Cela fait quelques années que nous n'avons pas vu de neige et connu de Noël blanc, la faute sans doute au changement climatique. Coup de chance cette année, il fait froid et quelques flocons tombent le soir de Noël. Il suffit de se rendre quelques centaines de mètres plus haut dans les Vosges pour trouver de la neige. La première sortie est pour le Mont Saint Odile, où toute l'Alsace semble s'être donnée rendez-vous pour éliminer les miasmes du réveillon de la veille. Le groupe familial formé pour l'occasion gambade une petite heure le long du Mur Païen. Des blocs moussus, blanchis par neige et givre, forment une enceinte de onze kilomètres de circonférence, tout autour du plateau du Mont. Ils sont là depuis belle lurette puisque ladite enceinte existe depuis 680 quand même. Et même l'on pense qu'elle a d'abord été érigée à l'époque celtique, quelques siècles avant notre ère, d'où le nom de "Païen". C'est un appareil dit "cyclopéen", aux blocs liés par des tenons de bois à double queue d'aronde, dont on peut encore voir ici et là les traces sur les pierres. Ce qui ne nous empêche pas de la gravir pour la traditionnelle photo de groupe, tandis qu'un renard en bois nous scrute avec gravité sur sa souche.
Avant de repartir, nous faisons une rapide visite de l'abbaye de Hohenbourg, qui surplombe la plaine d'Alsace à 767 mètres d'altitude, et qui aurait dû fêter en grande pompe ses 1300 ans d'existence ce mois-ci, n'était ce satané coronavirus. La nuit tombe sur la plaine tandis que côté montagne, un soleil orangé jette ses derniers feux sur la forêt vosgienne.

Le lendemain, citius, altius, nous allons encore un peu plus loin et plus haut, en petit comité, pour continuer notre quête de blancheur. Le Champ du Feu, le plus haut point du Bas-Rhin, culmine à près de 1100 mètres, et nous nous retrouvons en plein blanc, les yeux éblouis, le vent fouettant nos visages dans un brouillard prenant petit à petit le pouvoir. Les pentes sont réquisitionnées par les lugeurs, tandis que nous parcourons la forêt givrée, émerveillés par la féérie devenue rare de ce paysage immaculé et figé.

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