Excursion ultra-rhénane
C'est le ventre bien plein que nous repartons pour les dernières pentes jusqu'à notre destination d'Oberkirch, au milieu des vignes, aussi nombreuses ici que du côté alsacien de la plaine. Oberkirch est une ravissante petite ville, sise sur la Rench, modeste affluent du Rhin voisin, qui présente la particularité d'avoir été 500 années durant, de 1303 à 1803, propriété des évêques de Strasbourg. Le centre ville est traversé d'une large rue piétonne le long de laquelle s'alignent les "konditorei" aux spécialités gourmandes (arrêt "Schwartzwald", alias gâteau Forêt Noire, quasi obligé) et les maisons aux pignons couverts de colombages bigarrés : spectaculaire avec cependant cette réserve que nos amis allemands aiment bien en faire beaucoup, voire trop, en termes de couleurs, décorations, et autres babioles. Un joli ruisseau, aux balcons débordant de géraniums, trace une autre voie plus modeste au cœur du centre historique.
Nous allons un peu reposer nos muscles glutéaux - ce sont ceux qui travaillent le plus en pédalant ! - (ainsi que nos fessiers légèrement endoloris) l'après-midi, et laissons les vélos bien attachés près de notre hôtel pour aller marcher dans les environs. Non loin de là, les collines de Aldersbach et Hesselbach s'élèvent au-dessus des vallées environnantes, dépassant les vignes pour offrir de belles vues sur la plaine, au milieu de laquelle se dresse bien visible au loin la cathédrale de Strasbourg et son unique tour si caractéristique. Entre forêts et vignes apparaît un petit chalet en bois flanqué d'un banc, c'est une gargote, en self-service, qui propose boissons diverses et variées, eau et sodas, mais aussi bières et même un assortiment de schnaps locaux, dans des bouteilles suspendues au mur, avec dispenseur par doses de 2 centilitres et petits verres pour déguster, tandis qu'une tirelire accueille les règlements. Tout repose sur la confiance, et cela fonctionne bien ici en Allemagne ; on n'ose imaginer ce que donnerait un tel système en France, surtout avec des alcools à la clé !
Le soir venu, après un pichet de riesling allemand (et néanmoins tout à fait acceptable) en apéro au café historique "Zur Sonne", nous finissons la soirée, et passons la nuit ... à la Gare. Rassurez-vous, ce n'est pas sur un inconfortable banc en bois que nous nous endormirons comme des vagabonds célestes chers à Jack Kerouac, mais dans un lit douillet d'une suite sise dans l'hôtel qui s'est installé à l'intérieur de la gare historique : un "Bahnhof Oberkirch" joliment réaménagé dans un style résolument moderne, agréable et, important car la voie ferrée passe sous nos fenêtres, parfaitement insonorisé. La salle de restaurant offre aussi quelques bons plats, accompagnés d'une excellente bière artisanale de Fribourg (Brau Kollektiv), tout en nous faisant voyager par le truchement d'une grande carte du monde recouvrant le mur en face de nous.
Le lendemain, nous enfourchons à nouveau nos montures, chargés à bloc (comme les batteries) pour continuer notre itinéraire germain. Nous quittons vite le chemin de la vallée du Ringelbach pour aller crapahuter plus haut sur la crête : plus pentu et caillouteux, mais le jeu en vaut la chandelle, tant le panorama sur vignes, forêts, vallées tout autour, en met plein la vue. Là encore un chalet improbable en pleine nature propose ses alcools de fruit locaux, que nous nous ferons cette fois un devoir de tester, avec modération bien entendu.
Il est ensuite temps de redescendre vers la plaine, puis le Rhin, d'autant que le temps radieux jusque là vire au gris et au frais. Nous avons encore le temps de nous faire une orgie de noix fraîches sous un noyer larguant à grands coups de vent ses fruits sur la route, puis de pique-niquer face au géant rhénan, juste avant qu'un grain ne nous pousse à nous cacher dans un bosquet pendant quelques minutes. Le retour se fait à partir de Rheinau le long du Rhin, face à un vent furieux qui nous envoie en pleine tronche de traîtres bourrasques, qui ont au moins le mérite de nous faire apprécier l'assistance de nos petits moteurs électriques.


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