Les parapluies de Poitiers

Sur mon chemin de La Rochelle, j'ai prévu un arrêt pour découvrir Poitiers, la grande ville de la région, dont je ne connais que le parc du Futuroscope au nord de l'agglomération. Je débarque dans sa vilaine gare, côté ouest, pour grimper les marches amenant à la ville haute, qui m'amènent sous le soleil à la grande place du Maréchal Leclerc sur laquelle se trouve la mairie. Cet édifice de style Second Empire trône en majesté au bout de la place, qui a tout de même l'air un peu vide et minérale, avec ce vaste espace sans guère de végétation.

Un peu plus loin se trouve l'Hôtel Jean Beaucé, avec un étonnante façade Renaissance où l'on ne peut manquer d'admirer cette tour d'escalier qui semble se contorsionner pour aller plus haut, déformant ses fenêtres pour ce faire, à côté d'une tour décorative à coupole plus récente. Le bâtiment a été divisé en appartements, est donc privé et ne se visite pas. En face le joli petit parc Simone Veil abrite une sculpture intéressante en forme de méga-crayons taillés.

Je poursuis mon chemin vers le quartier épiscopal. La romane église collégiale de Notre-Dame-la-Grande est en réfection, fermée et entourée de panneaux présentant les travaux, mais le porche reste accessible, et vaut que l'on s'y attarde sur la frise de hauts-reliefs illustrant la Bible, les arcades abritant les douze apôtres et deux évêques, et tout au sommet, la parousie du Christ.


 

La Grand Rue est la rue historique du centre poitevin, abritant moult maisons anciennes. On y remarque notamment la maison moyenâgeuse dite des Trois Clous, bâtie sur une étroite parcelle donnant sur la rue et marquée de ces trois clous plantés tout en haut du pignon. Derrière, le couvent des Minimes est bien caché, tandis que plus bas, l'hôtel de Rochefort abrite la DRAC. Mon regard est attiré par une boutique ancienne qui affiche en lettres jaunes sur fond vert "Fabrique de Parapluies et d'Ombrelles". La pluie menace, et je suis intrigué : j'entre donc et me vois accueilli par l'affable patron qui me raconte l'histoire de son commerce. Il s'agit d'une des cinq fabriques de parapluies restantes en France, qui compose de manière artisanale ses pépins. Il me fait même visiter son atelier en arrière-boutique, où son oncle, son beau-père, et une salariée, fabriquent à la main lesdits parapluies, me montrant la production du jour, 4 ou 5 pièces tout juste montées et en train d'être imperméabilisées. Les objets présentés dans le magasin sont beaux, manche en érable, tissu de qualité, et  censés être plus solides qu'un équivalent chinois. J'en ressors avec un parapluie pliable bleu pétrole, qui me sera utile de suite car la pluie commence à tomber sur Poitiers.

Plus loin, non loin de la gothique Église Sainte Radégonde, il faut passer le porche ouvrant sur une moderne résidence pour dénicher la cellule de la même sainte, en fait une mignonne chapelle construite à l'endroit même où Radégonde la patronne de Poitiers avait sa cellule monastique. Non loin de là, la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers présente une façade ouest monumentale, avec un triple tympan surplombant les portes, et encadrée par deux tours du XIIIème.


Juste à côté, le baptistère mérovingien Saint-Jean se visite, remarquable par ses fresques romanes encadrant les oculi d'une part, par ses peintures gothiques ensuite, les deux types se répondant ou se recouvrant sur les hauts murs du baptistère muni de sa piscine en plein centre, au milieu d'un musée lapidaire un peu brouillon.

Pour éviter la pluie qui sévit l'après-midi, je me réfugie dans le Musée Sainte-Croix, posé sur le site d'une ancienne abbaye dans une construction béton - verre de style brutaliste. Comme souvent dans ces musées de province, le rez-de-chaussée est consacré aux temps anciens, romains et Moyen-Age, puis on passe aux étages consacrés aux Beaux-Arts, pré-1800 d'abord avec des peintres essentiellement locaux. Je suis plus intéressé par le dernier étage avec les œuvres les plus modernes : je m'attarde sur les sculptures de Camille Claudel, toujours aussi puissantes, et m'intéresse aux tableaux symbolistes, et notamment le Poète et la Sirène de Gustave Moreau. Le musée est riche en artistes réputés, allant d'Ingres ou Sisley jusqu'à Max Ernst et Piet Mondrian.

Rejoignant la gare, je me heurte à la porte fermée ce mardi du Palais des Comtes d'Aquitaine. Voilà qui me donnera une raison d'y revenir, pour le visiter et aussi accéder à la collégiale de Notre-Dame. Et peut-être retourner acheter un parapluie !

 

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