Auray des sentiers

Au gré d'Auray, et des sentiers qui parcourent la petite ville nichée au-dessus de la rivière du même nom, entre Lorient et Vannes dans le Morbihan. Notre fille vient de s'y installer avec son compagnon, fuyant la région parisienne et ses vicissitudes, et nous venons leur rendre visite pour une courte semaine en cette fin avril. Depuis leur petite maison louée, sise en périphérie de la ville, il ne nous faut guère qu'une vingtaine de minutes pour gagner le centre ville, autour de la mairie et de la grande halle avec son marché breton, surtout vibrionnant le lundi quand il s'étend dans tout le périmètre du centre historique. La place de la Mairie a aussi son animation le jour où nous y passons, une manifestation s'y déroulant pour protester contre l'annulation par la maire nouvellement élue d'une émission de radio apparemment trop subversive à ses yeux !



En sus de nos incursions alimentaires, nous consacrons une journée à une longue balade dans Auray, avec une boucle de 13 kilomètres qui nous fera faire le tour complet de la commune et au-delà. Nous commençons versant sud en longeant le ruisseau du Reclus, dans un cadre forestier et champêtre, récemment et joliment aménagé pour permettre de rejoindre le centre en évitant la partie urbaine. Arrivés non loin de la ville voisine de Crac'h, une surprise nous attend. D'abord un solennel mausolée dédié à Georges Cadoudal rappelle que les Chouans sévirent jusqu'en Bretagne dans leur lutte contre la Révolution, et que Cadoudal complota ensuite contre Napoléon pour rétablir la royauté et le paya de sa vie. C'est donc un monument royaliste, assez froid, jouxté par l'austère manoir de la famille juste en face et un corps de ferme toujours habité qui a une belle allure rustique.

Passant devant la petite chapelle Saint-Cado, on arrive non loin de l'étang de Poulben à la brocante Au Coeur du Temps, un incroyable capharnaüm d'objets plus ou moins anciens de tous types, où les amateurs de farfouille doivent se régaler ! Nous jetons un œil de curieux, avant de redescendre jusqu'à la rivière Auray qui nous emmène au fameux port de Saint-Goustan.

C'est l'épicentre touristique d'Auray, et il y a foule pour baguenauder le long de la rivière et sur le pont de pierres. Il est vrai que l'endroit a un charme fou avec ses bateaux colorés le long des quais, ses maisons à pans de bois, toits en ardoise, jusqu'à l'église Saint-Sauveur perchée sur les hauteurs.

Nous quittons la foule en repartant plein nord pour rejoindre une autre rivière donnant sur le golfe, celle de Trauray alias Le Loc'h, à l'endroit où la voie ferrée de Paris enjambe la rivière au moyen d'un haut viaduc. Nous ne sommes plus à Auray, mais à Brech, non loin des marais de Kerzo où eurent lieu plusieurs épisodes de guerre. D'abord la guerre de succession de Bretagne vers 1340 qui vit Jean IV, duc de Bretagne, l'emporter. Puis 450 années plus tard s'y déroule l’affrontement des troupes chouannes et émigrés, menées par Cadoudal, encore lui, avec les troupes républicaines qui en sortiront vainqueurs. Y sont ensuite érigés une chapelle expiatoire et un mausolée pour les nombreux Bretons victimes des affrontements, dont un grand nombre fusillés après la bataille. L'endroit est assez étrange, une longue esplanade herbeuse au milieu des arbres, un petit monument à quatre colonnes d'un côté, le mausolée de l'autre, et rien ou presque, ni personne autour, c'est parfaitement désert !

Sur le chemin du retour, nous passons devant la Chartreuse d'Auray. A la base, c'était une chapelle érigée par Jean IV après sa victoire à un kilomètre de là. Elle fut ensuite transformée en Chartreuse pour les Sœurs de la Sagesse, qui y demeurent aujourd'hui encore, et servit également à commémorer les morts de l'expédition de Quiberon en 1795. C'est de nos jours aussi un EHPAD, mais l'ensemble ne se visite pas.

Une autre balade nous emmène faire le tour du Bono, non loin de là. Cette petite ville est située aux confins des rivières du Bono et d'Auray, que nous allons longer en une grande boucle. Nous passons ainsi devant le moulin de Kervilio, transformé en ébénisterie, puis la chapelle de ND de Becquerel, cachée en pleine forêt, et pourtant dédiée aux marins. Nous retrouvons au sud la rivière d'Auray pour boucler la boucle, passant par le tumulus de Kernours, un dolmen à dalle couverte entouré de six tombelles, datant de l'Age de Bronze. Nous finissons par un rapide tour du village du Bono, un peu assoupi, où la maison Vincent propose d'excellents chocolats et gâteaux. C'est durant cette marche que je manque d'écraser sur le chemin un bel orvet, ce lézard sans pattes ayant tout l'air d'un serpent. Quelques jours plus tôt près d'un autre sentier, j'avais aussi surpris une grosse couleuvre à collier d'un bon mètre.

Pendant notre séjour, nous allons aussi à la découverte des commerces d'Auray. Au rayon des bonnes adresses, la pâtisserie "Kraquante", aux délicieux gâteaux, avec mention spéciale aux déclinaisons variées d'éclairs et leur pâte à choux qui frise la perfection. Le torréfacteur du Café qui Fume, où nous prenons un (excellent) café, en discutant avec le patron qui torréfie aussi son cacao et nous narre la difficulté de se procurer des cabosses de qualité. Sans oublier le boulanger de la Promesse du Grain, du pain pétri exclusivement avec des céréales locales. Et le restaurant Frénésie, récemment ouvert et faisant lui aussi uniquement appel à des produits du cru, cuisinés de manière sobre et originale par une jeune équipe pleine d'imagination (pointes d'asperge, lote et soupe de fraises pour moi ce soir-là).


 

 

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