Sur le Chemin de Saint-Jacques

Une semaine de vacances à se dégourdir les jambes, en empruntant le chemin de Compostelle. Point de quête mystique là-dessous (ou pas encore !), juste l'envie de marcher au long cours dans des paysages changeants, et puis aussi l'intention de voir à quoi ressemble le fameux chemin, l'ambiance qu'il y règne, les gens qu'on y rencontre. Me voilà donc en chemin avec ma sœur, sur le tronçon Cahors - Condom, 160 kms en 6 jours. Première question en échangeant avec les autres "pèlerins" comme on dit (même si je ne sens pas vraiment pèlerin, cf. supra, mais simplement marcheur - sans la connotation politique !), les vrais, ceux qui font le chemin en entier, d'une traite pour les purs et durs, par tronçons pour la majorité, mais pourquoi diable avoir commencé au milieu du chemin, du moins de la partie française entre Velay et Pays Basque, et pas par le début, à savoir le Puy ? Tout d'abord, pas d'objectif d'accomplir la totalité du chemin, donc de partir du début ; ensuite d'un point de vue bêtement pratique, 6 jours disponibles seulement, et la question logistique de l'acheminement aux points de départ et d'arrivée, me font shunter l'intéressante partie du Puy à Conques ; également l'objectif de tester l'âge de nos artères et la souplesse de nos articulations sur une portion pas trop pentue ; enfin, la possibilité d'une "vie après le chemin", et donc des villes et villages où le soir venu, il y ait possibilité de boire un coup, dîner dans un resto sympa, et visiter des lieux attrayants - nous voici déjà à quelques lieues des motivations des pèlerins de base !


Et donc après une semaine à crapahuter sur routes et sentiers, quelques réflexions en forme de bilan. D'abord l'ambiance particulière sur le chemin : l'on s'éloigne des traditionnelles randonnées pour approcher une quête souvent mystique pour la plupart des pèlerins. Ce qui se traduit par nombreuses chapelles sur le chemin (où certains s'arrêtent prier), accueil spécifique dans les villes étapes le soir (avec l'inévitable tampon, puisqu'il faut visiblement apporter la preuve, passeport à l'appui, de son implication), messes (avec lavage de pieds en option) et autres vêpres célébrées pour les croyants, souvenirs plus ou moins cathos dans les boutiques idoines. Quand on discute avec lesdits pèlerins, le soir ou le matin au gîte, les motivations religieuses ne sont pas clairement dites (pudeur ou crainte de passer pour des grenouilles de bénitier), mais sont cependant apparentes en filigrane. Ce qui est amusant, c'est que l'on retrouve toujours les même co-marcheurs en cours de journée ou le soir venu, puisque les étapes sont quasiment imposées par les infrastructures d'hébergement et les temps de marche assez standards, type 25 kms en 6 heures. Alors on se salue en se doublant (tout le monde va dans la même direction, du nord vers le sud), on devise en dînant (vous venez d'où, vous allez où, pas très original), on compare son programme et on partage ses bobos. Cela reste cependant assez superficiel. L'occasion quand même de s'apercevoir que la moyenne d'âge est assez élevée, qu'il y a un équilibre solitaires / couples, que la plupart font tout le chemin, mais en plusieurs bouts, à raison d'un par an en général, et que si les Français forment la majorité, il y a aussi quelques étrangers : nous avons ainsi croisé Allemande, Australien, Britanniques, Autrichien, etc ... 
Le chemin est aussi remarquable par son aménagement. La fameuse signalétique blanc - rouge du GR 65, bien en place, évite tout détour aux marcheurs attentifs. Des installations diverses et variées tirent profit du flot de pèlerins pour faire un peu de profit : ici une baraque en bois sur la place d'un petit village, là des tables et chaises dans la forêt, lieu tenu par quelques post-hippies en réinsertion, pour proposer sandwiches et boissons ; là encore une table de camping sur laquelle sont proposés melons et raisin, avec une petite boîte pour laisser quelques pièces à la discrétion du client ; ambiance bon enfant très sympathique. Bien entendu les gîtes de pèlerins, dortoirs collectifs ou chambres pour 2 personnes, fleurissent à chaque étape, et font partie du continuum. Il y a toute une économie du chemin qui s'est mise en place au fil des années : restauration et hébergement donc, mais aussi transports. Pour rejoindre ou quitter les points de début et de fin des tronçons choisis. Et aussi pour permettre à certains de voyager léger, et d'épargner dos et épaules, en transférant les bagages d'une étape à l'autre : plus confortable bien entendu, mais une petite entorse à la règle du vrai jacquaire (deviendrais-je puriste ?).


Au total, une expérience intéressante et amusante, mais un tantinet monotone, notamment au niveau des paysages (beaucoup de tournesol et de maïs !) et du chemin (trop de bitume, même s'il est en général peu passant). Cela valait le coup d'être fait, mais pas sûr que j'aille refaire un bout l'année prochaine ! 


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