Le chemin de Lauzerte à Auvillar
Départ de Lauzerte ce dimanche matin, direction Moissac pour une assez longue étape de 28 kms. Celle-ci sera un peu pénible car effectuée en bonne partie sur le bitume ; soit, ce sont de petites routes peu passantes la plupart du temps, mais la dureté du sol finit par user nos articulations à la longue, nous faisant nous languir de sentiers souples et champêtres. Tout comme les deux jours précédents, nous dépassons en début de parcours notre vieil homme au pas un peu hésitant, qui part tôt le matin, pour arriver bien après nous, mais qui arrive quand même, nous voilà rassurés ! Une chapelle dépouillée signe le premier arrêt ; dans le champ voisin, un vététiste-campeur n'a pas encore émergé des brumes de son sommeil : difficile pourtant de croire qu'il a fait la fiesta la veille au soir dans cet endroit perdu ... Plus loin, une petite table surmontée d'un parasol propose, pour le compte de la ferme voisine, melons et chasselas (on s'approche de Moissac en effet) : le raisin est doux et sucré, mais nous ne saurons pas pour le melon, celui-ci ayant eu l'idée bizarre de sauter de mon sac en route ! Nous déjeunons à la Paillote, quelques tables et bancs jetés dans la forêt au milieu d'un capharnaüm amusant, ambiance sympathique et saugrenue.
Nous arrivons à Moissac, un peu tristounet en ce dimanche soir. Heureusement, le centre autour de l'abbatiale est plus animé. Nous nous affalons dans un troquet pour nous dessoiffer d'une Hoegaarden blanche qui ne parut jamais aussi rafraîchissante, tant la route fut longue et chaude. Requinqués, allons faire un tour à la cathédrale au somptueux tympan datant du XIIème, sur lequel la figure de Jérémie le prophète (celui des jérémiades) émerge avec sa longue figure émaciée. Les pèlerins sont accueillis à l'entrée, et incités à assister aux vêpres. Allez, une fois n'est pas coutume, et en plus ce n'est pas très long, nous jouons aux vrais pèlerins pour ce soir ! Dernière étape avant d'aller retrouver le gîte, le fameux cloître de l'abbatiale. Il est vraiment très beau, vaste et élégant, avec ses colonnes de différents marbres, et ses chapiteaux à motifs d'une grande variété. Notre gîte du jour ne paie pas de mine de l'extérieur, dans une rue sans relief près de la gare, mais l'intérieur est tout autre. Un joli jardin fleuri où tables et chaises incitent à se poser, une belle maison au fond, aux vastes chambres tout de bois garnies, sobres et confortables. L'ensemble est tenu par un couple d'Irlandais, venu marcher sur le chemin et séduit par le sud-ouest de la France, qui a tout laissé tomber à Dublin pour venirs'installer ici. Nous dînons au gîte ; malheureusement pas au jardin puisque le premier orage de la semaine a décidé de sévir ce soir-là (au moins y aurons nous échappé dans la journée), mais à la cuisine. Parmi les convives, nous retrouvons "notre" vieil homme croisé chaque jour (cf. supra) : il s'agit d'un Australien, venu tâter du chemin pour la première fois, et qui avoue qu'il souffre un peu ; un personnage étonnant, grand voyageur ... et fan d'athlétisme (un point commun avec moi). Egalement à table, une Allemande boitant bas, qui nous raconte qu'elle se voit obliger d’arrêter les frais à Moissac pour cette année, mais ce n'est que partie remise.

Etape plus courte le lendemain, cela nous permet une balade apéritive le matin dans Moissac. Ou plus précisément le long du Tarn, jusqu'au pont-canal qui traverse la rivière. Ce croisement fluvial est toujours étonnant : de l'eau par-dessus de l'eau sans se mêler, c'est anti-naturel au possible, pas moyen de passer d'une voie à l'autre via une bretelle comme sur une bête autoroute. Mais les berges ont bien calmes : quelques cyclistes et joggers, mais pas un bateau pour décorer le canal. Du coup, les écluses qui ponctuent le canal que nous longeons durant quelques heures sont au point mort, et les éclusiers au chômage. Car il existe encore des éclusiers : à l'inverse des garde-barrières, il semble qu'il faille encore des éclusiers "humains" pour faire fonctionner une écluse. mais ce n'st sans doute qu'une question de temps. A moins que le le transport fluvial ne périclite avant.
![]() |
| Pont sur le Tarn à Moissac |
![]() |
| Pont-canal de Moissac |
![]() |
| Le long du canal de la Garonne |
![]() |
| Écluse endormie sur le canal |
dernière grimpette, comme souvent, nous fait arriver à Auvillar après avoir traversé la Garonne. Un village adorable perché au-dessus du fleuve, et lové autour de sa halle aux grains, qui mérite bien de figurer parmi ces "plus beaux villages de France" parfois galvaudés. Remparts, Tour de l'Horloge, Eglise Saint-Pierre , maisons à colombages et jardinets cachés complètent le tableau, presque trop beau pour être vrai. Mais le village garde son caractère, peut-être protégé par sa position un peu à l'écart des sentiers battus et rebattus. Notre hébergement du soir, sur la place centrale de la halle, est coquet comme la plupart de ceux pratiqués, et a un charme rétro : ses propriétaires, originaires du Nord où ils tenaient une sorte de café-théâtre, l'ont aménagé avec des objets incongrus, tels ce piano et ce billard, collés au plafond dans la salle du petit déjeuner !










Commentaires
Enregistrer un commentaire