Longue vie à Longwy
Le lendemain matin, avant de reprendre la route pour rentrer
chez moi, je m’en vais parcourir Longwy, quelle drôle d’idée ? Non, elle
vaut le détour que j’ai pu faire pour lui rendre visite. Pour deux raisons au
moins qui tiennent en deux noms de personnes, Vauban et Majorelle. Vauban d’abord, le grand
manitou des fortifications du XVIIème siècle. Si l’on connaît souvent ses
réalisations à Besançon, Briançon ou Saint-Martin-de-Ré, celle de Longwy l’est
sans doute moins, alors pourtant que c’est l’une des plus complètes. Vauban y
construisit au XVIIème siècle une forteresse sur un plan hexagonal, dont la partie la mieux conservée est au sud celle de la Porte de France, et à côté plusieurs bastions et d'autres ouvrages, comme la demi-lune ou la courtine, formant un ensemble homogène bien préservé, on se croirait presque revenu au temps de Louis XIV. Je suis quasiment seul pour parcourir les remparts de
haut en bas, du sud au nord, dans les fosses où paissent maintenant moutons et
chèvres, sur le talus des remparts pour guetter l’ennemi qui ne viendra plus,
et jeter un œil sur la haute ville de Longwy. Ces remparts sont vraiment
majestueux, imposants par leur taille, ayant fort bien résisté à l’usure des
siècles, même si quelques rafistolages ont laissé des traces ici et là. Au
moins l’ensemble est-il resté dans son jus, herbes folles et sentiers
approximatifs inclus, même l’accrobranches installé dans un bois sur ces
remparts semblent hésiter à décider s’il a bien sa place ici (should I stay or
should I go ?). Je finis par faire un rapide tour de la ville enceinte,
marquée en son milieu, sur l’ancienne Place d’Armes, par le Puits de Siège, donnant autrefois accès à l'eau pour la ville haute, et qui abrite
désormais l’Office de Tourisme, à côté de l'ancien Hôtel de Ville, et de l'église Saint-Dagobert.
Le second point fort de Longwy est plus difficile à trouver.
Il y aurait pourtant de quoi faire, en développant un tourisme industriel
autour de l’ancien siège social des aciéries et des usines, hangars, bâtiments qui
l’entourent, datant des jours fastes du XIXème et début XXème. Si la siège a
survécu à l’arrêt de l’activité sidérurgique, c’est en se transformant en un
site à usage local, Pôle Emploi notamment, sur la commune voisine de Longlaville. C’est donc un lieu actif, avec des
personnes y travaillant et des habitants s’y rendant pour des raisons
administratives. Pour ce qui est du tourisme, c’est quasiment le néant par
contre. L’office du tourisme local en parle à peine, pas de panneaux pour
indiquer comment s’y rendre, et quand on y parvient, il faut encore traverser
un no man’s land qui sert de décharge sauvage à des margoulins du coin, puis
une fois garé, sans aucune indication, dénicher l’accueil administratif qui
vous indique gentiment où se trouve l’objet de votre convoitise. Et c’est
vraiment dommage, car le magnifique escalier de style Art Nouveau, sur lequel
donne la lumière filtrée par les vitraux de Majorelle, vaut toutes les embûches
pour le trouver. Ces vitraux retracent la vie de la région et de ses ouvriers
au temps de sa splendeur, les couleurs sont splendides, les scènes
quasi mythologiques nous font remonter le temps, quand les barons de l’acier
étaient les maîtres des lieux, et montraient leur puissance grâce au talent des
Majorelle, des Lalique, des Daum, de la région.
A noter aussi deux autres arrêts avant de rejoindre Longwy.
Le premier au Fort de Fermont, un des maillons de la ligne Maginot. C’est fermé le
matin, mais je peux néanmoins avancer jusqu’à l’entrée du Fort. Celui-ci fait
écho à la visite plus complète quelques jours plus tôt du Fort de la Falouse, près de
Verdun. Là je peux visiter l’intérieur du fort, opportunément habité par des
mannequins reconstituant des scènes, heureusement pas trop kitsch, de la
seconde guerre mondiale, et aménagé par une association de passionnés. L'ouvrage, construit en 1906, et utilisé durant la guerre de 14-18 a été peu utilisé et a peu souffert, ce qui explique son excellent état général.
Le second arrêt est pour le village de Cons-la-Granville, joliment posé
sur la rivière Chiers. Quelques ouvrages veillent sur la ville, le château aux hauts murs en pierre de Jaumont, et
derrière, le Prieuré de Bénédictins dans un beau parc arboré. Cela semble tentant, et frustrant,
puisque ces lieux sont privés, et réservés à quelques happy few qui y résident
ou y effectuent un séminaire. Dommage, le village mériterait pourtant que l’on se penche
plus avant sur son passé.
Avant cela, en quittant l’Alsace, je m’autorise une petite
diversion pour aller faire quelques emplettes dans la brasserie Uberach, au
sein du village du même nom, dont j’apprécie les bières. Je m’y étais rendu il
y a une dizaine d’années, et depuis, la brasserie a grossi, agrandi ses cuves
et élargi sa gamme de produits. Seul client dans la petite salle, je peux
goûter quelques-unes de ses récentes créations (IPAs et season ales en tête),
discuter avec la proprio qui me détaille avec professionnalisme ses bières, et
bien sûr en repartir avec deux caisses de mousses à déguster et/ou découvrir.
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