Longue vie à Longwy

Sur le chemin du retour depuis mon escapade alsacienne, puisque je suis venu en voiture pour ramener quelques objets-souvenirs suite au vidage de l’appartement strasbourgeois de mes parents, je m’octroie au milieu du trajet une halte lorraine, quittant un instant la classique autoroute A4 pour une escapade aux confins de la Belgique et du Luxembourg, du côté de Longwy. Au passage, des panneaux m’indiquent que nous sommes dans la vallée de la Fensch : voilà qui ranime dans ma mémoire une vieille chanson de Bernard Lavilliers « La vallée de la Fensch, ma chérie, c’est le Colorado en plus petit (...) Les noms des patelins se terminent par « ange », y a pas de touristes dans les rues » En effet, Florange, Erzange, Hayange, Knutange, Nilvange, etc, etc..., égrènent leur rude poésie à chaque sortie de l’autoroute. Longwy se trouve tout au bout de celle-ci, alors que les hauts fourneaux ont cédé la place à une région boisée et vallonnée. Je me pose dans une maison d’hôtes en pleine campagne, la Fraiseraie, un vaste bâtiment au centre du village, où des serres semblent indiquer que des fraises sont (ou furent) cultivées ici plus tôt dans la saison. En attendant, ma chambre est vaste et bien rénovée, tandis qu’au petit déjeuner le lendemain matin, je me retrouve à discuter avec des voyageurs retraités, belges et franciliens, qui comme moi ont tenté l’aventure de ce coin excentré de l’hexagone.

Le lendemain matin, avant de reprendre la route pour rentrer chez moi, je m’en vais parcourir Longwy, quelle drôle d’idée ? Non, elle vaut le détour que j’ai pu faire pour lui rendre visite. Pour deux raisons au moins qui tiennent en deux noms de personnes, Vauban et Majorelle. Vauban d’abord, le grand manitou des fortifications du XVIIème siècle. Si l’on connaît souvent ses réalisations à Besançon, Briançon ou Saint-Martin-de-Ré, celle de Longwy l’est sans doute moins, alors pourtant que c’est l’une des plus complètes. Vauban y construisit au XVIIème siècle une forteresse sur un plan hexagonal, dont la partie la mieux conservée est au sud celle de la Porte de France, et à côté plusieurs bastions et d'autres ouvrages, comme la demi-lune ou la courtine, formant un ensemble homogène bien préservé, on se croirait presque revenu au temps de Louis XIV. Je suis quasiment seul pour parcourir les remparts de haut en bas, du sud au nord, dans les fosses où paissent maintenant moutons et chèvres, sur le talus des remparts pour guetter l’ennemi qui ne viendra plus, et jeter un œil sur la haute ville de Longwy. Ces remparts sont vraiment majestueux, imposants par leur taille, ayant fort bien résisté à l’usure des siècles, même si quelques rafistolages ont laissé des traces ici et là. Au moins l’ensemble est-il resté dans son jus, herbes folles et sentiers approximatifs inclus, même l’accrobranches installé dans un bois sur ces remparts semblent hésiter à décider s’il a bien sa place ici (should I stay or should I go ?). Je finis par faire un rapide tour de la ville enceinte, marquée en son milieu, sur l’ancienne Place d’Armes, par le Puits de Siège, donnant autrefois accès à l'eau pour la ville haute, et qui abrite désormais l’Office de Tourisme, à côté de l'ancien  Hôtel de Ville, et de l'église Saint-Dagobert.

Le second point fort de Longwy est plus difficile à trouver. Il y aurait pourtant de quoi faire, en développant un tourisme industriel autour de l’ancien siège social des aciéries et des usines, hangars, bâtiments qui l’entourent, datant des jours fastes du XIXème et début XXème. Si la siège a survécu à l’arrêt de l’activité sidérurgique, c’est en se transformant en un site à usage local, Pôle Emploi notamment, sur la commune voisine de Longlaville. C’est donc un lieu actif, avec des personnes y travaillant et des habitants s’y rendant pour des raisons administratives. Pour ce qui est du tourisme, c’est quasiment le néant par contre. L’office du tourisme local en parle à peine, pas de panneaux pour indiquer comment s’y rendre, et quand on y parvient, il faut encore traverser un no man’s land qui sert de décharge sauvage à des margoulins du coin, puis une fois garé, sans aucune indication, dénicher l’accueil administratif qui vous indique gentiment où se trouve l’objet de votre convoitise. Et c’est vraiment dommage, car le magnifique escalier de style Art Nouveau, sur lequel donne la lumière filtrée par les vitraux de Majorelle, vaut toutes les embûches pour le trouver. Ces vitraux retracent la vie de la région et de ses ouvriers au temps de sa splendeur, les couleurs sont splendides, les scènes quasi mythologiques nous font remonter le temps, quand les barons de l’acier étaient les maîtres des lieux, et montraient leur puissance grâce au talent des Majorelle, des Lalique, des Daum, de la région.

A noter aussi deux autres arrêts avant de rejoindre Longwy. Le premier au Fort de Fermont, un des maillons de la ligne Maginot. C’est fermé le matin, mais je peux néanmoins avancer jusqu’à l’entrée du Fort. Celui-ci fait écho à la visite plus complète quelques jours plus tôt du Fort de la Falouse, près de Verdun. Là je peux visiter l’intérieur du fort, opportunément habité par des mannequins reconstituant des scènes, heureusement pas trop kitsch, de la seconde guerre mondiale, et aménagé par une association de passionnés. L'ouvrage, construit en 1906, et utilisé durant la guerre de 14-18 a été peu utilisé et a peu souffert, ce qui explique son excellent état général.

Le second arrêt est pour le village de Cons-la-Granville, joliment posé sur la rivière Chiers. Quelques ouvrages veillent sur la ville, le château aux hauts murs en pierre de Jaumont, et derrière, le Prieuré de Bénédictins dans un beau parc arboré. Cela semble tentant, et frustrant, puisque ces lieux sont privés, et réservés à quelques happy few qui y résident ou y effectuent un séminaire. Dommage, le village mériterait pourtant que l’on se penche plus avant sur son passé.

Avant cela, en quittant l’Alsace, je m’autorise une petite diversion pour aller faire quelques emplettes dans la brasserie Uberach, au sein du village du même nom, dont j’apprécie les bières. Je m’y étais rendu il y a une dizaine d’années, et depuis, la brasserie a grossi, agrandi ses cuves et élargi sa gamme de produits. Seul client dans la petite salle, je peux goûter quelques-unes de ses récentes créations (IPAs et season ales en tête), discuter avec la proprio qui me détaille avec professionnalisme ses bières, et bien sûr en repartir avec deux caisses de mousses à déguster et/ou découvrir.


 

 

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