Rambolit(r)ains !

Les Rambolitains, ce sont les habitants de Rambouillet, et comme c'est la petite ville que nous parcourons pour ce grand week-end de Pâques, et que c'est en train que nous nous y rendons, nous devrions nous appeler des RambolitRains ! Une grosse demi-heure depuis la gare de Montparnasse, et nous voici aux confins de l'Ile-de-France et du Val-de-Loire, dans ce Rambouillet où nous nous étions rendus dans les premiers temps du Covid au printemps 2020, alors que tout ou presque était fermé, restaurants et cafés, château et parc. L'ambiance est donc complètement différente, d'autant qu'il y a foule en ce long week-end ensoleillé.

Notre première visite est justement pour le musée Rambolitrain, qui célèbre dans une grosse villa en face de l’Église Saint-Lubin, le chemin de fer au travers de reproductions à différentes échelles de locomotives, de wagons et d'autres objets ayant trait à l'histoire de la machinerie ferroviaire. Le plus fascinant est sans nul doute, à l'étage supérieur, cette immense maquette, qui me rappelle le train électrique de mon enfance, mais en format XXL. Le plateau qui s'étend sur tout l'étage reproduit divers paysages, de la campagne à la ville, avec plusieurs trains parcourant inlassablement cet espace, tournant en rond, traversant des tunnels "percés" dans la montagne, à la ville reproduite avec une précision assez incroyable. La gare représentée est cette Gare de l'Est que je connais bien, mais quelques décennies plus tôt, avec un luxe de détails, personnages et véhicules, intérieur des maisons, monuments de Paris. Le jeu de lumières est tout aussi réussi, puisqu'un cycle circadien artificiel fait passer de la lumière naturelle du jour aux lumières orangées de la nuit.

Mais l'attraction principale de Rambouillet reste son château et son parc adjacent. Le château est surtout connu comme étant l'endroit où mourut François Ier en 1547, d'une septicémie dans la chambre haute de la tour qui subsiste aujourd'hui encore. Plus tard, le château entre dans la famille des Bourbons en 1706, et Louis XVI, qui aime chasser dans la région, l'acquiert en 1783 et le transforme, mais il n'en profitera guère comme on s'en doute ! Il reste dans le giron des gouvernants de notre pays : après Napoléon III, ce sont les présidents de la République qui apprécient les chasses de Rambouillet, transformé en une résidence d'été, depuis Félix Faure et René Coty jusqu'à Valéry Giscard d'Estaing, le dernier à y avoir chassé. De grandes manifestations y sont organisées, et notamment un G6 en 1975. En 2009, le château s'ouvre au public, est restauré, et désormais tout le monde peut parcourir cet édifice finalement assez peu connu, qui vit passer tant de puissants.

 

Notre visite du château nous fait parcourir les salles historiques du premier étage, grand salon, salle du Conseil, boudoir de Marie-Antoinette, oratoire, et j'en oublie, riche en mobilier, décorations, tentures de différentes époques. Mais ce qui nous marque finalement le plus est la visite guidée que nous rejoignons pour parcourir le deuxième étage, les chambres et suites allouées aux invités des présidents français au vingtième siècle. Dans un style 1950, plusieurs ont été refaites par des décorateurs du siècle passé, dans un style moderne et sobre, souvent marqué par l'Art Déco. On en retient une table basse en merisier, un semainier en citronnier et palissandre, un secrétaire en sycomore ou encore un lit en bois précieux. C'est très élégant, resté contemporain avec une pointe de désuétude et de nostalgie, une découverte qui sort des sentiers battus du style Renaissance, que l'on retrouve pourtant dans la dernière pièce, la chambre François Ier dans la tour ronde où celui-ci mourut, la boucle est bouclée.

Le vaste parc de 980 hectares qui entoure le château est l'autre raison de se rendre à Rambouillet. C'est un parc à la française conçu en 1700 par Fleuriau d'Armenonville, parcouru par un Grand Canal très versaillais, qui forme des îles (inaccessibles) en face du château. Au fil des allées et sentiers champêtres, la Laiterie de la Reine rappelle que Louis XVI voulut faire plaisir à Marie Antoinette, en lui construisant cette laiterie, une rotonde et une salle ouvrant sur une grotte abritant une blanche statue de nymphe. Un peu plus loin, la Chaumière aux Coquillages est une modeste bicoque à toit de chaume vue de l'extérieur, mais dont l'intérieur est assez extraordinaire, au sens littéral du terme : des milliers, des dizaines de milliers, de coquillages, en plus du marbre et du nacre, couvrent les murs des deux pièces. C'est impressionnant, et très kitsch aussi. Nous passerons aussi non loin de la Bergerie Nationale, sans la visiter, établissement d'enseignement agricole, qui a la particularité d'héberger un troupeau de 200 mérinos de Rambouillet, béliers et brebis, race ovine particulière élevée pour sa laine. Et dont nous verrons quelques spécimens aux cornes spiralées dans un enclos devant notre hôtel.


Le lundi de Pâques, c'est un grand et presque chaud soleil qui brille dans le ciel, le temps idéal pour une belle rando autour de Rambouillet. Nous commençons par traverser le parc du château jusqu'au village voisin de Gazeran, pour remonter ensuite à travers la forêt domaniale, passant devant le monumental chêne de de la Pocqueterie, puis longeant les rochers d'Angennes, jusqu'au village de Poigny-la-Forêt, pour un pique-nique sur un banc. Puis retour à travers la forêt, avant de longer la route de Saint-Léger, faute de pouvoir franchir le long mur ceinturant le domaine. Avec une vingtaine de kilomètres au compteur, au long desquels nous verrons moult papillons jaunes voletant de concert, entendrons les piverts martelant des troncs, et surprendrons un écureuil roux bondissant devant nous.

Enfin, versant logistique, une nuit dans l'Hôtel Mercure du Château, bien situé en face du parc, mais qui aurait été plus agréable si le chauffage avait fonctionné dans notre chambre. Et un agréable dîner dans le "gastro" de la ville, au Cheval Rouge, avec au menu un bon foie gras maison (avec sauternes), un ris de veau bien saucé, et un fondant pas tout au fait assez fondant à mon goût.

Ne reste plus qu'à regagner Paris, 35 minutes dans un TER bondé en ce lundi de fin de grand week-end.


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