Cosmopolite Mulhouse
Mulhouse n'a pas la renommée de ses sœurs du nord, Strasbourg ou Colmar. La faute en est à son passé industriel, et à un moindre attrait de son héritage historique et patrimonial. Pourtant, la ville vaut aussi le détour, et fait des efforts pour attirer le chaland. Ce qui frappe tout d'abord en se promenant dans la ville est son côté tour de Babel, tant l'on entend au hasard des rues des langues et des types variés. Ce qui ramène là encore à l'histoire de la ville, puisque les différentes industries qui s'y sont installées au fil des siècles ont drainé des générations d'immigrés qui constituent aujourd'hui une Mulhouse vivante, multicolore et cosmopolite.

Un parcours dans la ville permet de constater que celle-ci a aussi quelques atouts à faire valoir, alliant passé proche et plus lointain, bâtiments anciens et plus modernes. L'îlot central est piéton et permet de bien se balader sans voitures dans les pattes ; il est bordé d'une sorte de périphérique qui voit aussi de pimpants et récents tramways rouges ou jaunes sillonner la ville. Tout commence sur la place de la Réunion, où les demeures colorées s'alignent en face de l'hôtel de ville et du temple Saint-Etienne. Dans un coin, la Maison Boeglin abrite un intéressant musée de l'architecture et du patrimoine, qui resitue bien la ville dans son histoire industrielle et dans l'évolution de son habitat jusqu'à aujourd'hui. Non loin de là se font face un Opéra du Rhin à la façade moderne joliment remise à jour, et le Théâtre de la Sinne tellement alsacien avec ses formes un peu lourdes et son grès rose.
Plus loin vers le nord, l'on va à la rencontre de la ville industrielle du XIXème siècle, avec la cité ouvrière qui logeait jadis les ouvriers du textile. Un vaste parterre de petites maisons et de rues se croisant à angles droits, dessinant un damier géométrique qui a bien évolué depuis l'époque des usines textiles, lesquelles ont, soit été converties en bâtiments abritant de petites entreprises tertiaires, soit abandonnées et livrées aux herbes folles. Toujours est-il que les maisons ouvrières ont évolué, s'adjoignant des constructions supplémentaires, devenant un tissu de demeures disparates, allant du pimpant au dégradé, du jardin luxuriant au béton brut, le long de rues droites et étroites souvent vides. Juste à côté, un nouveau quartier de logements sociaux a vu le jour, la Cité Manifeste, datant de 2005, construite par des architectes reconnus, qui ont eu chacun charge de concevoir un îlot. C'est donc fort disparate, de moches boîtes grises, des serres translucides comme d'amusantes cages multicolores, dans lesquelles les habitants semblent heureux de vivre. Sauf sans doute ceux des ateliers de Jean Nouvel, puisqu'une discussion avec deux locataires nous apprend que c'est l'enfer dans ceux-ci et que personne n'y reste, trop chaud l'été, trop froid l'hiver, et des fuites partout !Nous nous éloignons encore un peu plus de la ville pour aller visiter le Musée du Papier Peint dans la banlieue, à Rixheim. Celui-ci est aménagé dans une ancienne commanderie de chevaliers teutoniques, dans les locaux de la manufacture Zuber qui fonctionne encore, et qui partage ce bel ensemble avec l'Hotel de Ville. Le musée rassemble tous types de papiers peints, depuis le XVIIIème jusqu'à nos jours, ainsi que des machines ayant servi à les confectionner. Le plus spectaculaire est sans doute l'ensemble de panoramiques utilisé (et aujourd'hui encore) pour égayer les murs de demeures cossues, avec des représentations joliment peintes, naïves et brutales, décrivant bien la vision de l'étranger qui était celle d'il y a 1 ou 2 siècles, Indiens emplumés, sauvages dans leur forêt vierge, "égyptienneries" ou ruines romantiques.


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