Charlety athlé

Aficionado de longue date d’athlétisme, en spectateur, ce début d’été m’offre deux occasions d’assouvir ma passion, toutes deux dans l’écrin de Charléty, dont la taille raisonnable (20.000 places) permet d’être assez proche de la piste et des athlètes, à l’inverse du gros Stade de France où le contact est bien moins étroit. La première sera pour le meeting annuel de Ligue de Diamant de Paris, l’une des dates marquantes du calendrier annuel, auquel je ne m’étais pas rendu depuis plusieurs années. Cette année, le matin même, remarquant que les conditions météos semblent idéales (30°C et pas de vent), et que la plateau des athlètes engagés est alléchant, je me trouve une place de dernière minute dans un stade quasiment plein, voilà qui est de bon augure. Un petit coup de RER et me voici prêt sur les coups de 20 heures, plutôt bien placé dans le virage après la ligne d’arrivée. Il y a du monde, il fait beau, place au spectacle. Et je vais être gâté : depuis une cinquantaine d’années que j’écume meetings et championnats, je n’ai jamais eu l’heur d’assister à un record du monde en direct. Et voilà que dans la même soirée, c’est à trois records mondiaux que je suis convié. Tous les trois en demi-fond, puisque les chaussures magiques qui ont fait leur apparition depuis quelques années donnent des ailes aux athlètes, encore faut-il que toutes les conditions soient réunies, des champions, une météo favorable, une piste rapide, des lièvres efficaces, sans oublier la nouvelle technologie de cette lumière qui avance sur la lice pour indiquer aux athlètes le rythme à suivre pour devancer celle-ci et battre ce record du monde. Et avec ce cocktail, ce sont un Norvégien (Ingebritsen sur le 2 miles), un Ethiopien (Girma sur 3000 m steeple) et une Kenyane (Kipyegon sur le 5000 m) qui vont l’un après l’autre battre, pulvériser même, la meilleure marque précédente. Le tout dans une ambiance de feu, les spectateurs suivant avec passion les tours de piste qui se succèdent tandis que les athlètes dépassent le lumignon coloré qui glisse devant eux, puis derrière eux, jusqu’à l’explosion finale sur la ligne d’arrivée. Dans cette atmosphère joyeuse, j’échange quelques considérations chronométriques pointues avec ma jeune voisine, aussi enthousiaste que moi devant le spectacle.


Trois semaines plus tard, c’est un autre type de spectacle auquel je vais assister, toujours au même endroit, en compagnie de ma fille cette fois. S’y déroulent sur une dizaine de jours les championnats du monde pour handicapés, dans une répétition générale des Jeux Olympiques de Paris dans une année. Une nouveauté pour moi, puisque je n’avais jamais assisté à ce type de compétition auparavant. Il y a nettement moins de monde que pour le meeting « valide », mais il est vrai que la compétition s’étend sur une longue période, et le stade abrite quand même quelques milliers de personnes, dans une ambiance feutrée. Le principe des épreuves est un peu déroutant, avec des handicaps variables pour la même épreuve, et l’on a du mal à juger des performances, et même parfois à comprendre les handicaps. Cela reste évident quand les coureurs sans jambes pilotent des engins dignes de la Formule 1, carrosserie profilée et fibre de carbone, à une vitesse impressionnante (un Suisse gagne avec quasiment un tour d’avance sur ses poursuivants !). Ou lorsque des coureuses aveugles ou presque, un bandeau sur les yeux pour garantir l’égalité des chances, et flanquées de leur guide, relié à elles par un lien aux poignets, parcourent à tombeau ouvert une piste qu’elles ne voient pas, vraiment bluffant ! Les sauteurs en longueur amputés d’une jambe, ou de deux, et courant avec prothèse(s), gambadent de manière un peu cahoteuse sur la piste d’élan, et l’on se demande s’ils concourent à armes égales, la nature et la position des prothèses variant d’un concurrent à l’autre. Enfin, des handicaps moteurs moins visibles semblent toucher à des degrés variables des sprinteuses, certaines marchant et courant de manière désordonnée, tandis que d’autres semblent presque « normales », au point que l’on en vient à s’interroger, n’y a-t-il autant de types de handicaps que d’athlètes, qui font que c’est l’athlète le moins lourdement handicapé qui l’emporte, et quels sont les critères d’inclusion, ou d’exclusion dans une catégorie. Mais ces considérations d’égalité sportive n’enlèvent pas l’essentiel, à savoir l’émotion que procurent ces personnes volontaires et engagées, qui soulèvent des montagnes en courant, sautant, lançant tout comme leurs collègues valides. Rien que pour cela, cela valait le déplacement pour une fois voir ces exercices de style déclinés dans un stade.

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