Sentiers de Mor - Bihan

Durant notre séjour breton, nous parcourrons quelques bons segments du sentier côtier qui longe le sinueux contour du fameux Golfe du Morbihan. Petit rappel : Mor - Bihan veut dire "petite mer" en breton. Nous comptions initialement prendre le bateau pour nous rendre dans l'une ou l'autre île du golfe (Arz) ou au-delà (Houat), mais arrivés au port d'embarquement de Vannes, nous ne sommes pas les seuls : ce sont les vacances scolaires, des Bretons et des Parisiens, et tout le monde veut faire comme nous, les bateaux sont donc complets, ou s'ils ne le sont pas tous, les chemins des îles doivent être pris d'assaut. Nous changeons sagement notre fusil d'épaule, et allons traîner nos guêtres sur des sentiers qui s’avéreront bien moins courus, vers Belz, Larmor-Baden ou Locmariaquer.

Première sortie du côté de Belz, où nous avions passé une semaine en famille en 1995. C'est ici la rivière d'Etel que nous longeons, jusqu'à l'île de Saint-Cado. Il s'agit d'un des hauts lieux du tourisme local, et il y a foule pour emprunter le pont-digue qui mène à l'île. Juste en face, une des images emblématiques de la Bretagne, la maison aux volets bleus, petite bicoque toute seule sur son îlot, parfaitement symétrique avec ses deux fenêtres et ses deux cheminées. L'autre attraction est la chapelle de Saint-Cado. Selon la légende, Satan aurait promis au moine gallois Cado qui vivait en ermite dans l'île, de lui construire le pont dont il rêvait pour relier l'île au continent ; en échange le diable demandait l’âme de la première créature qui passerait sur le pont. Le diable construisit le pont en une nuit et réclama son dû, mais le saint le berna en faisant franchir sur le pont à un chat qui passait. De manière plus réaliste, l'île fut un port sardinier au 16ème siècle, tandis que la chapelle était bien avant, dès le 6ème siècle, un monastère. A côté, le sombre calvaire tranche avec les maisons pimpantes, blanches et bleues, du village, tandis que la fontaine de dévotion, avec sa récente croix celtique, en pierre de taille, est curieusement placée au bord de l'eau. En tout cas, le lieu est si breton que l'on comprend qu'il attire ainsi les foules.



En continuant le long de la rivière, le calme revient vite. Les tables des ostréiculteurs s'alignent, mélangeant le vert des algues, le bleu de la mer et le noir des supports dans un camaïeu photogénique, avec ci et là la touche grise d'un héron ou celle blanche d'une aigrette, pour égayer tableau. On repasse par l'intérieur des terres pour retrouver plus bas la rivière du Sac'h, que l'on suit jusqu'à la pointe de la Garenne, puis la pointe de Beg er Vil, et revenir au point de départ, au pied du pont Lorois.

 

Deuxième sortie le lendemain vers Larmor, pour une balade tranquille en longeant le golfe, d'abord en face de l'Ile-aux-Moines, puis traversant le gros bourg de Larmor-Baden, passant devant l'Ile Berder, accessible à marée basse seulement, jusqu'à la pointe du Berchis, puis suivant la belle anse de la plage de Locmiquel. De la pointe, on a une vue directe sur l'île des Sept Iles (sic), avec son arbre posé sur le sable. Le retour se fait par les marais de Pen en Toul, anciens marais salants reconvertis en sanctuaire pour les oiseaux. On apprend au passage devant un panneau qu'ici fut aménagé le premier aérodrome de Bretagne, pour l'aviateur Alfred Groos qui en 1909 y fit avec son monoplan une tentative d'envol peu concluante, qui scella du coup le sort de cette piste rudimentaire.

Dernière virée autour de Locmariaquer, en partant du hameau de Kerouarch et arpentant le sentier côtier en face des Sept Iles et de la péninsule de Larmor parcourue la veille. Du port de Locmariaquer, on aperçoit fort bien Port Navalo de l'autre côté du détroit, qui occupe la pointe extrême de la presqu'île de Rhuys. C'est tout près, mais il n'y a pas de service de bateau, et en voiture, il faut plus d'une heure pour s'y rendre !

Après la pointe de Kerpenhir, la côte devient plus sauvage ; on a rejoint l'océan et les alentours sont protégés des constructions, tandis qu'une longue plage ondule sur cette côte méridionale. Le site des Pierres Plates s'insère dans le paysage, avec le dolmen ouvrant sur l'allée couverte, flanqué d'un "faux" menhir dressé récemment, et le tumulus, le tout datant sans doute de la fin du quatrième millénaire avant notre ère, une bagatelle.

La suite de la balade offre ce qui est sans doute l'un des plus beaux panoramas de cette côte. On admire le bosquet d'arbres de la pointe Er Hourel, la baie liseré d'une plage sablonneuse, le manoir de Brennegi, pierre de taille et volets rouges, ouvrant sur la retenue triangulaire, puis de l'autre côté la plage Saint-Pierre qui se finit sur la pointe d'er Long. Couleurs tropicales, fleurs odorantes, paysages changeants, calme olympien, tout donne envie de se poser et de regarder passer le temps. Mais il y a encore quelques kilomètres à parcourir et il faut reprendre son chemin, quitter la mer et rentrer via Saint-Pierre-Loperet et Kercadoret.

Mais avant de rentrer à Auray, il nous reste encore un peu de temps pour visiter le site des Mégalithes. Il ressemble en un seul lieu trois constructions néolithiques. Le grand menhir brisé d'Er Grah, haut de 20 mètres, le plus grand d'Europe git en 4 fragments sur le sol, et l'on imagine sans mal l'impression qu'il devait fournir quand il était dressé, il y a quelques milliers d'années ... Le tumulus d'Er Grah, encore un mastodonte de 140 mètres de long, mis à jour récemment après avoir même été arasé pour en faire un parking ! La Table des Marchands, un dolmen à couloir qui ouvre sur le tumulus, et que l'on peut pénétrer pour observer des gravures en crosses sur les dalles de chevet et de couverture. Il est toujours vertigineux de réaliser que tout cela fut créé aux alentours de 3900 avant J-C. 

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