Un p'tit coup de Bordeaux
Je contribueau séminaire de mon principal client pharmaceutique, organisé cette année à Bordeaux. Voilà donc une nouvelle occasion de continuer à parcourir cette ville où je me suis rendu plusieurs fois ces dernières années, pour raisons professionnelles. Comme souvent, je prends un peu d'avance et commence par un après-midi avant le début du séminaire. Bon, la météo est maussade, je vais plutôt jouer à l'intérieur et me faire du musée. Ca tombe bien, j'ai lu que le Musée des Beaux-Arts proposait une expo consacrée à une photographe, Valérie Belin, dont j'avais apprécié le travail lors des Rencontres d'Arles il y a quelques années. Celle-ci est dénommée "les Visions Silencieuses" et regroupe une dizaine de séries. Bien sûr, je n'aime pas tout, mais certaines de ses séries de portraits en noir et blanc sont vraiment frappantes, voire inquiétantes, au point que l'on a du mal à distinguer les modèles des mannequins, le vrai du faux, quand les deux versants d'une réalité double en viennent à fusionner. Cette expo sur trois niveaux présente un grand nombre de tirages grand format, et se déroule dans la galerie des Beaux Arts, qu'elle occupe toute entière, et c'est vraiment bien. Dans le musée proprement, on retrouve quelques unes de ces photos placées pour dialoguer avec diverses œuvres, peintures ou sculptures, à travers les siècles.
Plus tard dans l'après-midi, je vais me balader aux environs de l'hôtel Seekoo où je loge, au nord du côté du Pole Naval et des Bassins, à deux pas de la Cité du Vin, où je ne me rendrai pas, ayant déjà visité sans être enthousiasmé. L'endroit n'est pas complètement achevé, et pas vraiment attractif pour le moment, même les bars et restos qui ont commencé à s'installer le long des bassins ne respirent pas la convivialité. Je m'attelle à mon activité habituelle de rechercher un bar à bières proposant des pressions de qualité, de préférence locales. Les deux endroits (My Beers et la Cervoiserie) que j'ai repérés et que je teste me déçoivent : ambiance tristounette, bières guère originales, service approximatif et peu compétent.
Le soir, nous avons droit à une sortie culturelle, qui consiste à visiter des caves, quoi d'autre à Bordeaux. Il s'agit du Château les Carmes Haut Brion, la cave la plus proche du centre de la ville, en limite de Pessac, où nous bénéficions d'une visite guidée pour la vingtaine de personnes que nous sommes. D'abord la propriété, un petit château sis au milieu d'un petit vignoble, dans lequel les raisins ne vont pas tarder à être vendangés. Puis le chai, une sorte de paquebot post-moderne en forme d'étrave fendant l'eau, conçu par Philippe Stark, dont je dois reconnaître qu'il a du chien. A l'intérieur, des cuves en inox, dessinées chaque année par un artiste différent, constituent une allée d'art, qui ouvre ensuite sur la pièce de stockage des tonneaux en chêne, et au bout de laquelle les bouteilles les plus prestigieuses sont exposées dans une vitrine. Cela a certes de l'allure, mais fait tout de même un peu show à l'américaine. La visite s'achève par l'incontournable séance de dégustation, au cours de laquelle nous goûtons deux vins de Graves, des Pessac Léognan rouges, de haute tenue, selon notre maîtresse de cérémonie qui nous fait remarquer au passage que le millésime 2016 que nous testons en dernier coûte la bagatelle de 225 euros la bouteille (gloups). Il est tannique, il a du coffre, certes, mais mon palais de profane est bien incapable d'y déceler un caractère exceptionnel, à moins que ce ne soit que du snobisme, et que ce soit le prix qui engendre l'exceptionnel et non l'inverse.
Le vendredi, après une dernière matinée au cours de laquelle je remplis ma fonction de présentateur/formateur d'une nouvelle approche de contrôle analytique, le séminaire s'achève et j'ai encore une fraction d'après-midi pour continuer ma balade bordelaise, sous un beau soleil cette fois. Depuis la gare où je laisse mon sac, je commence par le nouveau quartier de Saint-Jean Belcier, au bord du fleuve, encore en pleine mutation, et pas très accueillant pour l'instant, même si le bâtiment blanc de la Méca a de l'allure.
Je continue le long de la Garonne, puis dans le Centre Historique, où je m'arrête pour une expo à l'Hôtel de Ragueneau, consacrée à la période où Bordeaux était un grand port morutier, quand marins et bateaux partaient jusqu'en Terre Neuve pêcher la morue. Des photos d'époque et une vidéo didactique retracent cette époque, dans un lieu qui semble hélas un peu à bout de souffle et en quête de jours meilleurs. Puis je reviens tranquillou à travers le quartier Victoire, grouillant d'étudiants ou lycéens entamant leur weekend, puis des Capucins, bien plus calme, via l'agréable place Renaudel, un petit air provençal, jouxtant l'abbatiale romane de Sainte-Croix à l'impressionnant portail sculpté.
J'ai aussi l'occasion durant ces trois jours à Bordeaux de tester quelques restos, et il y a du choix, en compagnie de mon groupe pharmaceutique, ou alors en solo. Côté très bien, l'Annexe, juste à côté de mon hôtel, quai de Bacalan, un petit endroit discret avec un patron sympa et des plats de qualité, version basque : terrine de canard, chipirons, paris-brest, du classique avec une pointe d'originalité, très réussi. Bien aussi, un bar à vin "Mes Mots", produits frais, du cabillaud et un cookie macha. Dans un style similaire, en plus branché, Son' OfTheSon, qui déstructure, travaille sur les textures, c'est un peu déroutant, mais le maquereau (pas mon poisson favori) et la julienne l'accompagnant valident le risque que j'ai pris ! Côté moins bien, le Monzù, restaurant italien qui se la raconte un peu, bondé et bruyant, où un cher spritz ne vaut pas tripette et où les mafaldines à la truffe, si elles sont bien servies, manquent de caractère. Je ne serai pas complet si je n'ajoutais un paragraphe Canelés, cette incomparable gourmandise bordelaise. Faisant l'impasse sur la Toque Cuivrée que je connais bien (du semi-industriel de qualité correcte à prix très abordable), et sur Baillardran (très surfait, cher, attrape-toutous), je déniche des canelés Cassonade, cuits du jour dans une petite échoppe du centre où les locaux font la queue, délicieux, croquants et dorés à souhait, un must.

Commentaires
Enregistrer un commentaire