Retour en Algérie
En ce début d'année, notre traditionnelle randonnée familiale avec ma sœur nous emmène dans le sud algérien, du côté de Djanet. Ce faisant, ce sont deux cycles que je boucle d'un coup. D'abord avec notre première randonnée ensemble, dans le sud marocain il y a douze ans tout juste, ensuite avec mon séjour algérien bien plus lointain, puisque je vécus en Algérie deux années durant, de 1981 à 1983, du côté de Sétif dans le nord du pays, pour un service militaire accompli en tant qu'enseignant à l'université locale. Je n'avais depuis plus mis les pieds en Algérie, entre instabilité du pays et autres priorités de voyage. Et donc 43 années plus tard, me voici de retour dans ce pays que j'avais aimé malgré les aléas de l’époque, regrettant de ne pas m'être donné les moyens d'une expédition dans le Grand Sud, ne dépassant jamais Ghardaïa. Alors, puisque que le sud algérien s'ouvre à nouveau au tourisme après les temps troubles de la guerre civile au nord, puis du djihadisme au sud, je ne pouvais laisser passer cette ultime occasion. Nous ciblions d'abord le Hoggar et Tamanrasset, ce célèbre massif minéral haut perché, cher à Charles de Foucauld. Mais peu de temps avant notre départ, voilà que l’État algérien, sans doute inquiet à la suite d'événements indéterminés, décide d'en limiter l'accès. Qu'à cela ne tienne, notre voyagiste Terre d'Aventures nous propose à la place de nous rendre à Djanet, plus à l'est, et de parcourir le Tassili N'Ajjer : banco ! Petit inconvénient, il n'y a pas de vol direct pour Djanet, et nous devrons transiter par l'aéroport d'Alger, à l'aller comme au retour.
Bienvenue en Absurdie
Je garde de mon expérience algérienne passée le souvenir d'une nonchalance et d'une bureaucratie assez remarquables, et je ne suis pas surpris de constater que la situation n'a guère évolué en plus de 40 ans, comme nous allons en faire l'expérience lors de ce voyage. Pas de souci au départ d'Orly, d'où nous décollons même en avance sur l'horaire. C'est à Alger que les affaires se compliquent, heureusement que nous avons trois heures de battement avant le vol intérieur pour Djanet. Le grand aéroport modernisé de la capitale algérienne est bien vide en ce samedi soir lorsque nous atterrissons, parcourant de longs couloirs vitrés vides pour aboutir au contrôle des passeports. Accueil rogue des fonctionnaires locaux, remplissage d'une fiche d'entrée sur le territoire, normal, et ils nous "confisquent" au passage nos précieux papiers. Nous sommes une trentaine de Français à attendre dans un coin de l'aéroport l'étape suivante, celle du visa. On est en plein mois de ramadan, c'est l'heure de la rupture du jeûne, et nous devons attendre que les douaniers se sustentent après une longue journée. Nous récupérons enfin nos passeports, un peu collants car visiblement manipulés par des doigts post-prandiaux, accompagnés d'un document destiné à payer le montant du visa : 135 € pour ce visa de 8 jours, il paraît que c'est un record mondial ! Nous attendons pour passer ensuite à tour de rôle au guichet payer notre écot, en euros, tandis que le préposé garde à nouveau notre passeport, pour y imprimer le fameux sésame. Nouvelle attente, nouvelle distribution des passeports cette fois bien pourvus du précieux tampon attestant de notre contribution aux finances de la République Algérienne Démocratique et Populaire. Ça y est, une heure et demie après notre arrivée, nous pouvons regagner le terminal des vols intérieurs, parcourant à nouveau d'interminables couloirs toujours aussi déserts. Nous arrivons enfin à la salle d'attente où les passagers vont embarquer, ouf ! Mais non, la porte vitrée qui y accède depuis notre couloir est fermée. Nous nous agitons pour trouver une âme compatissante acceptant de nous libérer, laquelle finit par arriver. Ah non, ce serait trop simple, cela devient kafkaïen : il nous est demandé de remplir une nouvelle fiche (d'une autre couleur que la première, un peu de créativité ne fait pas de mal), tout en reconnaissant qu'elle ne servira à rien. Bon, nous nous exécutons, nos bristols blancs s'accumulent pour aller sans doute directement échouer dans une poubelle et nous pouvons enfin accéder à la salle d'attente.
Le vol vers Djanet est ensuite rapide, à nouveau un peu en avance, et nous espérons arriver à notre auberge pas trop tard dans la nuit. Fausse joie, si les bagages sont récupérés promptement, un fonctionnaire collecte encore une fois nos passeports à la sortie de l'avion, pour Dieu sait quelle raison. Puis dans un petit bureau du spartiate hall d'arrivée, des paquets de passeport sont libérés au compte-goutte, notre groupe étant le dernier à récupérer son paquet après une heure d'attente. Bravo l'Algérie, la bureaucratie a encore de beaux jours devant elle, et son ambition de devenir une destination touristique, justifiée si l'on considère la beauté de ses paysages, va vite se fracasser sur les écueils des tracasseries administratives et politiques.
Djanet, la nuit et le jour
Il est une heure du matin lorsque plusieurs 4x4 nous chargent pour nous amener à une auberge pour le reste de la nuit. Pourtant, même à cette heure tardive, la ville vit encore : des voitures sillonnent les rues, une épicerie sert quelques clients, une entreprise artisanale fabrique des meubles, une femme voilée marche sur un trottoir accompagnée de deux petites filles, une vie nocturne inattendue qui est peut-être due à ce que nous soyons en plein ramadan.
A notre retour, une semaine plus tard, avant de quitter la région, nous avons l'occasion d'en faire une visite diurne, en fin d'après-midi. Première étape, le modeste marché artisanal de Djanet, plusieurs baraquements en dur, flanqués d'autres structures plus légères, proposent un mix d'artisanat local (bijoux, vêtements), de produits tels des épices, et de quincailleries à destination domestique, souvent avec ces inévitables "chinoiseries" distribuées partout dans le monde. Le tour est vite fait, l'occasion quand même d'acheter quelques mètres de chèche pour de futures marches dans le désert.
Pendant notre court arrêt, à l'aller et au retour, nous faisons une pause à l'Auberge de Djanet, un peu à l'écart au nord de la ville. C'est un agréable endroit sis dans une belle palmeraie bien protégée, où sont cultivés oliviers, vignes, orangers et même pamplemoussiers. Nous profitons de la première matinée pour la parcourir et franchir ses limites afin d'humer en avant-première l'air du désert, croisant nos premiers arbres à soie (calotropis) aux épaisses feuilles vertes et fleurs roses. Les chambres sont simples et fraîches, tandis que les douches communes prendront toute leur saveur lors de notre récurage final après une semaine de sable et de crasse.
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