Au cœur du Triangle d'Or casaoui
Durant mon mid-week marocain, je suis logé, comme les fois précédentes, dans un vaste appartement sis rue de Normandie, au milieu de ce qui est appelé ici le « Triangle d’Or » de Casablanca. C’est le XVIème arrondissement local, où les boutiques chics alternent avec les restaurants cossus et les bars branchés, où des centres commerciaux émergent dans des buildings en verre, où la densité de berlines allemandes monte en flèche, et où les passants sont vêtus à l’occidentale, même si la richesse qui suinte à travers les rues, attire aussi des miséreux venus essayer de ratisser quelques dirhams. Contraste inévitable dans ces pays en développement tel le Maroc, où le boom économique profite comme d’habitude aux plus riches.
En comparaison de l’ambiance locale, mon grand appartement apparaît un peu décati, finitions pas finies, accessoires et mobiliers bancals ou cassés. Mais il est propre, c’est déjà ça, et la femme de ménage passe tous les jours. Curieusement, il semble servir à la fois de lieu de passage pour les formateurs comme moi, mais aussi de résidence pour d’autres personnes, sans doute des proches comme l’indiquent des photos d’enfants et de famille, des placards remplis de vêtements ou un frigo à moitié plein. Un peu étrange comme ambiance à vrai dire, mais je m’y fais. Je me fais moins au concert incessant de klaxons qui résonne dans l’appartement à toute heure du jour et de la nuit, d’autant que je donne sur une rue passante, et que le vitrage des fenêtres apparait bien mince. Le klaxon est l’accessoire le plus important des véhicules de Casa, servant à se frayer un passage au milieu du flux, à prévenir les autres conducteurs de sa présence, ou à effrayer un piéton qui tente courageusement de traverser la rue sur son passage clouté bien peu protecteur.
Le soir venu, je me balade dans les environs de mon home pas
si sweet, à la recherche d’un restaurant pour mon dîner en solitaire. Le
choix est large, c’est l’endroit dans Casa où les locaux friqués viennent
manger, car les menus, dont les tarifs frisent les tarifs français, ne sont
accessibles qu’aux nantis, dont je fais bien entendu partie. J’essaie de trouver
un peu de cuisine locale, sans succès : on peut trouver toutes les
cuisines du monde, mais point de tajine ou de couscous dans les environs, pas assez
exotique. Pour mes quatre sorties, je consommerai donc successivement français,
italien, vietnamien et espagnol ! Je commence par un Beaubourg qui se veut
luxueux, clientèle aisée comme partout ailleurs, serveurs empressés, décor
moderne, on est décidément loin des Délices d’Orient, tentures sombres, dorures
ostentatoires, plats en terre cuite. Je me décide pour un très correct risotto à la
truffe, suivi d’un classique panna cotta, un bon début. Le lendemain, je reste
dans le thème italien au Candeleria, ambiance plus branchouille, lumières
tamisées, tables et chaises hautes, patron coiffure noir de jais, tandis que le
poulpe grillé est abondamment servi, un peu élastique, mais goûteux. Le soir
suivant, changement de continent, je passe au viet dans un Millenium joliment
décoré, avec des garçons endimanchés dans des costumes qui ne leur vont pas, et
qui n’habitent sûrement pas le quartier. La nourriture est hélas médiocre,
soupe trop épicée et pourtant fade, nems et rouleaux sans âme. Je finis par
une bodega espagnole, spécialisée dans les produits de la mer : une belle
tranche d’espadon bien grillé me satisfait, tout comme le cheesecake tout simple,
sans parfum exotique, comme on ne sait plus (ou n’ose plus) les concocter.
Commentaires
Enregistrer un commentaire