréfacteur (Valois), je rejoins l'office de tourisme dans la mairie de la ville. Celle-ci est installée sur le site de l'ancien château, rappelé par le donjon des Lusignan à un des angles de la bâtisse.

Puis nous partons, au nombre d'une quinzaine, pour notre tour bédéiste sous la houlette de notre guide. Je dois avouer que je suis un peu déçu par ce parcours. Nous ne faisons qu'effleurer quatre ou cinq peintures murales, alors qu'il en existe plusieurs dizaines, et sur lesquelles nous passons un peu trop de temps. De surcroît la guide est un peu approximative, visiblement pas trop calée en BD, et nous sert parfois une assertion étrange, comme sur la fresque consacrée à Uderzo, quand elle nous assène qu'Obélix était le fils de Bonemine (ciel, on nous aurait caché ce scoop, en sursautent les fans du Gaulois de Goscinny !). Cheminant vers la Charente, nous rejoignons tranquillement la Cité de la BD, à nouveau, où je vais avoir droit à un complément de visite.

Cette deuxième partie est plus intéressante, et plus pro, que la première : d'abord le responsable des collections nous emmène dans les salles où sont conservées les très nombreuses planches originales que la Cité a accumulé au fil des années. Il nous sort quelques exemples, et nous livre une foule d'information sur la gestion de ce fond, la manière dont les originaux leur parviennent, comment ils sont stockés, exposés, sauvegardés, les problèmes avec les héritiers, ceux de Tintin en première ligne avec leur bataillon d'avocats et leur intransigeance notoire. J'y apprends donc une foule de choses sur les coulisses du musée. Puis c'est un autre des employés des lieux qui nous fait parcourir quelques unes des salles d'exposition, notamment celles, récemment mises en place, qui regroupent les œuvres par thème (la ligne claire, la clair obscur, les "gros nez", etc...), nommée les "Trésors des Collections". Il nous commente avec un éclairage technique et historique les dessins et textes que nous parcourons, en dévoilant des aspects méconnus. Nous finissons par l'expo consacrée aux héros Marvel, à la frontière de la BD et du cinéma, mais c'est beaucoup moins ma tasse de thé.

Une fois la visite achevée, il me reste une heure avant mon TGV de retour vers Paris, juste le temps de faire un détour par la brasserie de La Débauche, non loin de la gare justement, pour goûter à un autre type de "bulles". C'est une de mes brasseries artisanales favorites, et je m'y octroie mon petit plaisir zythophile de goûter une volée (4 fois 12,5 cl) de pressions choisies parmi la production de la brasserie : je me régale entre ale, IPAs et stout, dans un timing parfait, juste le temps de déguster tranquillement et de rejoindre mon train.

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